Adapter Guillaume Musso sur grand écran n’a rien de surprenant, auteur de best-sellers lorgnant du côté de Marc Lévy dans son évocation fantastique et assommante des affres amoureuses, il a su réunir dans ses ouvrages tous les ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un scénario calibré pour Hollywood. Un zeste de thriller, une louchée de bons sentiments et de valeurs familiales, une pincée de suspense et de fantastique, et vous obtenez un plat parfaitement assaisonné mais dont la digestion se fait non sans complications. Les envolées lyriques sur le sentiment amoureux, l’au-délà et le sens du sacrifice évoquent une messe lourdingue où les clichés pleuvent tandis que les comédiens ne parviennent pas une seule seconde à se dépêtrer des caricatures qui leur servent de personnages. Reste le metteur en scène qui tente d’élever le niveau mais qui finit par tourner à la dérision tout ce petit monde... bien malgré lui.

À huit ans, Nathan est entré dans le tunnel lumineux de la "mort imminente" pour avoir voulu sauver une fillette. Déclaré mort, le petit garçon se réveille inexplicablement. Vingt ans plus tard, Nathan est devenu un brillant avocat new yorkais. Meurtri par les circonstances douloureuses de son divorce, il s'est barricadé dans son travail, loin de son ex-femme Claire et de sa fille. C'est alors qu'un mystérieux médecin, le docteur Kay, fait irruption dans son existence en prétendant pouvoir dire à quel moment certaines personnes vont mourir. Et parce que Kay bouleverse tous les repères de sa vie, Nathan va enfin découvrir pourquoi il est revenu.
Lire le synopsis vous fait déjà froncer les sourcils... En effet, difficile de ne pas grimacer à l’évocation douteuse du « tunnel lumineux de la mort imminente ». Oublions. Rien n’est joué... On pense à Patrick Swayze qui s’envole sous l’oeil incrédule de Demi Moore et on passe à autre chose. Mais il faut parfois se fier à notre mince culture cinématographique et depuis
Ghost,
Rencontre avec Joe Black,
Le fantôme de Sarah Williams ou
Et si c'était vrai, on se dit qu’on a déjà fait le tour des romances aux tendances nécrophiles. Ajoutons une petite référence à Dead Like Me et autres
Pushing Daisies, et l’on arrive à ce mélange parfait de romantisme et de fantastique tant chéri du public actuellement. A première vue,
Et Après... semble surfer sur une vague sans proposer quoique ce soit de véritablement original. C’est le cas. Et c’est bien dommage...

Car s’il y avait bien une petite lueur d’espoir à l’annonce d’un cinéaste à la barre qui nous avait surpris avec
Inquiétudes, un récit amoureux peu banal et d’un scénariste à suivre dénommé Michel Spinosa qui nous avait offert, entre autres,
Anna M., le résultat va à l’encontre de toute illusion. Non, il est vraiment très compliqué d’adapter du Musso sans sombrer dans la guimauve ! On a beau y croire pendant quelques minutes, Bourdos mettant le spectateur à cran en filmant sans détours un gosse percuté par une voiture, le soufflé retombe très vite. Le flashback qui suit est en noir et blanc, granuleux, John Malkovich nous ressort sa panoplie du flegmatique discoureur et Romain Duris peine à rendre crédible sa position de jeune avocat-star vivant à New-York. Oui, ça se passe forcément à New York... Chez nous il ne se passe jamais rien. Bref, en moins de vingt minutes, on comprend assez vite que le film va patauger sévère. Et ce ne sont pas les quelques sursauts de mise en scène prouvant l’agilité de Bourdos dans les scènes d’action qui viennent sauver l’ensemble.
On se retrouve alors à suivre une sorte de fable contemporaine au discours très moralisateur où un mentor vient annoncer à un jeune golden-boy que sa vie ne sera plus jamais la même et que la mort va lui jouer des tours qu’il ne soupçonnait pas. Les grosses ficelles ne tardent pas à se montrer et la petite morale, sempiternelle ritournelle du « profite des gens que tu aimes » se joue dans le vide. Certes, profitons des êtres qui nous sont chers mais faut-il encore nous convaincre du postulat de départ et emporter le spectateur ailleurs que dans un récit bien trop balisé et convenu. Le fantastique impose habituellement un véritable souci du détail pour permettre une connivence parfaite entre l’intrigue et le spectateur...

Le dosage parfait entre fantasme, magie, foi et réalité n’est pas à la portée de tout le monde et quand on veut y ajouter une petite touche de
Destination Finale, c’est carrément mission impossible.
Et Après... perd donc toute force dramatique à force de distiller des révélations au compte-gouttes et s’égare à vouloir troubler un spectateur qui sent les rebondissements venir à 15 kilomètres. Rien ne nous surprend, tout est attendu et entre deux petits effets artificiels cherchant à booster l’ensemble, les longs et pénibles sermons de Malkovich sonnent comme un chant du cygne, nous accompagnant vers les abysses de l’ennui.
Au final, tout ce petit monde est engoncé dans un film sans âme ni originalité où le discours chrétien du don de soi et du sacrifice plombe inlassablement une histoire sympathique aux premiers abords... Romain Duris semble être littéralement perdu, jamais proche de sa partenaire Evangeline Lily et particulièrement agacé par le laïus interminable de John Malkovich. Et la sublime photographie du film, mise au service d’une histoire très pâle, vient nous rappeler que parfois, les vrais talents ne s’allient pas toujours pour une bonne cause... Et après ? Bah pour l’instant on n’est pas vraiment pressé de savoir.