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Furtif

La critique d'Excessif

1/5
furtifcollz2 L'HISTOIRE :
Après Jessica Alba en astrophysicienne dans Les 4 Fantastiques, voici Jessica Biel en deuxième meilleure pilote de chasse high tech de l'armée américaine, et donc mondiale, dans Furtif ! En pleine interrogation française sur la fuite des cerveaux engendrée par une Europe incertaine, on sait déjà on sont passés deux d'entre eux. A partir de là, difficile de prendre au sérieux un énième film du très auto-satisfait Rob Cohen. Et même s'il a l'audace de faire l'apologie du téléchargement musical intégral dans un film distribué par Sony, le réalisateur confirme définitivement que le très réussi Daylight n'était sans doute qu'une erreur de parcours dans une carrière de gougnafier. Avec le scénario le plus fouilli qu'on ai vu depuis l'emballage des Malabars, des incohérences à foison, le jeu d'acteur qui va avec et une bonne grosse branlette patriotique comme on ne devrait plus en faire...


FURTIF
Stealth
Un film de Rob Cohen
Avec Josh Lucas, Jessica Biel, Jamie Foxx, Sam Shepard, Joe Morton, Richard Roxburgh
Durée : 2h00
Sortie : 24 août 2005

Ben, Kara et Henry sont les meilleurs pilotes d'essai d'avions de combats furtifs. En attente d'une mission, le trio va devoir accepter de faire équipe avec L'ACPS, un appareil autonome doté d'une intelligence artificielle capable des tirs les plus précis de la planète. Lors d'un vol d'essai l'avion subit une malfonction interne causé par un éclair et ne répond plus alors à aucun contrôle. Désormais programmé pour abattre touts les ennemis potentiels, l'ACPS devient la plus grande menace volante en liberté, et invisible pour tout radar…


"Jamie, enfile une paire de lunettes et refais nous Ray pour rire. Mais bien sûr que ça va être drôle et on le mettra dans le film. Et puis tant que tu y es sert toi d'un ballon de basket, c'est pas très crédible dans une cabine de porte avion de 4m², mais avec du rap par-dessus on fera bien comprendre que t'es noir à ceux qui n'auraient pas remarqué !"

Voilà à peu près à quoi devait ressembler la direction d'acteurs de Rob Cohen, le yes-man très doué lorsqu'il donne son aval aux cascadeurs ou à l'équipe des effets spéciaux, mais vraiment incapable sur le reste d'un projet, et très souvent des projets de poids. Furtif est de ceux là, un blockbuster formaté, qu'il serait très difficile de bâcler vu l'épaisseur de son script et des moyens dépensés mais qui ne ressemble finalement à rien malgré ses qualités. Car qualités il y a, et nous les avons trouvées après de fructueuses recherches.


Commençons d'ailleurs par les bons cotés du film, d'abord parce qu'il faut partir sur une bonne impression, ensuite parce qu'on en sera plus vite débarrassés. Il faut reconnaître au réalisateur un soin esthétique particulièrement réussi dans chacun de ses films, un point finalement bienvenu que de ne pas négliger ce genre de détails puisque le seul salut de Furtif réside dans ses spectaculaires combats aériens. Pas spécialement innovant, le grotesque – nullissime nous souffle-t-on – effet de vitesse numérique imposé dans Fast and Furious trouve ici enfin un sens et, même si le mal de crâne s'estompe à la dernière limite, on prend un certain plaisir à sentir tous ces châssis d'acier nous tourner autour. Plaisir ultime, et malheureusement le seul sur deux heures de film, la destruction en plein vol d'un ballon ravitailleur piégeant nos héros dans un gigantesque mur de flamme circulaire nous en jette plein les mirettes, effets spéciaux et intégration des comédiens réussis à l'appui. Si le panard est un peu rendez-vous dans ce déluge d'effets sonores, d'explosions, et de musique très Tintintiiiin, il faut pourtant se rendre à l'évidence : cette vidange cérébrale ne prend plus du tout en 2005.



S'il se contentait de faire du déjà vu, mais bien vu, Cohen pourrait obtenir un semblant de respect, mais il représente à nouveau un cinéma désintéressé, une sorte de story-board filmé sans saveur dont le seul but était d'en arracher les morceaux pour en faire une bande annonce salivante, mais surtout sans la moindre once d'histoire. Un bâclage scénaristique atteignant ici des sommets puisque ne se reposant que sur l'imagerie numérique, Cohen nous raconte son film par-dessus la jambe. Outre une petite audace d'écriture bien vue, mais adoptée depuis peu par Renny Harlin qui compte visiblement décimer prématurément les têtes d'affiches de tous ses films, le scénariste assis derrière la machine à écrire ne s'est contenté que d'extrapoler le synopsis de quatre lignes. Pire encore, cette idée de HAL version lance missile (ou Terminator volant, au choix) n'étant pas si mauvaise en soi, puisque potentiellement intéressant dans le genre des films de monstre. Malheureusement celle-ci s'auto avorte par la bonne parole américaine pour basculer dans une sorte de K2000 version mach 3 incompréhensible et préfère s'attaquer aux vrais méchants du film : des nord-coréens qui… qui ne demandaient rien finalement avant qu'on leur tire dessus.


Une plume stérile qui, absout de toute finesse, ne s'empêche pas de nous lancer à outrance de bons gros clichés par-ci comme un général se suicidant pour échapper à son échec (…), de la frime qui vire au grotesque par là (l'avion capable d'identifier une empreinte digitale à huit kilomètres de sa cible) et des ralentis armageddonièsques comme il devrait être blâmable de nous en faire subir histoire de nous attacher à des héros qui n'ont rien de techniquement humains. A moins de trouver une pilote de chasse body-buildée de 19 ans qui mime une pub Obaho sous une cascade thaïlandaise entre deux exterminations de peuples dont l'oncle Sam se fout éperdument. En revanche il ne se fout pas (directement) de son jeune public et pratiquement vingt ans après Top Gun nous ressort le coup de la propagande du métier d'avenir avec promesse de faire joujou contre des robots, et si l'on est une fille d'être aussi musclée que Rambo pour ramper dans la boue.
Tout un programme…



Même avec la meilleure volonté du monde, il reste très difficile de prendre plaisir devant ce spectacle bien navrant. Non pas que le propos ne soit pas intéressant ou amusant, mais tout simplement parce que cousu de fil de blanc Furtif n'aurait sûrement pas bercé dans l'originalité mais aurait au moins eu le mérite de divertir. En voulant jouer à la girouette, non seulement Rob Cohen nous mène hypocritement en bateau (la bande annonce vire pratiquement dans le mensonge en annonçant le zinc comme décidé à détruire une grande ville américaine), mais brasse du vent inutilement à bases d'idées plus saugrenues les unes que les autres pour combler les 120 minutes imposées. Deux trop longues heures qu'on aurait souhaité ne pas voir passer.

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