La critique d'Excessif

4/5
fur_cineus L'HISTOIRE :
Steven Shainberg persiste et affirme son univers cinématographique unique déjà esquissé avec force dans La secrétaire. Sa fascination pour les désirs amoureux tordus, les marginaux face aux politiquement correct, son traitement de la représentation du corps, sont à nouveau les points centraux de Fur, libre interprétation de la vie de la célèbre photographe américaine Diane Arbus. Ce portrait atypique ne survole pas la vie de l’artiste comme une bio classique livrée à la chaîne par Hollywood. Il fantasme seulement les quelques mois qui ont transformé Diane Arbus, de l’épouse dévouée issue d’une riche famille, en femme libre fascinée par les êtres rejetés pour leurs différences. Ce choix particulièrement risqué se révèle payant, nous plongeant dans cet univers atypique qui nous devient progressivement familier.

FUR : PORTRAIT IMAGINAIRE DE DIANE ARBUS
Un film de Steven Shainberg
Avec Nicole Kidman, Robert Downey Jr, Ty Burrell, Harris Yulin, Jane Alexander
Durée : 2h
Date de sortie : 10 janvier 2007



A New-York, à la fin des années 50, Diane Arbus est l’assistante de son mari, un photographe de mode réputé. Un soir, un nouveau voisin s’installe au-dessus de leur appartement. Elle ne distingue que ses yeux, son visage étant couvert par un masque. Irrésistiblement attiré par le mystère qui l’entoure, Diane finit par lui rendre visite. Cette rencontre va lui ouvrir les portes d’un monde extraordinaire, bien loin de son milieu d’origine où elle se sent à l’étroit. Une relation intime va se nouer entre elle et Lionel, une relation qui marquera définitivement son art…

A la croisée de La belle et la bête et d’Alice au pays des merveilles, Fur prend rapidement la forme d’un conte. Chaque monde dans lequel Diane évolue est défini par une esthétique extrêmement fouillée, entre la froideur de l’appartement familial et l’érosion de celui de Lionel. Shainberg impose sa vision personnelle du conte, quelque part entre Burton et Cronenberg. Sa réalisation est exemplaire, pleine de mystère. Il parvient à créer une ambiance particulière, nous plongeant dans une rêverie où notre attention est attisée en permanence par une combinaison visuelle et auditive troublante, capable de donner vie à des objets anodins. Tout comme le décor, filmé de façon quasi-organique.



Et à l’intérieur de ces murs, des acteurs particulièrement inspirés viennent donner vie à ses êtres en pleine tourmente émotionnelle. Nicole Kidman trouve là un rôle original et troublant, qui renoue avec ses plus grandes interprétations. Elle s’approprie le personnage avec une conviction et une maîtrise admirables. La photo de Bill Pope (chef-opérateur de la trilogie Matrix, Spiderman…) la magnifie, met en valeur son teint pâle et fait ressortir ses yeux hypnotiques. En parlant d’yeux, on ne peut oublier ceux de Robert Downey Jr dont la prestation consiste, pendant une grande partie du film, à ne faire exister Lionel qu’avec son regard. Un regard qui exprime à la perfection ce mélange d’humanité, d’humour et de mélancolie passagère. Son personnage émouvant entre d’ailleurs dans le panthéon des créatures isolées du monde réel, aux côtés de Edward aux mains d’argent ou d’Elephant Man. Même si Shainberg a su lui donner une orientation plus optimiste et moins fragile que ses aînés.



Fur est le genre de film qu’on adore si on parvient à se laisser entraîner dès le départ. L’intense poésie qui entoure les derniers moments ne peut fonctionner qu’avec l’adhésion totale du spectateur. Mais comment ne pas être émerveillé par certaines scènes où esthétisme et émotion cohabitent à un niveau rarement atteint.

Thomas Legal

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