C’est Noël avant l’heure sur Excessif/DVDrama. Si vous voulez tout savoir sur
Eragon, le plus gros lancement de cette fin d'année, il vous suffit de parcourir cet article en long et en large. Pêle-mêle, s’y trouvent la bande-annonce, une galerie photos, un lien vers le site officiel du film mais aussi un dossier spécial "Heroic Fantasy" et, bien sûr, la critique…
LA BANDE-ANNONCELE SITE OFFICIELLA CRITIQUEAprès le choc
Seigneur des Anneaux, il était logique que les récits d'
heroic fantasy présentés sous forme de trilogie deviennent à la mode. Après tout, il n'y a pas de mal à suivre la voie ouverte par une aussi belle réussite. Andrew Adamson est arrivé l'année dernière avec le premier opus des
Chroniques de Narnia, inégal, trop prêcheur mais tout de même porteur d'une certaine magie. C'est au tour d'
Eragon, début de la trilogie dite
de l'Héritage du jeune romancier Christopher Paolini, d'être porté à l'écran. Un budget de 100 millions de dollars, quelques comédiens talentueux, des créatures extraordinaires, des effets spéciaux signés Weta Digital et ILM… Sans prétendre faire preuve d'originalité, le projet
Eragon possède indéniablement des atouts de son côté. Le résultat est-il à la hauteur des moyens extraordinaires déployés ? Malheureusement non. Pour qui s'attendait au moins à un bon divertissement pour enfants,
Eragon risque d'être une déception. L'histoire parvient difficilement à convaincre, d'autant qu'elle est desservie par une mise en scène trop molle.
ERAGONUn film de Stephen Fangmeier
Avec Ed Speleers, Rachel Weisz, Jeremy Irons, Sienna Guillory, Robert Carlyle, John Malkovich, Garrett Hedlund, Djimon Hounsou
Durée : 1h45
Sortie le 20 décembre 2006Les peuples d'Alagaëisia vivaient autrefois en paix, sous la protection des Dragonniers détenteurs de pouvoirs magiques. Mais ces derniers comptaient parmi eux un ambitieux du nom de Galbatorix, qui finit par trahir l'Empire en tuant ses rivaux afin de s'approprier leurs pouvoirs et monter sur le trône. Depuis, on raconte que le temps des Dragons reviendra et provoquera la chute de Galbatorix… Un jour, la princesse Arya dérobe une précieuse pierre bleue au roi maléfique. Avant d'être capturée, Arya parvient grâce à la magie à envoyer la pierre à quelques kilomètres de là. C'est un jeune fermier du nom d'Eragon qui trouve le mystérieux objet… La prophétie est peut-être sur le point de se réaliser.Un jeune garçon, une quête, un méchant… Dès l'introduction,
Eragon annonce la couleur en matière de clichés, une première impression qui ne fait que se confirmer tout au long du film. L'extrême classicisme d'une histoire peut bien entendu être aisément acceptable si l'univers développé se révèle crédible, si les personnages bénéficient d'un traitement correct ou – à défaut – si le film tient ses promesses en matière de divertissement et de scènes d'action.
Eragon ne possède malheureusement aucune de ces qualités. Tout d'abord, il faut savoir que l'univers créé par Paolini possède un (trop) grand nombre de points communs avec celui du
Seigneur des Anneaux. A ce titre, le roman est encore bien trop jeune pour être estampillé "classique de la littérature". De plus, il faut croire que le réalisateur Stephen Fangmeier a été inspiré par la démarche référentielle de Paolini puisqu'il parsème son film d'emprunts particulièrement visibles au chef d'œuvre de Peter Jackson.
La première mauvaise idée est d'avoir commencé par un prologue résumant l'Histoire de l'Empire, à la manière de
La Communauté de l'Anneau, la poésie et la dimension épique en moins. Plus tard, on apprend au détour d'un échange dialogué (et quels dialogues !) que les terres d'Alagaësia – ou la Terre du Milieu du pauvre – sont aussi peuplées d'Elfes et de Nains, bien que ces derniers aient préféré ne pas pointer le bout de leur nez de tout le film. Pour couronner le tout, les Elfes auraient enseigné aux Humains l'art de la magie, un art qui consiste essentiellement à tendre le bras vers l'avant en déclamant d'un air convaincu des mots elfiques, ce qui provoque immanquablement, et cela sans aucun apprentissage particulier, l'apparition soudaine d'une jolie lumière digitale de couleur bleue. Que dire des Urgals, sorte de parodies des Orques, peut-être encore plus dégénérés. Enfin, certains passages renvoient directement à des scènes du
Seigneurs des Anneaux, entre les plans en grand angle circulaires sur les personnages parcourant des longues distances au milieu d'immenses paysages, le discours de Robert Carlyle façon Saroumane dans
Les Deux Tours (plan du bonhomme de dos devant ses armées, il fallait oser!), ou encore les quelques instants précédant l'affrontement final, qui tentent vainement de reproduire la tension précédant la bataille du gouffre de Helm, les ingénieurs du son ayant été jusqu'à chercher à imiter le son du cor de Helm.
Sans faire des étincelles, le jeune comédien Edward Speleers livre une prestation tout à fait honnête et parvient sans mal à imposer Eragon comme le personnage le plus consistant du lot, et cela même si le héros manque à peu près toutes les occasions d'accomplir un réel exploit. La relation entre Eragon et Saphira (Rachel Weisz) est sans conteste l'un des points forts du film, peut-être le seul, la partie trop brève montrant la dragonne petite se révélant même assez attendrissante grâce aux attitudes mignonnes de la créature. Les autres protagonistes de l'histoire ne parviennent malheureusement jamais à convaincre, à commencer par Jeremy Irons qui incarne un Aragorn de pacotille. D'autre part, il était inutile d'introduire un personnage féminin de guerrière, en l'occurrence Arya (Sienna Guillory), si c'était pour que celle-ci soit capturée dès les premières minutes du film – le seul intérêt étant bien sûr de faire en sorte que le héros ait le sauvetage d'une belle princesse inscrit sur son curriculum vitae. Si le film ne semble pas destiné à égalité à toute la population enfantine, certaines réactions seront en revanche tristement universelles, comme l'envie de rire à chaque apparition de John Malkovich et Robert Carlyle, le premier voyant son environnement se confiner à une petite pièce sombre tandis que le second écope d'un rôle dont le caractère grandguignolesque n'a d'égal que son maquillage pour le moins cocasse.

Si ce
Eragon est si difficile à prendre au sérieux, c'est non seulement parce qu'il ne parvient à transmettre aucune intensité dramatique mais aussi parce qu'il est desservi par une mise en scène totalement dénuée d'inspiration. Stephen Fangmeier, superviseur d'effets spéciaux de son premier métier (
Master and Commander,
Il faut sauver le Soldat Ryan…), accomplit le tour de force de filmer des séquences de vol de dragon sans jamais en tirer un seul plan esthétique ou un tant soit peu poétique. Mieux vaut revenir à la magnifique séquence du vol de Harry Potter sur l'Hippogriffe dans
Harry Potter et le Prisonnier D'Azkaban. D'autre part, on se demande comment il est possible de rendre une bataille aussi illisible et indigeste. Le réalisateur a pourtant pris Peter Jackson pour modèle sur bien des plans, visiblement pas sur la maîtrise de l'orchestration des mouvements d'ensemble. Aucune idée visuelle ne ressort du bazar incroyable qui règne à l'écran dans la séquence finale. Que dire de la musique lourdingue, qui une fois déclenchée semble ne jamais devoir s'arrêter. Fangmeier est aussi handicapé par une direction de la photographie d'amateur, dominée par des oranges sur les plans nocturnes, et par une direction artistique ratée, conférant aux décors un caractère particulièrement
cheap digne d'un téléfilm. Et ce ne seront pas les effets spéciaux qui viendront rattraper la mise, la plupart des explosions et démonstrations de magie offrant un résultat artificiel au possible. Seule la dragonne Saphira est une vraie réussite grâce à son design gracieux, soutenu par un travail sur les expressions de visage qui force le respect. On passera sur les visions à travers les yeux (avec zoom intégré) de la créature, une idée sympathique plombée là encore par des couleurs du plus grand mauvais goût.
Comparé au moindre épisode de la saga
Harry Potter, dont les personnages attachants vivent des aventures véritablement extraordinaires dans un monde de magie,
Eragon est ce que l'on peut appeler un échec. Il n'y a plus qu'à espérer que les enfants n'y voient que du feu, et cela même si Saphira tarde grandement à en cracher. Mais peut-être les petits préféreront-ils s'en tenir aux aventures de
Fantaghiro. Les adultes, eux, préféreront sans doute revoir pour la énième fois un passage ou deux du
Seigneur des Anneaux, pour se rappeler le sens du mot grandiose. N'est pas Peter Jackson qui veut.
Elodie LeroyRetrouvez pages suivantes une galerie photos du film…