La critique d'Excessif

3/5
rogue_mclean_teaserok L'HISTOIRE :

Australie. Le reporter cynique américain Pete McKell rejoint un groupe disparate de touristes pour une splendide croisière sur les eaux sauvages du Kadaku National Park. Mais à la suite d'un étrange accident, leur embarcation fait naufrage. Alors que le groupe attend en vain d'être secouru, un crocodile géant mangeur d'hommes apparaît à la surface de l'eau...

En Australie, un reporter américain (Michael Vartan) rejoint un groupe de touristes pour une croisière sur les eaux du Kadaku National Park assurée par une charmante demoiselle (Rhada Mitchell). Et comme convenu, rien ne se passe comme prévu. L’embarcation fait naufrage suite à un malheureux accident et les touristes, déjà traumatisés, se réfugient là où un crocodile solitaire (d’où le titre français) aime à chasser son gibier. Pour son second long métrage, Greg McLean passe du survival sang-pour-sang gore (le coup d’essai Wolf Creek) au film de crocodile pour barbouiller les cartes postales et donner une image crue de son pays aussi farouche qu’inapprivoisable. C’est un genre en soi qui semble revenir à la mode et qui contient moins de réussites indiscutables que de nanars exorbitants. Est-ce que l’australien Greg McLean va changer la donne avec ce projet qui lui tient à cœur depuis plus de dix ans?

SOLITAIRE
Un film de Greg McLean
Avec Radha Mitchell, Michael Vartan, Sam Worthington, John Jarratt, Stephen Curry, Heather Mitchell, Geoff Morrell, Mia Wasikowska, Robert Taylor, Caroline Brazier, Celia Ireland
Durée : 1h35
Sortie cinéma France : 13 Août 2008

On a connu Greg McLean avec Wolf Creek, objet taillé dans la rocaille du Bush, qui en surface essayait de concilier les codes du survival des années 70 (Hooper et Craven en ligne de mire) et une forme modernisante pour les dépoussiérer. A travers un fait-divers sordide, il exploitait le folklore Australien jusque dans l’inconscient cinéphile (le désert, les routes à la Mad Max et les no man’s land boueux) pour séduire les amateurs de productions sauvages. A l’arrivée, le film contenait autant de défenseurs, aveuglés par cette capacité à faire du neuf avec du vieux, que de détracteurs, incapables de définir si l’auteur était un talent à suivre ou une baudruche qui se dégonflera dès le prochain film. Sans être déplaisant, ce second long métrage est tellement classique et impersonnel qu’il n’apporte aucune réponse satisfaisante aux questions laissées en suspens. Sans bénéficier de l’effet de surprise, Solitaire – qui pourtant a été scénarisé avant – a exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts que Wolf Creek: un manque de substance et un manque d’originalité dans la progression dramatique compensés par une énergie formelle, une photo clinquante et un respect très premier degré des codes, sans jouer la carte de la distanciation qu’elle soit théorique, ironique ou cynique.
Comme Wolf Creek, l’argument de Solitaire repose sur un fait-divers: un crocodile qui attaquait des chalutiers à la fin des années 70 et semait la panique chez les pécheurs du coin. Conscient qu’il représentait une menace pour tout le monde, les habitants, ayant au passage pris le soin de le surnommer "Sweetheart", ont finalement décidé de le capturer pour éviter d’autres incidents – son squelette est désormais l’attraction d’un musée local. Là-dessus, le but de Greg McLean n’est pas de bouleverser des règles ni même d’échapper aux clichés inhérents aux genres qu’il explore, mais de se poser comme un faiseur habile capable de proposer des séries B correctement emballées. Objectivement, il lui manque le génie ou tout simplement l’audace pour tirer l’ensemble vers le haut. Passé un prologue appétissant où un crocodile bouffe un buffle comme dans un documentaire animalier – en fait, il s’agit d’une référence à Nothern Safari, de Keith Adams, un documentaire qu’il avait vu enfant et qui l’avait impressionné –, Solitaire tente de fonctionner crescendo via des effets éculés en partant du simple (présentation basique des personnages pour déterminer leurs caractères) pour atteindre l’essentiel (l’attaque du crocodile qui chasse les humains paumés sur son territoire de chasse). A l’écran, le film ne décolle réellement qu’après une longue heure inutilement étirée.

Greg McLean a écrit le script de Solitaire il y a plus de dix ans et n’a pu le mettre en image que grâce au succès de Wolf Creek. Peut-être aurait-il dû en profiter pour l’approfondir. Le cinéaste a beau se targuer d’un budget alloué par les Weinstein bros (25 millions de dollars); son scénario – qu’il ne réussit jamais à transcender – n’est pas plus profond que celui d’une série Z reptilienne comme il en pleuvait dans les années 70 (Killer Crocodile). L’atmosphère poisseuse et marécageuse manque d’envergure, reste trop faible pour instiller un climat potentiellement effrayant jouant sur l’envers du décor (le tueur en série de Wolf Creek) ou de la nature (le crocodile ici). Les touristes, qui mêlent des acteurs locaux et internationaux, sont suffisamment archétypaux pour que le film devienne rapidement un concours pour savoir qui de l'obèse en panne de sexualité, de l’écrivain playboy arrogant au bout de son rouleau existentiel, de la coincée qui ne supporte pas la fumée de cigarette, du récent veuf qui tire la tronche, du sosie de John Wayne, du petit copain qui-se-la-pète-et-qui-au-bout-du-compte-se-révèle-moins-con-que-prévu, de la gamine ou du chien à sa mémère va se faire bouffer par la crocodile en premier. Ils sont tous joués par des comédiens conscients de la bouffonnerie de leurs personnages manichéens, représentant un échantillon peu nuancé de l’humanité et qui, face à une épreuve intense, vont révéler leur vraie nature. La consolation, ce sont les paysages du outback australien – encore une fois superbement photographiés par le regretté Will Gibson, chef-opérateur déjà doué sur Wolf Creek – et la menace du crocodile qui prend tout son temps avant de surgir à l’écran et soudainement d’accélérer la cadence du récit.
A défaut d’être viscérale, la dernière demi-heure concentre tellement de péripéties attendues et efficaces, dont un passage tendu dans la grotte du crocodile, que le spectateur en a pour son argent. Les scènes les plus spectaculaires ont été placées à la fin pour donner un minimum d’intégrité artistique. Intégralement supervisés par Creature Workshop, boîte responsable de ceux, époustouflants, de The Host, de Bong Jong-Ho, les effets spéciaux mélangeant animatronique et trucages numériques parviennent à rendre le crocodile crédible jusque dans la manière de se mouvoir. Tout le budget est passé dans la créature et ça valait la peine. En l’état, Solitaire n’est ni plus ni moins qu’un divertissement estival adéquat qui ne revendique rien si ce n’est la satisfaction immédiate et s’oublie aussitôt après la projection. Mais on peut regretter, vu les espoirs placés en Greg McLean après Wolf Creek qui lui a permis de faire son entrée au sein du splat pack, qu’il n’ait pas eu envie de se distinguer du tout-venant – ses ficelles évoquant sans équivoque celles de Tobe Hooper. Car, hélas, à force de rendre des hommages au demeurant sincères, notamment aux films de monstre ayant impressionné ses mirettes de môme, on cherche encore sa vraie identité. Bref, on est coincé entre la sincérité de l’artisan et la roublardise du parvenu sans pouvoir se forger une opinion claire. Une troisième expertise devrait nous renseigner définitivement sur ses humeurs créatrices, surtout après son passage chez les frères Weinstein. Mais ceux qui n’ont pas été convaincus par son travail continueront d’être sceptiques.

Romain Le Vern





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