A l’annonce du projet, on pouvait s’attendre à une petite perle hollywoodienne, une de ces comédies à l’ancienne, réalisée avec autant de sincérité que de paillettes et venant nous rappeler l’âge d’or des studios américains lorsque l’on savait allier exigence et divertissement. Si le résultat reste honorable et très au-dessus d’une moyenne plutôt basse,
Duplicity manque cependant de passion et, dans son désir de mettre en scène le binôme le plus distingué de ce début d’année, perd finalement la verve diabolique et jouissive de ses premières minutes. On se laisse balader au gré d’un scénario trop schématique qui tente de camoufler une certaine vacuité à l’aide de rebondissements franchement téléphonés... Mais, qu’on le veuille ou non, le charme opère. Un peu malgré nous.

Tony Gilroy change de registre... enfin presque. Après nous avoir servi de l’espion à toutes les sauces avec la trilogie
Jason Bourne, un avocat rongé par les remords dans son premier long-métrage en tant que réalisateur,
Michael Clayton, le voici là où on ne l’attendait pas : à la barre d’une comédie romantique. Mais pas n’importe laquelle puisque
Duplicity se paye le luxe d’associer espionnage, grandes entreprises et duo de charme... bref, une sorte de symbiose des thèmes de prédilection du cinéaste et scénariste. Nous étions restés quelque peu sceptiques à la vision de son premier passage derrière la caméra :
Michael Clayton, sous ses grands airs et malgré de belles interprétations, ne proposait rien de très original et la montagne érigée durant près de deux heures accouchait finalement d’une minuscule souris. Et c’est peut-être ce que l’on peut à nouveau reprocher à ce sympathique mais paresseux
Duplicity.

Avec son casting quatre étoiles, sa mise en scène léchée et son récit alambiqué, la mayonnaise aurait dû prendre... seulement voilà, le scénario, construit comme un puzzle dont on voit bien vite où se cachent les pièces maitresses, enchaîne les rebondissements et les flashbacks sans grande conviction. La mécanique, parfaitement huilée, et usant des artifices habituels pour tenter de brouiller les pistes, ne fonctionne qu’à moitié et au gré d’une amourette sympathique mais trop sage, le spectateur se raccroche aux quelques joutes verbales échangées entre les deux têtes d’affiche. C’est un peu maigre.
Mais, au niveau du casting, là aussi, peu de surprises. Et pourtant, chaque minute qui passe recèle un potentiel énorme, comme un pétard géant prêt à exploser, on sent les comédiens prêts à titiller leur image si lisse et le cinéaste tend parfois à jouer avec ses cadres... bref, on a ce sentiment constant que tout ce petit monde passe à côté de ce qui aurait pu devenir une excellente comédie ! En prenant son sujet trop au sérieux et poussant ses comédiens à atteindre des paroxysmes de classe internationale, on se retrouve parfois devant un objet d’une rare élégance mais trop étriqué dans ses souliers dorés pour éveiller tous nos sens. Il manque au récit et au déroulement de l’intrigue un vent de folie et une verve plus cynique, cette frénésie que les frères Coen avaient parfaitement mis en place au sein du duo Catherine Zeta-Jones/George Clooney dans
Intolérable Cruauté.
Duplicity manque de mordant et ce ne sont pas les comédiens, habitués à jouer de leur stature et à pratiquer la comédie de haut-vol (Julia Roberts dans Ocean’s Twelve et Clive Owen dans Shoot’em Up !) qui nous diront le contraire... On est donc frustré devant cet étalage de pudeur et de retenue quand le générique de début promettait un vrai corps à corps. Au final, c’est plutôt la guerre froide et la partie d’échecs dure trop longtemps.

Mais à l’instar de
Michael Clayton, qui parvenait à conserver intact notre intérêt malgré le vrai manque de profondeur du récit,
Duplicity ne manque pas de qualités pour nous charmer. Singulièrement décalé par rapport aux productions actuelles, jouissant de seconds rôles puissants (Tom Wilkinson et Paul Giamatti en tête) et multipliant les twists, on ne perd que très rarement le fil de la narration et l’ennui, s’il pointe parfois son nez, se fait vite rattraper par un savoir-faire global assez satisfaisant. On aurait simplement aimé être parfois pris au dépourvu, être vraiment surpris plutôt que de feindre l’étonnement et au final jouer au jeu du chat et de la souris dans une cour de récréation un peu plus délirante. Nous aurions aimé rire lorsque, poliment, nous ne faisons que sourire...