Que faire lorsque la police est partout et peut vous observer, vous suivre à distance, sans jamais que vous ne puissiez échapper à son regard ? Être plus réactif, plus impitoyable et plus imprévisible qu’elle ! Telle est la seule possibilité si vous vous destinez au crime et au vol à main armée. Voici donc les enjeux qui animent
Eye in the sky et plus sûrement servent de trame à cette traque aussi technologique que violente.
FILATURES (Eye in the sky)
Un film de Yau Nai Hoi
Avec Tony Leung Ka Fai, Simon Yam, Kate Tsui, Lam Suet
Durée : 1h30
Date de sortie : 02 janvier 2008 Tout d’abord,
Eye in the sky n’est pas cette chanson bien connue d’Alan Parsons Project mais le film policier hongkongais surprise du début d’année 2008. Cru nettement plus convaincant que
Confession of Pain et
Protégé, ce dernier avatar du polar sorti en 2006 nous vient tout droit de nos amis de la province rattachée et il surprend en produisant son petit effet. Déroulant l’histoire d’une jeune femme, Maggie, qu’engage Simon Yam au sein d’une unité secrète de la police, spécialisée dans la filature et l’écoute,
Eye in the Sky nous offre de suivre les braquages d’un groupe de voleurs professionnels très structurés. Ces derniers dévalisent en effet les bijouteries avec une minutie et un professionnalisme n’ayant rien à envier aux héros d’Ocean’s Eleven et de
Yesterday once more et leur démantèlement après maintes péripéties, par cette section d’élite qui opère dans l’ombre, ne sera pas de tout repos. Et c’est justement par la manière de rendre cette histoire somme toute classique que
Filatures – son titre Français - va se différencier des autres.
En s’ouvrant d’emblée sur l’enrôlement de la jeune femme après qu’on l’ait chargée de surveiller un individu qui s’avérera être son superviseur et recruteur,
Eye in the sky installe une tension et une intensité subtilement dosées par l’enjeu anxiogène même de la filature. Tension et intensité qui ne se démentent en rien d’ailleurs lorsqu’elles se conjuguent aux possibilités du dispositif de surveillance qui irrigue le film puisqu’elles sont même décuplées par la multiplication des regards qu’offrent les caméras.
Reprenant le nom donné aux caméras et systèmes de surveillance en circuit fermé qui foisonnent dans les rues, les casinos et autres supermarchés,
Eye in the Sky applique en effet à la fiction et au policier, toutes les possibilités scénaristiques qu’offre ce quadrillage du quotidien par les technologies. Ainsi, assez proche dans son emploi de la vidéosurveillance et dans sa construction, de l’excellente série britannique
Mi-5 dont nombre d’épisodes s’appuient sur cette donnée « rassurante »,
Eye in the sky érige en système dramatique, l’arsenal technologique permettant censément aux unités qui les emploient d’être omniscientes et de garantir notre complète sécurité. On suivra ainsi l’inspecteur Wong en pleine action et l’on verra ses services opérer avec succès, en étant partout, en voyant tout.
D’ailleurs, cette prolifération des regards permettra d’introduire une saisissante scène de fusillade avec un filmage qui se partagera pour la pleine réussite de la séquence, entre approche documentaire à la Greengrass avec son lot d’images volées et téléréalité mise en scène. En effet, sans verser le sang jusqu’au moment où ils sont acculés, les gangsters poursuivis vont se livrer en ville puis sur un pont à une fusillade à l’arme lourde à la manière des highlights férues de poursuites des news US, pour finalement aboutir à un carnage dicté par la riposte des forces spéciales. Le tout étant tourné à la manière du
Breaking News de Johnnie To avec la caméra « embedded » du
Network de Sidney Lumet.
Par conséquent, avec l’emploi de cet ultime parangon de la sécurisation de nos rues,
Eye in the sky reprend en s’inscrivant dans une veine soft, les possibilités de suivi et de récit qu’offraient notamment
Red Road d’Andrea Arnold. Mais plus encore se place-t-il à la suite de
Crime Story, de
Police Story II et de sa brigade très spéciale ou plus récemment encore d’Ennemi d’Etat ou de
la Vengeance dans la peau pour un tel emploi des caméras de surveillance. Yau Nai Hoi reprend, poursuit et modernise dès lors avec évidence le thème de la filature en explorant sa version contemporaine sous l’angle le plus techniciste. C’est d’ailleurs comme cela notamment, par le biais de tels arsenaux technologiques que ce film produit par la Milkyway va séduire. Mais pour aller où ?
En effet, en jouant l’a priori infaillible d’une science de la filature et la maîtrise de nos capitales apeurées par la technologie, l’impression de sécurité initiale va se briser peu à peu puisqu’elle ne permet pas d’arrêter les individus qui braquent et tuent. Ainsi, le crescendo angoissant d’arrestations impossibles va aller de paire avec une monstration absolue des braquages et des scènes où les malfrats fuient et s’échappent. On voit tout mais on ne peut rien. Par conséquent ce récit d’une impuissance fondatrice et d’un regard pourtant omniscient qu’est
Eye in the sky - malgré son formatage mainstream - va s’imposer en pure construction de cinéma pour marquer plus que tout autre, la nécessité de l’humain et son obligation de présence physique. La scène où l’inspecteur Wong se fera surprendre par son agresseur et cible principale l’illustrera idéalement.
Dès lors si dissimulation et suspense, poursuites et filatures vont composer la trame de ce film policier, l’option d’omniscience que choisit le réalisateur fait d’
Eye in the Sky bien plus qu’un énième polar hongkongais dopé à la violence et à une certaine forme de formalisme léché. Ainsi, en refusant étonnamment toute excès rythmique pour proposer au contraire une multiplication des effets et des registres d’images, au service de son action, Yau Nai Hoi va faire varier les approches pour mieux nous accrocher sur la longueur. Jusqu’au terme de l’intrigue. Et rien que pour cela,
Filatures méritera d’être vu parce qu’il insémine le film de genre avec un début de réflexion formelle qui sert au mieux son épanouissement narratif.
Fort bien troussé dans son déroulement de fait et malgré quelques légers défauts et pesanteurs liés notamment à son personnage féminin assez creux et à ses états d’âme,
Filatures s’avère une bien agréable surprise dans cet univers fort référencé et pourtant si lourd de son héritage. Avec son approche formelle aboutie, cette histoire d’apprentissage et ce récit d’une transmission font donc d’
Eye in the sky, un policier hongkongais captivant et efficace qui saura plaire, d’autant plus qu’il ne ménage pas son lot de poursuites, d’éradication sauvage et de pistage. On ne saurait donc que trop vous conseiller de ne pas le manquer en salles.