Quatre ans après
Les choristes (et ses huit millions de spectateurs, rappelons-le), on attendait le retour de Christophe Barratier avec une certaine impatience, voire curiosité. Beaucoup lui auraient donc conseillé de ne refaire ni un film musical ni appel à Gérard Jugnot, histoire de se « renouveler » un minimum. Mais contre toute attente, le jeune réalisateur renoue avec le genre et retrouve son acteur fétiche pour
Faubourg 36. Résultat, il a fort bien fait !
FAUBOURG 36Un film de Christophe Barratier
Avec Gérard Jugnot, Clovis Cornillac, Kad Merad, Pierre Richard, Stéphane Debac, Bernard-Pierre Donnadieu, François Morel, Stéphane Debac, Nora Arnezeder
Durée : 2h
Date de sortie : 24 Septembre 2008Pour la grande majorité du film, l'action se déroule entre décembre 1935 et juillet 1936, dans un faubourg du nord-est de Paris en pleine montée du Front Populaire. Trois anciens ouvriers du spectacle tentent d'occuper de force le music-hall qui les employait, aujourd'hui à l'abandon et menacé de destruction. Leur objectif : monter un tout nouveau spectacle, succès à la clef...
Disons-le d'entrée : ce film est celui de la maturité. Après un premier long métrage classique mais très honorable, Christophe Barratier fait preuve ici d'un véritable talent. La mise en scène est irréprochable, avec des plans d'une beauté saisissante et des mouvements incroyablement fluides et même originaux, qui donnent au film un rythme soutenu et efficace. Il est bon de préciser que son chef opérateur se nomme Tom Stern, celui-là même qui travailla aux côtés de Clint Eastwood sur
Mémoires de nos pères ou bien encore
Million Dollar Baby. Le réalisateur s'est donc entouré des meilleurs, à l'instar de ses comédiens. Tous, du premier au second rôle, sont excellents. Gérard Jugnot n'aura jamais été aussi émouvant et Kad Mérad, à peine sorti de l'immense succès de
Bienvenue chez les Ch'tis, trouve ici l'un de ses meilleurs rôles, tout en dévoilant ses talents de chanteur... et d'imitateur (la séquence de l'avion et du canard restera gravée dans les annales) ! Il serait beaucoup trop long de tous les citer, mais néanmoins impossible d'ignorer la performance de Pierre Richard, toujours aussi fringant du haut de ses 74 ans, et de Bernard-Pierre Donnadieu. Beaucoup trop rare dans notre paysage cinématographique, cet acteur crève littéralement l'écran en interprétant l'infâme Galapiat à travers une voix et un charisme inimitables.
Etonnamment, la gente féminine n'est pas représentée ici par une « star », mais au contraire par une jeune et très belle inconnue, Nora Arnezeder, vue récemment dans
Les deux mondes de Daniel Cohen. Pour son deuxième rôle au cinéma, Barratier lui offre un personnage haut en couleurs, à la fois dur et fragile, dont la voix ne devrait pas laisser insensible. Car là réside l'une des grandes qualités du film. S'il ne s'agit pas d'une comédie musicale, au sens propre du terme, mais d'une comédie dramatique sur l'univers du music-hall et du cabaret dans les années 30, la bande son y joue néanmoins un rôle majeur. Et le réalisateur semble lui porter une très grande attention. Le film revisite en effet avec précision l'univers chansonnier contemporain, sur fond d'accordéon, le tout accompagné de quelques petites touches jazzy. Nous préciserons au passage que le scénario est né d'une idée originale de Reinhardt Wagner et Frank Thomas, auteurs de la musique et des chansons du film. Certaines risquent d'ailleurs de vous émouvoir, tandis que d'autres vous redonneront le sourire voire l'envie de danser.
Sans comparer le film au
Moulin Rouge de Baz Luhrmann, Barratier réussit à créer une véritable ambiance, et se lâche totalement en réalisant, lors d'une séquence, un véritable clip typé « années 30 », sur le thème « partir à la mer ». L'occasion de réunir ses différents protagonistes sur scène, Jugnot, Mérad, Cornillac et Arnezeder, dans un tourbillon musical particulièrement jouissif. Un grand, très grand moment de cinéma !
Une fois de plus, Barratier rend donc hommage au grand cinéma populaire d'antan, avec un scénario construit, de très bons acteurs, et une mise en scène impeccable. Sans aucun doute, le film français de la rentrée, qui vous fera rire et pleurer, à ne manquer sous aucun prétexte !