La critique d'Excessif

3/5
fausta_affiche_vign L'HISTOIRE : Fausta souffre d’une maladie, « le lait de la douleur ». Cette maladie n’est pas due à des microbes et touche non seulement des femmes qui ont été maltraitées ou violées à l’époque des années de terreur au Pérou, de 1980 à 2000, mais aussi leur progéniture. Lorsque la mère de Fausta décède, la jeune femme se retrouve seule et conserve le mal héréditaire dans sa chair. Elle va plus loin : pour tenir à distance ceux qui en voudraient à son corps, elle a introduit dans son vagin une pomme de terre qui joue le rôle d’un bouclier. Mais, désormais livrée à elle-même, Fausta est bien obliger d’affronter le monde.
Une œuvre bouleversante dont on ne ressort pas indemne.

Avec Fausta, la réalisatrice italo-péruvienne Claudia Llosa nous livre une œuvre bouleversante dont on ne ressort pas indemne. Loin des minauderies géopolitiques qui accaparent une bonne partie des réalisations des pays d'Amérique du Sud, Fausta se présente comme un drame intimiste emprunt d'un lyrisme macabre pour le moins déroutant, récompensé par de nombreux prix, dont l'Ours d'Or 2009.

Durée : 1h33

 

 

 

 

 Fausta donne son nom à la belle Péruvienne Magaly Solier, une jeune femme qui vit au quotidien dans un mal-être nommé "La Teta Asustada" pouvant se traduire par "le lait de la douleur". Cela fait référence à une période parmi les plus sombres de l'histoire du Pérou située entre les années 70 et 90 : des milliers de femmes ont subi la violence de la guerre et celles des soldats qui abusèrent d'elles. Un traumatisme gravé au plus profond de leur chair dont la tante de Fausta fut l'un des victimes. Sans le savoir, elle a transmis ce trauma à sa pauvre nièce. Même si Fausta n'a jamais eu la moindre agression sexuelle, elle s'en protège au point de se mettre une pomme de terre dans le vagin pour bloquer toute tentative de pénétration d'un éventuel violeur. Une situation extrême qui s'aggrave lorsque le légume se met à germer, mettant en danger sa propre vie.

 

 

 

 

"La Teta Asustada" est un héritage traumatique encore très présent au Pérou dont témoigne avec justesse et attention la réalisatrice Claudia Llosa. Elle construit la dramaturgie de son film sans jamais tomber dans le misérabilisme ni la complaisance, embrassant son sujet avec honnêteté, respect et clairvoyance. Elle réussit à aborder la dimension sociale, psychologique et historique de ce drame collectif jouant sur la suggestion et le non-dit. Le personnage de Fausta est partagé entre la mélancolie et le repli sur soi d'une part, et le désir de faire le deuil et l'ouverture sur le monde d'autre part. Le passage de l'un à l'autre reste une expérience douloureuse. Dans ce dessein, elle doit affronter ses peurs, elle doit réussir à mettre des mots sur les maux qui meurtrissent son esprit.

Par extrapolation, Fausta témoigne d'une nécessitée pour le Pérou de regarder en face les drames de son passé, de combler la lacune qui subsiste dans la mémoire collective du pays et de ses habitants. Avec ce film, Claudia Llosa n'a pas cherché à travailler la représentation du trauma, mais s'est interrogée sur la manière de le rendre transmissible. Ainsi, la réalisatrice conjure le travail de la mélancolie, en opérant à la fois un travail du souvenir et un travail du deuil. Elle veut qu'émerge un souvenir actif qui permettrait de faire ressurgir les éléments refoulés pour qu'ils s'inscrivent à nouveau dans la mémoire et dans l'histoire du pays.

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