Le dernier film de Edmond Pang est une étonnante surprise noire. Sur un scénario jouant sur l'absurde, le décalé, et les codes du film noir, le réalisateur nous livre un récit désespéré sur la fin du genre humain du côté masculin. Alors rêve ou réalité, délire ou conspiration internationale ? Les premiers éléments de réponse sont dans la suite de ces lignes…
EXODUSUn film de Edmond Pang
Avec Nick Cheung, Annie Liu, Maggie Siu, Simon Yam, GC Goo-Bi
Durée : 1h34
Date de sortie : ProchainementUn policier se met à enquêter sur un possible complot de la gente féminine visant à exterminer tous les mâles de la planète. Suivant au départ la déposition d'un lunatique pervers adepte des WC féminins, Kin-Yip (le policier) impassible va voir ses convictions se désagréger ... Et si toute cette histoire était vraie ?On dit souvent que les première minutes, les premiers plans d'un film donnent le La de toute une oeuvre. Ce sont en tout cas ces premières qui nous agrippent ou non dans l'univers d'un film, et il s'agit ici d'un magnifique plan-séquence saugrenu.
Des hommes grenouilles (!!?!) font subir des brutalités extrêmes à un homme à terre inconnu. Le travail exécuté sur un très long couloir permet de mettre en valeur une profondeur de champ expressive et remarquable. La rigueur dans le ralenti, la fluidité dans le mouvement de ce travelling arrière rappelle facilement
Orange Mécanique de maître Kubrick. Ajoutez au style visuel une bande son éminemment classique et connotée à la façon de Beethoven, et la référence se confirme d'autant plus. Edmond Pang en émule du cinéaste de
2001 offre une leçon esthétique de cinéma qui nous enthousiasme joyeusement. Mais pour comprendre la raison d'être de ces fortes actions, il faudra prendre son mal en patience, tant le cinéaste aime rien moins que les brisures narratives, les ruptures subites de ton pour mieux entraîner le spectateur dans la spirale infernale du complot.
Et si nous comprenons bien vite que la machination des femmes est la disparition progressive du genre masculin, la surprise provient de la source de cette révélation ; un pervers des WC féminins. Autant dire que ses mots ne valent pas grand-chose, et le policier chargé de la déposition, Kin-Yip, ne prête guère attention à ces sornettes, jusqu'à ce que certains faits lui amènent à reconsidérer sa position tout en explorant certaines pistes.
Bien entendu, il n'est pas question d'en révéler trop sur l'astucieuse intrigue d'un film assez inclassable, aussi nous n'aborderons pas les nombreuses évolutions narratives du récit. On peut signaler un sens esthétique inné pour capter les diverses ambiances picturales présentes dans l'oeuvre. D'un cabanon misérable en bordure de route aux appartements plutôt huppés de Hong-Kong, le cinéaste capte l'essence des lieux avec une précision chirurgicale et une patte qui lui est propre.
La solitude s'empare de chaque protagoniste, le policier est prisonnier de ses problèmes de couple, évolue seul dans son enquête, rencontre une jeune veuve liée à son exploration...
Surfant allègrement sur les codes du film noir avec une énergie belle à voir, Pang s'appuie sur des acteurs habités à l'image de l'impassible Simon Yam qui nous transporte de bien belle manière avec lui dans l'histoire. Signalons que le concept de la vendetta furieuse des femmes contre les hommes trouvera des réponses, ce qui ne nous laissera pas dans un état d'entre-deux opportuniste et inadapté. Les réponses arriveront progressivement à condition de se fier au rythme volontiers contemplatif et lancinant des images.
Rappelant l'explosion technique, violente et cynique en diable de Kubrick, mais aussi le cinéma de Park Chan-Wook par intermittence, le film de Edmond Pang s'impose comme une étonnante découverte du festival asiatique de Deauville 2008 qui nous confirme à nouveau qu'un certain cinéma hong-kongais est agité des meilleures intentions créatives. Personne ne s'en plaindra ... et on souhaite une sortie des plus rapides à ce
Exodus des plus intrigants.
Vincent Martini