Tout simplement l'un des films les plus beaux et originaux de l'année, la nouvelle réalisation de Michel Gondry (
Human Nature), basée sur un scénario de Charlie Kaufman (
Dans la peau de John Malkovitch), sort aujourd'hui au cinéma.
ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND
Un film de Michel Gondry
Avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Elijah Wood, Mark Ruffallo, Tom Wilkinson
Durée : 1h48
Sortie : 06 Octobre 2004Résumer
Eternal Sunshine of the Spotless Mind et surtout donner envie de le découvrir, c'est forcément raconter les vingt premières minutes du film.
Joel (Jim Carrey) tombe amoureux de Clémentine (Kate Winslet). Passée deux trois années de leur vie de couple, rien ne va plus pour Clémentine qui quitte Joel. Décidé à la reconquérir, il revient la voir quelques jours après leur séparation. Mais elle ne le reconnaît pas... et vit déjà une nouvelle relation. Détruit, désespéré, Joel apprend que la clinique Lacuna a retiré à Clémentine à sa demande tout souvenir de lui. Joel entreprend alors la même opération. La nuit, dans son lit, perdu dans un profond sommeil artificiel, deux médecins et leur assistante (Elijah Wood, Mark Ruffalo, Kirsten Dunst) viennent effacer un par un les souvenirs de Joel. Mais les revivant simultanément dans son sommeil, Joel se rend compte à quel point il aime Clémentine. Commence alors une course poursuite dans son esprit pour au moins sauver un souvenir d'elle...
Michel Gondry avait largement partagé les foules avec
Human Nature (2001), son premier film. Avec ce second il pourrait bien mettre tout le monde d'accord : jamais nous n'aurons eu droit à une histoire aussi originale, rarement nous en serions sorti aussi émus. Usant de son savoir faire de mise en scène acquis dans la publicité et surtout les clips (à ce titre ne manquez pas l'excellent best of qui existe en dvd), Gondry illustre de son imagination un scénario déjà très coloré pour ne pas dire plutôt hors du commun. Charlie Kaufman revient ainsi sur le thème de la mémoire, déjà exploré dans son excellent
Dans la Peau de John Malkovitch, mais l'appliquant ici à une romance. Une simple histoire d'amour ? Bien sûr que non. Utilisant l'attachement que nous portons à nos souvenirs – qui exécrables ou excellents sont toujours désagréables lorsqu'on les sait oubliés - Kaufman dépeint ici les racines même de l'amour, atteignant un aspect de la chose que nous n'avions pas coutume de voir sur un écran.
La recette est pourtant simple : l'amour ne naît pas du sentiment que l'on ressent pour quelqu'un à un instant T, mais plutôt du souvenir que l'on en gardera, qui ressurgira plus tard et catalysera les affinités. On s'éloigne donc du concept de coup de foudre pour parler de l'amour dans son sens le plus commun. Le scénario ne part pas dans de longs discours sur les sentiments : chaque personnage, interprété brillamment par leurs acteurs respectifs, en a, on le sait, et va les manifester par de simples moments de complicité. Partant donc du principe que l'oubli est plus douloureux que la fin d'une relation en elle-même, Eternal Sunshine of The Spotless Mind illustre la destruction de l'amour par la disparition de tout ce qu'il entourait. Subtilement, chaque souvenir du personnage principal se détériore devant nos yeux : les visages deviennent flous, les décors se fragilisent, les lumières baissent, les tranches des livres d'une bibliothèque s'effacent une par une. Tout cela en toile de fond. Au premier plan, le couple Jim Carrey/Kate Winslet, fragilisés déjà par leur actes et dont la relation s'efface irrémédiablement.

Mais Eternal Sunshine ne s'arrête pas là. Son plus grand coup de génie est de faire intervenir un élément fascinant, car inexplicable et pourtant capable de changer toute une vie : le "déjà-vu". Si on le trouve sporadiquement dans certains scénarios contemporains, il n'aura rarement été aussi bien mis en valeur, là encore tout en finesse, en toile de fond. Le mélange de réalité et souvenirs enfouis dans la tête de Joel s'opère parfaitement – son absurdité est parfaitement crédible – lorsqu'il se balade dans sa propre tête, le film est également ponctué d'instants en voix-off, où notre héros se parle à lui-même et se pose des questions sans réponses. Sans réponses pour lui, mais avec réponses pour nous, du moins dans un second temps puisque le film intégralement mérite une seconde vision pour mieux comprendre certains de ses instants.
Exprimée entre autres par un simple "okay" en réponse aux misères de l'amour, la conclusion d'
Eternal Sunshine of the Spotless Mind prouve qu'il s'agit d'un film abouti, de A à Z parlant et prenant, riche en signification, dans lequel chaque spectateur devrait un peu se reconnaître. Inoubliable !