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El Cortez

La critique d'Excessif

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el_cortez_cineus L'HISTOIRE : Après cinq ans de prison, Manny, un jeune autiste, retourne à Reno travailler à l'hôtel El Cortez. Il se lie d'amitié avec Popcorn, un prospecteur estropié qui cherche son aide pour persuader Russo, un joueur prospère, d'investir dans sa mine d'or. Mais Manny, traqué par Arnie, le flic tenace qui l'avait arrêté, ne peut échapper à son passé...
Une fois n'est pas coutume un petit film indépendant arrive de nulle part en salle pour s’imposer en proposant un cinéma mature, teinté d'une délicatesse rare avec un univers à la frontière de la réalité. El Cortez devient une antichambre d'une agréable détente, ne se moquant jamais du public, lui délivrant un métrage sans prétention qui dépasse le simple exercice de style.

El CORTEZ
Un film de Stephen Purvis
Durée : 1h34
Date de sortie : 26 septembre 2007


Des les première images du film on ne peut qu'être envoûté par le travail important du réalisateur ainsi que du chef opérateur dans le rendu d'une atmosphère très prégnante. Une sorte de lourdeur dans la légèreté, que cela soit par des choix de gammes chromatiques avec des tonalités rouges et ocres, ou à la production design générale qui va du décor de l'hôtel aux vêtements de chacun, ou bien encore avec l'ambiance musicale très funkie. Force est de reconnaître que malgré un budget réduit, près de 10 millions de dollars, et une durée de tournage relativement courte, 20 jours, l'optimisation des ressources a été amplement réfléchie et parfaitement rendue à l'écran nonobstant quelques rares maladresses inhérentes à la relative jeunesse du réalisateur.


L'histoire prend place dans l'hôtel El Cortez un lieu où l'étrangeté règne de jour comme de nuit. Dans le rôle principal nous retrouvons le trop rare Lou Diamond Phillips (souvenez-vous de sa prestance dans La Bamba). Il interprète le jeune Manny, un charmant autiste léger qui après cinq ans de prison retourne dans la ville de Réno où il y trouve un place de maître d'hôtel. Son nouveau métier l'amènera à faire des rencontres de personnages hauts en couleurs et à s'attacher à certains d'entre eux dont Popcorn, un vieil homme en fauteuil roulant qui lui confie avoir été prospecteur. Popcorn demande l'aide de Manny pour convaincre Russo, un propriétaire de casino, d'investir dans une mystérieuse mine d'or. D'autres personnages feront aussi leurs apparitions et tous sans le savoir auront leur destin mis entre les mains de Manny. Cela va de Arnie, le flic bourru qui avait mis en prison Manny et qui continue de le surveiller plus que d'un œil, jusqu’à la belle Tracy Middendorf alias Theda, prostituée opportuniste qui use sans vergogne de son pouvoir sur les hommes. Une véritable femme fatale qui cherche elle aussi à tirer son épingle du jeu.


Pour son second film le réalisateur Stephen Purvis a misé gros sur l'esthétisme général, puisant l’inspiration chez de nombreux grands maîtres dont on sent l'indéniable esprit comme celui de Billy Wilder ou encore Anthony Man, en allant à des réalisateurs plus contemporains comme les frères Cohen. Jouant sur un personnage à part entière que représente le décor de l'hôtel El Cortez, qui permet d'envelopper avec une torpeur certaine l'univers du film dans lequel évolue une galerie de personnages tous borderline. Et c'est exactement dans la finesse du traitement des différents protagonistes que le film se hisse vers le haut, délaissant l'exercice de style vain et abscons. Car la direction d'acteur a réussi à cerner des personnages à la limite du surréalisme tout en gardant une certaine authenticité afin que le spectateur s'identifie assez pour y croire. Car l'enjeu majeur, relevé haut la main, est bien d'avoir cherché à retranscrire l'intentionnalité des différents personnages et de leurs implications émotionnelles envers Manny. Celui-ci, malgré ses apparences de zazou simplet, s'avère bien plus malin et moins inoffensif qu'on voulait bien le croire.


Sephen Purvis construit autour de ce personnage singulier une trame narrative à la hauteur des prétentions d'origines laissant l'imaginaire du spectateur construire et reconstruire les zones d'ombres esquissées avec parcimonie tout au long du film concernant le passé de chacun et en particulier celui de Manny. Ce qui entraîne inévitablement une adhésion du public qui cherche à cerner ce personnage ambigu et terriblement attachant. A force de fuir à tout prix les ennuis il finit malgré lui inévitablement par être rattrapé par eux et à être pris dans l'engrenage des attentes suscitées par ses affinités envers les autres protagonistes de l'histoire. Rien n'est jamais gratuit, et il le comprend bien malgré lui. Sa générosité profonde mise à rude épreuve révèlera d'autres facettes bien surprenantes qui prennent littéralement à la gorge les 30 dernières minutes du film et bouleversent totalement le ton général pour basculer dans le drame.


Au final, El Cortez s'avère être une agréable surprise qui arrive à tirer partie d’un budget limité pour proposer une œuvre charmante et sans prétention, dont la sincérité et le travail en amont sont fort admirables, avec un Lou Diamond Phillips des plus charismatiques.

Gwenael Tison

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