L'HISTOIRE : « Je demanderai aux critiques, aux commentateurs, de ne porter à la connaissance des futurs spectateurs aucun des éléments de l'histoire ». Pascal Thomas à propos de son film Ensemble, nous allons vivre une très très grande histoire d'amour.
Un véritable enchantement qui nous berce de la première à la toute dernière seconde
Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour, voilà bel et bien l'évènement cinématographique de la semaine. En effet, le film marque le grand retour d'un Pascal Thomas toujours aussi talentueux. Il délaisse aujourd'hui l'oeuvre d'Agatha Christie pour signer un nouveau long-métrage original, doté d'une fantaisie extrêmement communicative. Pour ce faire, il s'octroie les services d'un Julien Doré certes débutant, mais qui démontre ici un réel talent de comédien. Avec de tels énergumènes, le cinéma français a encore de beaux jours devant lui.
Le monde merveilleux de Pascal Thomas
Les cinéphiles connaissent ce metteur en scène sur le bout des doigts. L'homme s'est fait un nom dès le début des années 70, en signant diverses comédies à la fois piquantes et décalées, parmi lesquelles Les Zozos, Pleure pas la bouche pleine ou bien encore Le Chaud lapin. Des succès populaires, accentués par une réussite artistique reconnue sur le tard. Depuis, Pascal Thomas ne cesse de développer un univers qui lui est définitivement propre, clownesque, décomplexé et où le sérieux n'a pas sa place. Preuve en est, une fois de plus, avec cet énième long-métrage, certainement l'un des plus aboutis de son créateur. Auteur du script (avec la complicité de François Caviglioli et Clémence de Biéville), Thomas n'a désormais de compte à rendre à personne. Cette histoire est sienne et il peut délibérément faire ce qui lui chante, se référant autant à la comédie italienne de la grande époque qu'à Jean Cocteau. Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour se présente alors comme un roman-photo qui, au delà de son intrigue sentimentale, exhibe une folie et un sens du burlesque particulièrement détonants. Les répliques ne manquent pas de causticité et les nombreux acteurs du film livrent de réelles performances. Nous y reviendrons. Par ailleurs, l'image, vive et colorée, s'enrichit d'une musique aussi délicate que subtile. Le résultat d'une longue complicité entre le cinéaste et le compositeur Reinhardt Wagner, dont ce film marque la huitième collaboration.
Très vite, donc, le métrage apparaît comme un véritable enchantement qui nous berce de la première à la dernière seconde. Ou comment se réconcilier avec le cinéma français. Pascal Thomas se montre particulièrement inspiré.
Un casting haut en couleur
Parmi ses nombreux talents, le cinéaste a notamment celui de réunir des acteurs que personne d'autre n'aurait osé confronter. Mieux encore, il va chercher des comédiens encore non confirmés (le petit Julien Doré) voire totalement oubliés (Bernard Menez, pourtant extraordinaire sous la direction de François Truffaut, Edouard Molinaro ou bien encore Georges Lautner). Le résultat nous laisse sans voix. Bernard Menez reprend du poil de la bête face à Julien Doré, jeune héros lunaire laissant paraître une certaine filiation avec son aîné. Mais ce qui frappe encore davantage, c'est l'énergie et le charisme déployés par cette « nouvelle star » du cinéma. L'acteur grimace avec sens et drôlerie, créant un personnage d'un rare éclat. Ajoutons à cela une diction exaltante, rythmée par un accent pagnolesque hautement séduisant. Au final, Julien Doré remporte tous nos suffrages. De leur côté, Marina Hands et Guillaume Gallienne trouvent devant la caméra de Pascal Thomas l'occasion de se lâcher encore davantage par rapport à quelques rôles passés. Et cet art du renouvellement fait vraiment plaisir à voir.
En somme, voilà la comédie incontournable de ce printemps 2010. Vous en ressortirez frais et léger.
Gilles BOTINEAU
Comme Julien Doré, Mylène Farmer, Madonna, Cher, Britney Spears ont essayé de faire du cinéma. Mais elles auraient peut-être mieux fait de rester derrière un micro. La preuve par 10.