L'HISTOIRE :
On a connu Greg McLean avec Wolf Creek, objet taillé dans la rocaille du Bush, qui en surface essayait de concilier les codes du survival des années 70 (Hooper et Craven en ligne de mire) et une forme modernisante pour les dépoussiérer. A travers un fait-divers sordide, il exploitait le folklore Australien jusque dans l’inconscient cinéphile (le désert, les routes à la Mad Max et les no man’s land boueux) pour séduire les amateurs de productions sauvages. A l’arrivée, le film contenait autant de défenseurs, aveuglés par cette capacité à faire du neuf avec du vieux, que de détracteurs, incapables de définir si l’auteur était un talent à suivre ou une baudruche qui se dégonflera dès le prochain film. Sans être déplaisant, ce second long métrage est tellement classique et impersonnel qu’il n’apporte aucune réponse satisfaisante aux questions laissées en suspens. Sans bénéficier de l’effet de surprise, Solitaire – qui pourtant a été scénarisé avant – a exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts que Wolf Creek: un manque de substance et un manque d’originalité dans la progression dramatique compensés par une énergie formelle, une photo clinquante et un respect très premier degré des codes, sans jouer la carte de la distanciation qu’elle soit théorique, ironique ou cynique.
Comme Wolf Creek, l’argument de Solitaire repose sur un fait-divers: un crocodile qui attaquait des chalutiers à la fin des années 70 et semait la panique chez les pécheurs du coin. Conscient qu’il représentait une menace pour tout le monde, les habitants, ayant au passage pris le soin de le surnommer "Sweetheart", ont finalement décidé de le capturer pour éviter d’autres incidents – son squelette est désormais l’attraction d’un musée local. Là-dessus, le but de Greg McLean n’est pas de bouleverser des règles ni même d’échapper aux clichés inhérents aux genres qu’il explore, mais de se poser comme un faiseur habile capable de proposer des séries B correctement emballées. Objectivement, il lui manque le génie ou tout simplement l’audace pour tirer l’ensemble vers le haut. Passé un prologue appétissant où un crocodile bouffe un buffle comme dans un documentaire animalier – en fait, il s’agit d’une référence à Nothern Safari, de Keith Adams, un documentaire qu’il avait vu enfant et qui l’avait impressionné –, Solitaire tente de fonctionner crescendo via des effets éculés en partant du simple (présentation basique des personnages pour déterminer leurs caractères) pour atteindre l’essentiel (l’attaque du crocodile qui chasse les humains paumés sur son territoire de chasse). A l’écran, le film ne décolle réellement qu’après une longue heure inutilement étirée.
A défaut d’être viscérale, la dernière demi-heure concentre tellement de péripéties attendues et efficaces, dont un passage tendu dans la grotte du crocodile, que le spectateur en a pour son argent. Les scènes les plus spectaculaires ont été placées à la fin pour donner un minimum d’intégrité artistique. Intégralement supervisés par Creature Workshop, boîte responsable de ceux, époustouflants, de The Host, de Bong Jong-Ho, les effets spéciaux mélangeant animatronique et trucages numériques parviennent à rendre le crocodile crédible jusque dans la manière de se mouvoir. Tout le budget est passé dans la créature et ça valait la peine. En l’état, Solitaire n’est ni plus ni moins qu’un divertissement estival adéquat qui ne revendique rien si ce n’est la satisfaction immédiate et s’oublie aussitôt après la projection. Mais on peut regretter, vu les espoirs placés en Greg McLean après Wolf Creek qui lui a permis de faire son entrée au sein du splat pack, qu’il n’ait pas eu envie de se distinguer du tout-venant – ses ficelles évoquant sans équivoque celles de Tobe Hooper. Car, hélas, à force de rendre des hommages au demeurant sincères, notamment aux films de monstre ayant impressionné ses mirettes de môme, on cherche encore sa vraie identité. Bref, on est coincé entre la sincérité de l’artisan et la roublardise du parvenu sans pouvoir se forger une opinion claire. Une troisième expertise devrait nous renseigner définitivement sur ses humeurs créatrices, surtout après son passage chez les frères Weinstein. Mais ceux qui n’ont pas été convaincus par son travail continueront d’être sceptiques.
Romain Le Vern


















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