Neuf ans après avoir raconté l’accession au trône d’Elizabeth, le réalisateur Shekhar Kapur nous mène au moment où cette dernière doit faire face à ses tourments tant intimes que politiques à un moment clé de l’histoire de l’Angleterre. Reprenant le rôle qui l’a révélée sur la scène internationale Cate Blanchett y incarne cette reine énigmatique avec passion et romantisme, lui conférant ainsi un caractère humain que sa position semble lui refuser.
ELIZABETH L’AGE D’ORUn film de Shekhar Kapur
Avec Cate Blanchett, Geoffrey Rush, Clive Owen, Rhys Ifans
Durée : 1h54
Date de Sortie : 12 décembre 20071585 l’Angleterre traverse une grave crise. Philippe II roi d’Espagne fervent défenseur du catholicisme souhaite renverser le régime d’Elisabeth et asseoir sur le trône sa cousine Marie Stuart reine d’écosse. Se préparant à la guerre, Elizabeth doit aussi faire face a l’éclosion des tourments qui l’assaillent, une reine ne pouvant se laisser guider par ses sentiments en raison de son statut et de ses obligations.Ce n’est pas la véracité historique qui intéresse le réalisateur, qui prend de nombreuses libertés, mais plus le portrait d’une femme assujettie à sa position et ses obligations de monarque et ne pouvant laisser sourdre les sentiments et les tourments qui en découlent. Elizabeth est en quelque sorte une prisonnière, au même titre que Marie Stuart, de par son accès au pouvoir quasi absolu, elle n’est plus libre de ses pensées et de ses désirs et l’amour est une chose qui ne lui est pas accordé, bien qu’elle doive pourtant se préoccuper de sa descendance. Derrière le masque de la Reine, se cache pourtant une femme seule, rongée par des fêlures, des faiblesses qu’elle ne doit en aucun cas laisser transparaître.

Sous ses dehors de fresque historique, le film de Shekhar Kapur est ainsi un drame intimiste sur les tourments d’une femme au destin exceptionnel, prise dans les affres de l’histoire. Cate Blanchett y démontre toute l’entendue de son talent, offrant au personnage de cette reine puissante un romantisme très shakespearien. Littéralement possédée par ce personnage, l’actrice impressionne de bout en bout. Tour à tour fragile et décidée, impitoyable et blessée, chaque plan est emporté par sa présence.
Dans un subtil jeu de regards et de silences, mouvant son corps dans des espaces qui semblent trop étroits pour une femme de son envergure, elle nous fait ressentir les émotions qui l’assaillent, insufflant un feu romanesque à cette femme qui dénie son moi au profit de la raison d’état. Clive Owen et Geoffrey Rush, symbolisant chacun une facette des sentiments de la reine, l’accompagnent divinement. Owen est celui qui éveille l’amour et la féminité, Rush le pouvoir et les obligations qui lui sont liées. Les deux acteurs, en particulier Clive Owen par la force de son timbre à la fois doux et revêche, investissent leurs personnages avec force et implication sans sombrer dans la théâtralité et le cabotinage, offrant un jeu d’une folle densité et d’une exquise justesse.

La réalisation sert divinement le propos évitant l’écueil de la surenchère stylistique au profit d’une recherche de la simplicité et de l’authenticité ; cadrages soignés, lumière très travaillée mettant en valeur les décors et costumes, mouvements de caméras sobres mais subtils (magnifiques travellings latéraux et circulaires) musique envoûtante (bien que parfois un peu trop appuyée !!). Une belle leçon de concision et de simplicité loin de la démesure de ce genre de production.
En parfaite liaison avec son premier volet,
Elizabeth est une œuvre dense et subtile, portée par l’extraordinaire prestation d’une Cate Blanchett en apesanteur, dominant de son charme et de sa ferveur cette histoire d’une femme au prise avec son destin, rongée par des tourments intérieurs, conférant à cette reine l’envergure d’une héroïne tragique a qui l’amour est refusé. Ce film est la fois un belle découverte et l’affirmation du talent d’un trio d’acteurs au sommet de leur art.
Nicolas Chestier