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Eden à l'Ouest

La critique d'Excessif

2/5
eden_ouest_vign L'HISTOIRE :

Comme dans l'Odyssée, c'est en mer Egée que l'aventure d'Elias, notre héros sans légende, commence. Sur la même mer, sous le même soleil et le même ciel qu'à l'aube de la civilisation. Après bien des péripéties, dont une escale au paradis et un bref séjour en enfer, son épopée finit magiquement à Paris. Paris, que chaque errant voit briller au plus profond de ses rêves dans son sommeil incertain.

Humaniste et poignant !
En mer Méditerranée, un bateau d’immigrés est arraisonné à quelques miles des côtes italiennes. Elias, l’un des immigrés, arrive à fuir à la nage pour se retrouver le matin suivant échoué sur une plage de nudistes d’un hôtel de luxe. Se mêlant aux touristes puis au personnel de l’établissement, il tente d’échapper à la surveillance de la police. Au bord de la piscine il rencontre le magicien Nick Nickelby qui l’emploie pour ses tours de passe-passe le soir même et, dans un élan d’excitation, l’invite à le rejoindre à Paris. Ne parlant qu’à peine le français, sans papier ni même la moindre idée de comment s’y rendre, Elias va commencer un voyage incertain durant lequel il rencontrera de nombreux obstacles mais aussi une foule de personnages différents. Coûte que coûte Elias désire se rendre dans la ville lumière afin de commencer une nouvelle vie.

 

 

 

Costa-Gavras n’avait pas réalisé de film depuis Le couperet, en 2004, et nous revient aujourd’hui avec une fable sur l’immigration, non pas d’un point de vue social ou politique, mais d’un point de vue privilégié, celui de l’immigrant. « Partir c’est mourir un peu mais immigrer, c’est mourir un peu pour renaître ailleurs » comme le dit le cinéaste lui-même. Elias est cet exilé que Costa-Gavras fut lui aussi dans les années cinquante. A la nage, en bateau, en voiture ou en camion, Elias va traverser les territoires pour atteindre son rêve, Paris, tel un phare lumineux qui guiderait son chemin. A ses yeux l’Europe est un Eden, un jardin immaculé où il va pouvoir recommencer une autre vie. Pourtant très vite, Elias comprendra que l’on ne veut pas de lui et, traqué, il n’aura de cesse de fuir. Là se trouvent les limites du film car le cinéaste fait de son personnage un être perdu, sans repère et constamment pourchassé par les forces de l’ordre. Paranoïaque jusqu’à l’extrême, son voyage se transforme vite en succession de courses-poursuites, certes non dénuées d’humour, mais qui provoquent rapidement un sentiment de lassitude là où l’on aurait aimé une réflexion plus profonde sur la place de l’immigré et son sentiment de confusion vis à vis d’une culture qui lui est étrangère.

 

 

 

Touristes, routiers, commerçants, ouvriers sans papiers, bourgeoise sophistiquée, certains l’aideront et d’autres abuseront de sa naïveté, une naïveté parfois trop flagrante pour être sincère, ou en tout cas trop prononcée pour être crédible. Eden à l’ouest a du charme, mais il lui manque du réalisme pour être percutant ou de la fantaisie pour se regarder telle une fable moderne. Par bonheur l’on retrouve le comédien Ulrich Tukur dans la peau du magicien frivole, une collaboration entre lui et le cinéaste qui a démarré avec Amen en 2001 et poursuivie sur Le couperet. Dans le rôle principal, Riccardo Scamarcio (Nos meilleures années, Romanzo criminale) se glisse dans la peau d’un homme que la séduction va tirer d’un mauvais pas à plusieurs reprises. L’actualité du sujet est une aubaine pour le cinéma, voir la sortie prochaine de Welcome de Philippe Lioret sur le parcours d’un immigré qui veut traverser La Manche à la nage, à chaque cinéaste de se l’approprier. Eden à l'ouest emprunte délibérément le chemin d’une vision optimiste nuancée à l’heure où l’opinion publique penche du côté de la peur et du rejet simple. Le regard de l’immigrant permet de nous regarder nous-mêmes, quand bien même le reflet n’est pas toujours flatteur. Costa-Gavras signe un film humaniste, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités.

Le verdict des internautes

Total des votes : 9

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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