Suite du sympathique
Bruce tout puissant avec Jim Carrey, cet
Evan tout puissant n’est ni plus ni moins que la plus grosse comédie jamais produite et affiche un budget digne des blockbusters (on parle de plus de 250 millions de dollars). Mais est-ce qu’au-delà des superlatifs et des extravagances budgétaires, le film réussit à remplir son contrat, à savoir divertir et faire rire ? Rien n’est moins sûr…
EVAN TOUT PUISSANTEvan Almighty<
Un film de Tom Shadyac
Avec Steve Carell, Morgan Freeman, John Goodman
Durée : 1h30
Date de sortie : Ancien présentateur télé, Evan Baxter est fraîchement élu membre du congrès américain. Il part alors avec sa famille s’installer dans une riche résidence aux alentours de Washington. Mais après avoir prié, Evan se retrouve oblié de construire une arche à la manière de Noé en vue d’un cataclysme imminent.Bruce tout puissant devait son succès à la présence de Jim Carrey au top de sa forme et à un concept franchement original. Ici le concept est légèrement différent puisque Evan n’a aucun pouvoir divin et surtout, c’est Steve Carell qui reprend son rôle du premier volet, suite au désistement de Jim Carrey. Depuis quelques années Steve Carell s’impose comme l’un des meilleurs comédiens US avec des prestations géniales dans
The Office version américaine, ou en débile dans
Anchorman ou encore dans l’énorme carton au box office,
40 ans toujours puceau, qui lui vaut sa présence en tête d’affiche sur
Evan tout puissant, sans oublier son excellente performance de professeur de philo homosexuel dépressif dans
Little Miss Sunshine. Malheureusement le réalisateur n’utilise pas l’étendue du talent de son acteur principal. Steve Carell exploite et réutilise les choses qui ont marché dans les autres films, avec une préférence lourdingue à la longue pour les hurlements avec le regard dans le vide.
A part ça on a droit à une nouvelle version du
Dr Dolittle où les animaux sont des sacrés dégueulasses, surtout les oiseaux. Car malheureusement, à défaut d’être la comédie la plus chère de l’histoire, le film est l’une des moins drôles. Non pas que les gags soient plus mauvais que dans d’autres, à ce titre tout le passage sur la barbe est réussi, mais le film en propose beaucoup moins.
Evan tout puissant est très, très avare en gags et aucune scène d’anthologie digne des meilleurs Farrelly, ou même des Will Ferrell par exemple, n’est à signaler. A croire que les scénaristes se sont bridés niveau déconne à cause du caractère religieux et puritain du film.
On arrive alors au plus gros défaut, celui qui provoquera le rejet et le dégoût du public non inscrit au parti Républicain. Car du statut de mauvaise comédie un brin coincée,
Evan tout puissant se transforme en une propagande évangéliste où l’on nous assène une leçon moralisatrice avec la délicatesse d’un pachyderme. Dans les cinq premières minutes du film, on découvre notre héros qui ne veut que le bien de sa famille (jusque là normal) mais qui pour y arriver suit les conseil de son épouse, et doit ainsi prier à genou devant son lit. Le générique n’est pas encore fini qu’on se dit que sa commence mal pour se taper la poilade de l’année. Mais là où le film fait très fort dans son propos c’est qu’il ne questionne jamais l’idée de foi, du divin, et reste au niveau 0 du message bien pensant et dégoulinant. Quand
Bruce… dans son dernier tiers quittait les chemins de la comédie pour tomber dans la fable moralisatrice catho des plus pénibles,
Evan… s’y enfonce dès l’ouverture. Si encore le film se contentait du message crétin habituel sur l’obligation d’aimer son prochain, sa famille et de recueillir les chiens errants (ce qui se passe dans le film), mais le message politique véhiculé est beaucoup plus grave.

En tant que politicien, Evan Baxter, pas spécialement croyant, subit au début du film les pouvoirs de Dieu qui l’oblige à construire l’Arche, contrairement à Bruce qui s’accapare les pouvoirs divins pour son simple profit personnel et se marrer. Ici on montre un non croyant obligé de se soumettre à Dieu s’il veut continuer sa vie tranquille sans se faire chier dessus par les oiseaux (les cheveux en feu du premier étaient quand même plus fun). Ainsi notre bon politicien, père de famille plein aux as vivant dans son gros pavillon et roulant en Hummer, suit les voies du Seigneur et va remettre de l’ordre dans la politique américaine. Pour être un bon politicien, il faut croire aveuglément en Dieu et seul le déluge pourra purifier l’administration américaine. Et le spectateur assiste incrédule à cette idéologie plus que douteuse, mis en image au premier degré par le réalisateur, avec l’Arche surfant sur des vagues immenses inondant Washington (d’ailleurs quid des victimes ?), ravageant les grands monuments historiques américains avant de finalement s’écraser sur le Capitole, symbole de démocratie. Tom Shadyac affiche clairement son opinion et pense que la religion doit pénétrer avec force dans la politique américaine, écrasant ses adversaires sans discernement pour que le pays puisse changer le monde à sa façon. Et pour être un dirigeant digne de ce nom il faut avant tout être croyant, et catholique bien entendu. Tout ce message que l’on croirait dicté par le service communication de la Maison Blanche, est illustré sans aucun recul par le réalisateur qui finit d’enfoncer le clou avec un final mielleux au possible : pour vivre heureux avec sa famille et son chien (très important le chien visiblement) et courir avec eux dans les champs, il faut croire, prier et faire aveuglément confiance à nos dirigeants.

Mieux vaut revoir
Borat, qui a coûté moins cher, et se repasser en boucle la scène avec les évangélistes pour oublier ce terrassant
Evan tout puissant.
Stanislas Bernard