Premier film en compétition et première bonne surprise pour ce 9ème festival des Antipodes.
Eagle vs Shark se révèle être le film idéal pour s’imprégner de l’esprit du cinéma néo-zélandais. Tout y est, le paysage folklorique, le quotidien autochtone, la saveur du Pacifique… comme une invitation du bout du monde.
EAGLE VS SHARKun film de Taika Waititi
Avec Loren Horsley, Jemaine Clement, Joel Tobeck, Brian Sergent
Durée : 1h33
Caissière chez Meaty Boy Burgers, Lily à le coup de foudre pour Jarrod, un client régulier, vendeur dans un magasin d’informatique. Essayant d’attirer son attention avec un supplément de frites gratuit, elle parvient à se faire inviter à une soirée costumée où en prouvant sa dextérité à la console de jeu, elle arrive à gagner les faveurs de Jarod. En route vers la ville natale de Jarod, Lily y découvrira une famille originale et chaleureuse. Jarod, obnubilé par une revanche à prendre sur un de ses anciens camarades d’école, se prépare à un combat digne des héros de gameboy et s’entraîne avec la fiancée de son frère décédé mystérieusement, abandonnant Lily…Ca fait du bien ! Alors que le cinéma cède trop souvent aux impératifs de l’entertainment, un film tel que
Eagle vs Shark ne peut que se regarder avec délectation. Un plaisir non dissimulé que l’on prend à observer cette idylle naissante entre un loser patenté et une jeune femme paumée qui porte sur elle son mal de vivre. Heureusement, même les exclus de notre société policée, où le culte de l’apparence fait loi, ont droit au bonheur et le meilleur moyen pour y parvenir demeure l’amour. Une grande, belle et forcément tumultueuse romance, entre aigle et requin, fierté et solitude.

L’évolution de la relation entre nos deux tourtereaux prête à sourire d’abord, et la première réaction sera un regard moqueur, ou du moins condescendant. Mais très vite, le couple emporte l’adhésion, et l’empathie se crée, inéluctablement, délicieusement. L’attachement aux personnages, tous plus pathétiques les uns que les autres, ne fait qu’augmenter tout le long du film, tant la mise en scène sublime l’humanité de chacun. Le résultat, un tourbillon d’émotions, où le burlesque côtoie la gravité, où le drame se mélange à la comédie. Une véritable leçon de vie. Dès lors, les quelques baisses de rythme dans la narration sont vite pardonnées, d’autant que l’une des qualités principales du film réside justement dans sa capacité à prendre son temps. Ici on ne cherche pas le dynamisme à tout prix, mais simplement à raconter une histoire correctement, et tant pis pour les impatients.
Et comme si toutes ces bonnes intentions ne suffisaient pas, quelques idées sympathiques apportent un supplément d’âme, tel que l’apport de plans d’insert avec des images d’animation, véritables mini courts-métrages au sein du film. Certains dialogues s’avèrent également croustillants, et les limites du politiquement correct sont souvent mine de rien allègrement franchies (les handicapés moteurs ? pourquoi ne pas les frapper ?)
Tous ces petits riens forment une œuvre originale, vivifiante, et terriblement attachante autant pour ses qualités que pour ses défauts. Or l’amour, n’est-ce pas accepter les défauts de l’autre autant que l’on apprécie ses qualités ? Si tel est le cas, alors
Eagle vs Shark risque de faire chavirer bien des cœurs.