L'HISTOIRE : Malgré son manque d'expérience, Erik Nietzche, jeune homme timide et intelligent, est convaincu qu'il est fait pour devenir cinéaste. A la fin des années 70, il est admis à l'Ecole Danoise du cinéma, où il découvre un monde d'enseignants frustrés et peu pédagogues, d'étudiants étranges et de règles non écrites... Une période de sa vie à la fois exaltante et angoissante, où il se sent de plus en plus comme un étranger dans le milieu du cinéma. Le plus souvent, il se contente d'observer à distance les absurdités dont il est témoin. Il doit également faire face à des conflits syndicaux, avant de rencontrer l'amour et d'affronter des femmes de caractère qui refusent de s'engager.Un certain potentiel
Intelligent mais timide et réservé, le jeune Erik Nietzsche finit par intégrer l’école Danoise de cinéma à la fin des années soixante-dix par un grand coup du hasard. Alors que son dossier était rangé dans la pile des recalés, la maladresse d’un professeur va lui permettre d’atterrir dans celle des admis. Se confrontant à des enseignants frustrés ou incompétents, le jeune homme va découvrir avec stupéfaction mais aussi avec désarroi et circonspection un monde peu enclin à l’accomplissement personnel. Alors que son année avance et qu’il fait connaissance avec ses camarades de promotion parfois étranges, Erik prend ses distances et observe ce petit monde avec de plus en plus de détachement.
Ecrit et raconté par Lars Von Trier mais réalisé par celui qui fut son monteur, Jacob Thuesen, Erik Nietzsche est une comédie à la fois dramatique et caustique sur le milieu du cinéma. L’humour danois, à la fois tout en décalage et en retrait, ravira les amateurs du cinéma nordique mais laissera de glace celles et ceux peu habitués au rythme très particulier des films scandinaves. Loin de défendre l’idée d’une école de cinéma enrichissante et épanouissante, les situations cocasses et inhabituelles plongent au contraire le personnage dans une expectative absolue ; alors qu’il n’a qu’un seul désir, celui de tourner, les professeurs s’attachent à l’empêcher de plus en plus à réaliser ses rêves pour l’installer dans un moule et un prêt-à-penser castrateurs.
Si notre héros arrive malgré tout à s’affirmer dans ce monde hostile à ses aspirations, ce n’est pas sans payer le tribut de l’innocence. Initié aux dures lois du milieu, sa naïveté de débutant se transforme vite en ruse face aux pièges que lui tend le quotidien des tournages. Presque blasé il finit par devenir lui-même un rouage de ce système un brin pervers. Le film manque parfois d’audace dans son décalage, ce qui aurait comblé un manque de rythme patent. Les acteurs s’en sortent avec facilité, enfermés dans leurs costumes et leurs coupes de cheveux d’époque, mais le récit peine malgré tout à emporter le spectateur dans l’ambiance ironique du propos. Jacob Thuesen n’en est pourtant pas à sa première réalisation, on lui doit notamment Under New York en 1997, Last chance l’année suivante puis The life insurance en 2005 avant d’être remarqué avec Accused la même année. Lars Von Trier, qui s’impose systématiquement sur la scène internationale, semble être l’exception du cinéma scandinave qui peine à faire découvrir son potentiel.
Erik Nietzche, mes années de jeunesse est un film réalisé par le dannois Jacob Thuesen. Si son oeuvre ne convainc qu'à moitié, il permet cependant de revenir avec force sur l'univers du septième art. ...