Quatrième volet d’une série entamée il y a maintenant quelques huit années,
Fast and Furious 4 était surtout attendu pour sa promesse de remettre la masse Vin Diesel en tête de la franchise après que celui-ci ait déserté le navire à la fin du premier épisode. Laissée sur les épaules du charismatique Paul Walker le temps d’un film puis s’envolant à Tokyo pour mieux en redéfinir les enjeux, la série était parvenue à se satisfaire de l’absence de son personnage phare bien que restant évidemment consciente du manque occasionné. Pour preuve, le retour de la figure monolithique avait déjà été annoncé par un petit caméo en fin de course nippone, une apparition prémonitoire rappelant, par la même occasion, l’importance de l’image Diesel dans la franchise. Mais cette fois, chose promise, toute l’équipe se reforme autour du musculeux chauve pour une aventure que l’on présageait comme fun et nerveuse à l’instar du premier métrage, pas désagréable. Malheureusement, s’il fournit bien « les pièces d’origine », ce « nouveau modèle » chapeauté par Justin Lin se révèle être un spectacle en demi-teinte…

Il y a quelque chose d’assurément troublant dans ce
Fast and Furious 4 : il semble évident qu’il règne une sorte de malentendu sur la marchandise. S’il est certain qu’un énième opus à la série tunnée a quelque chose d’excitant, c’est uniquement dans l’hypothétique présence de Vin Diesel, personnage emblématique du premier épisode. N’écoutant que les désirs du public de revoir la fameuse silhouette bodybuildée au volant d’un bolide rugissant, il est donc décidé que non seulement le héros Dom Toretto serait de la partie mais qu’en plus il serait accompagné de la fine équipe originelle. Mais là où il semble y avoir maldonne, c’est justement dans le concept même de les ramener. Après deux chapitres récréatifs avec le californien Paul Walker (
2 Fast 2 Furious) ou avec le nippon Sung Kang (
Fast and Furious : Tokyo drift), il ne s’agit pas uniquement de ressortir les pantins du premier volet pour que l’on adhère aussitôt à leurs motivations dramatiques.

D’ailleurs n’était-ce pas ce qu’avait très bien compris le duo David Twohy / Vin Diesel lorsqu’ils décidaient de faire monter la pression en révélant leur légendaire Riddick sous une autre forme et dans un autre contexte (chevelu, barbu, lourdement accoutré et sur une planète glaciaire), réinventant en deux scènes le désir du spectateur de participer à une véritable mythologie ? Ici, il n’en est rien : Dom, dont nous attendions le retour, est offert sans ménagement, sans aucune subtilité, au cœur d’un impressionnant détournement de semi-remorque comme si le cœur du spectateur lui était, d’emblée, acquis… Hélas, il en est tout autre puisque cette mise en exergue de la figure héroïque n’existe pas et l’ensemble du personnage et de sa clique est abordé avec un regard somme toute bien différent que celui de l’œil décomplexé et résolument décontracté d’un Rob Cohen allumé.
Ainsi, on découvre une sorte de paradoxe dans l’approche générale de l’intrigue et de ses protagonistes. Justin Lin, déjà au volant de Fast & Furious troisième du nom, ne parvient pas à prendre assez de recul vis-à-vis de ses personnages et tente -chose honorable- de leur offrir un plus. Il est apparemment hors de question pour lui de les laisser en l’état (des rôles emblématiques, figures clichées mais appréciables) et tente de leur donner un peu de consistance. Non pas dans les enjeux ou dans les caractères mais plus dans l’approche. Fini le second degré, bienvenue au premier, Diesel se résumant alors à une montagne de muscles revancharde et Walker à un agent du FBI jusqu’au-boutiste…

Par cette décision de faire passer ses personnages au cran du dessus, Justin Lin perd l’infantilisme latent et débridé de la série et propose des hommes plus matures. En soi ce n’est pas un mal, le tout étant d’accepter par la suite de se prêter au jeu et de considérer avec sérieux cette sombre histoire de vengeance dans le monde techno-pouf du tunning… Chose pas si simple : entre la vendetta de Diesel, l’enquête sur les narcotrafiquants de Walker et les courses de bagnoles fluos, le spectateur se retrouve pris entre deux feux, ceux de l’intrigue et le ridicule des situations et du monde dans lequel elles évoluent… A l’antipathie plutôt agréable des personnages se confronte bientôt le pathétisme d’une course où l’on croise les habituels clichés machistes et de mauvais goût de la série.
Car malgré cette nouvelle tonalité (l’amitié virile sur fond d’enquête laisse place à une enquête sur fond de vagues retrouvailles), Justin Lin conserve ce qu’il considère à juste titre faire partie du cahier des charges Fast and Furious : compilation rnb/techno toutes basses à l’air, petits culs et tétons qui pointent de rigueur, grosses cylindrées, au détour d’une fiesta on admire quelques trios lesbiens… Tous les ingrédients attrayants des premiers volumes sont eux aussi de retour, confinant l’intrigue dans cette ambiance gentiment beauf et tellement attractive. D’où, encore une fois, cette sorte d’incompatibilité fatale entre l’histoire et le microcosme dans lequel elle évolue. Au rendez-vous, aussi, les traditionnelles et très attendues courses. On fait en effet beaucoup de bruit et beaucoup de coups d’éclat mais tout cela manque d’une réelle nervosité, les collisions sonnant plus comme des passages obligés que comme des péripéties.

Une réelle lassitude semble se faire sentir de la part de l’équipe qui enchaîne les séquences et les rebondissements d’une scène à l’autre sans pour autant savoir vers où ils vont à l’instar de ces convoyeurs suivant leur trajet sur un GPS… D’ailleurs, cet épisode du GPS se révèle être la principale bonne idée de l’une des scènes les plus remarquables du métrage : pour infiltrer le groupe visé, Dom et Brian participent à une course improvisée. Dans ces séquences tendues, Lin dévoile son savoir-faire et se montre plutôt adroit sans pour autant casser la baraque. On est loin des classiques (Bullit,
French Connection,
Police Fédérale Los Angeles…) mais il parvient tout de même à se montrer à la hauteur, son expérience sur le troisième volet n’étant pas si loin que ça. Quelques plans un poil illisibles contrarieront les puristes mais l’ensemble se révélera plutôt appréciable.
D’autre part, on ne boudera pas notre plaisir lors des quelques trop rares séquences de bastons, Lin et Diesel semblant être beaucoup plus à l’aise avec les baffes dans la face que dans les monuments de bravoure sur le bitume. Bien que parfaitement impressionnantes (quoique gentiment prévisibles), les poursuites et autres détournements se feront radicalement recalés par les quelques patates distribuées ici et là… Une trace encore, sans doute, de cette intrigue biaisée par la bonne volonté générale de vouloir dépasser les conventions du spectacle populaire pour passer à autre chose. Une initiative avouée assez vite lors de l’exposition : les raisons du retour de Dom ne sont pas vaines et ne sont pas pour déplaire… En tendant vers un aspect plus dramatique, prenant quelques risques certains, le métrage tente de se dégager de son carcan de produit commercial mais se rétame, se considérant plus comme une suite directe (d’où l’importance de revoir les autres pour se sentir concerné) que comme un film narrativement indépendant. Une apparition de Han ici, un petit clin d’œil au détour d’une phrase par là, le film se perd entre la référence obligée et les liaisons inter épisodes.

Fast and Furious 4 se révèle finalement être un film malade. Pas un de ceux qui, le cul entre deux chaises, se font apprécier et regretter à la fois… Plutôt l’un de ceux qui se cherchent et ne se trouvent pas, qui se réclament d’une évidente bonne volonté mais qui se constatent bloqués dans un carcan. Ici, il s’agit de ce que l’on attend de lui et ce que Justin Lin aurait voulu en faire. On cerne bien et on apprécie cette nouvelle radicalité présentant les personnages comme des individus peu amicaux… On souligne cette envie de s’affranchir de toutes ces courses et tendre vers quelque chose de plus ambitieux (les minutes concluant le métrage en témoignent)… Mais tout cela ne parvient pas à trouver un sens dans une franchise dévouée à la frime mécanique et aux gentils bad guys. Finalement, on en viendrait presque à regretter ce
Fast and Furious 4 qui donne mais n’offre pas ! Prédomine la déception, non pas d’avoir loupé un rendez-vous mais plutôt d’avoir participé à un rencard foireux et forcé… et ce malgré les présences des quelques atouts que sont la dure Michelle Rodriguez ou la très charmante Jordana Brewster. Comme quoi, tout se perd !
