1. >
  2. >
  3. >Critique En terre étrangère

En terre étrangère

La critique d'Excessif

3/5
en_terre_etrangere L'HISTOIRE : Visions croisées des clandestins qui ont tout quitté pour venir chez nous, et qui regrettent presque d'être là, et de ceux qui sont prêts là-bas, en Afrique, à suivre leur exemple, et à risquer leur vie pour traverser les mers. La dimension méconnue d'hommes si lointains si proches, nos frères par-delà les frontières tracées par l'homme ...
Les paroles qui sont captées valent plus que toutes les études sociologiques ou statistiques, elles portent le mal-être d’un continent en plein désarroi.

Le cinéma a toujours su faire entendre sa voix pour documenter le monde et critiquer les horreurs qui s’y passent. Et c’est justement l’ambition que se fixe En Terre étrangère, à savoir faire du medium l’instrument d’une meilleure connaissance du phénomène migratoire qui relie les pays du Nord et ceux du Sud. Entre documentaire militant, plaidoyer pour une politique migratoire aussi responsable qu’humaine, le dernier film de Christian Zerbib incite à la réflexion et à la remise en cause. Une sage initiative à l’heure où le spectre caricatural de l’immigration est agité à dessein par beaucoup pour éluder nombre de questions plus complexes.

 

Récit de vie et prise de position


Quand Christian Zerbib s’est attelé au projet documentaire qu’est devenu En Terre étrangère, son ambition première était de confronter la réalité de ceux qui avaient migré d’Afrique en France avec celle de tous les autres candidats à l’exil, eux qui sont si désireux de suivre leur exemple sans véritablement savoir ce qui les attend. Or, le quotidien tant fantasmé d’une opulence au nord n’a que peu à voir avec ce qu’ils trouvent à leur arrivée, notamment lorsqu’elle est clandestine. En effet, entre les rafles policières, l’abomination des centres de détention et les conditions de vie précaires de tout clandestin en quête de sécurité et de survie où l’angoisse journalière, l’avenir promis n’a rien de commun avec celui qu’offrent réellement nos pays, eux que l’on présente souvent comme des nations développées. Et force est de constater que l’écart est d’autant plus conséquent que l’espoir initial d’un avenir meilleur pour soi et les siens, fut grand.

C’est dans cette béance et l’incompréhension de son irrévocable constat que réside justement toute la force et la profonde détresse qui animent En Terre étrangère. Reposant sur des témoignages de clandestins qui ont réussi à s’installer au péril de leurs vies en France et les paroles tout aussi bouleversées de ceux qui en furent chassés, ce film documentaire retrace donc par le biais de moments d’une profonde et intense sincérité, le cheminement qui pousse tant d’Africains à quitter leur terre natale. Mais pour autant, sans jamais se borner à un unique récit d’opposition et au sordide dévoilement d’une réalité que peu assument ou veulent voir, En Terre étrangère voit plus loin et pense son sujet en lui apportant de salutaires contrepoints.

Tout d’abord, il opère une sage démystification des phénomènes migratoires et les inscrit dans les logiques d’une mondialisation de l’économie qui n’a que faire des hommes. Ensuite, il relie ces envies d’exil et les fantasmes qui les portent à l’influence de médias peu représentatifs de nos quotidiens et surtout aux désastreuses conditions de vie que l’on peut trouver au sud. Ainsi, entre exposition du chômage local et affirmation désespérée du peu de perspectives à venir, les paroles qui sont captées valent plus que toutes les études sociologiques ou statistiques : elles portent le mal-être d’un continent en plein désarroi.


Un film politique, citoyen et antidogmatique

Et pourtant tout autant, c’est au prisme du politique que Christian Zerbib aborde et sait entendre les témoignages qu’il retient. Car très vite, il est question d’une coopération juste et égalitaire entre les deux hémisphères et non plus de la poursuite d’une continuelle exploitation de l’un par l’autre. Mais plus encore que la mise au jour de tels déséquilibres, des souffrances qui s’y relient et des solutions à y apporter, En Terre étrangère s’avère tout autant l’illustration de nos comportements parmi les plus inavouables. Qu’il s’agisse par exemple de rappeler comment sont délogés les clandestins, comment on traite les candidats à l’exil ou comment on les traque.

 

 De fait, ce documentaire souligne aussi avec mesure et pudeur, l’abjection quotidienne dont nos gouvernements se chargent et les prises de position de Charles Berling, de Josiane Balasko ou d’Emmanuelle Béart apportent dès lors un heureux et nécessaire contrepoint à une situation où le racisme ordinaire et l’opportunisme politique côtoient trop souvent le dogmatisme et les plus obscurs conservatismes. Et là n’est pas le moindre mérite d’En Terre étrangère parce que sur un tel sujet, atteindre une telle hauteur de vue, était loin d’être aisé.

En cette fin d’été, recommander à tous le visionnage d’En Terre étrangère semble donc inévitable au regard des questions de dignité humaine, de solidarité internationale, d’espoir et de droit qu’il replace au cœur du débat migratoire. Et cela d’autant plus que l’avenir des pays du Nord s’avérera proprement inconcevable sans une véritable réflexion sur la nécessité d’une immigration responsable comme réponse à la crise démographique et comme vecteur d’un véritable développement conjoint et durable.

Mag : plus d'actu sur En terre étrangère

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience