L'HISTOIRE : De Lucien à Serge Gainsbourg, de l'enfant anticonformiste à la figure mythique, une plongée dans la vie démesurée et hallucinée du chanteur français. Sa fascination pour les femmes, son enfance qui le poursuivra, son imagination sans limites, ses conquêtes inoubliables. Et ses penchants autodestructeurs, sa franchise déconcertante, sa passion pour le dessin, ses textes provocateurs et ses cigarettes. Une vie presque héroïque.
Une direction étonnante, surtout dans un cinéma français habituellement frileux
Gainsbourg (vie héroïque) fait partie de ces grands films, dont l'ambition hors-norme va de pair avec une certaine maladresse. Tout comme son héros, le film de Joann Sfar est envoûtant et mystérieux, enfumé et fragmenté.
Portrait fantasmé et imagerie décalée
En soi, l'idée de retranscrire la vie d'une figure aussi célèbre que le chanteur de La Javanaise n'a rien d'exceptionnel. Mais face au savoir-faire consensuel d'un Walk the line et d'un Ray, ce portrait de Gainsbourg - ironiquement qualifié d'héroïque - est construit sur un regard et un attachement que l'on ressent profondément personnels et qui impriment la pellicule pour en faire une expérience marquante. Joann Sfar est bercé depuis son enfance par les frasques et la voix mélancolique de celui qui est désormais son personnage principal, le même qui se cachait derrière le portrait dessiné du peintre Pascin. Pas étonnant, donc, que ses premiers pas derrière une caméra se fassent ici.
Et si le jeune réalisateur est bien à l'aise quelque part, c'est lorsqu'il ouvre une porte sur son imagination. Le générique servira d'annonce pour le spectateur, dès lors préparé à suivre d'un côté l'univers de la réalité et de l'autre, celui des fantaisies presque psychédéliques. La « gueule » de Gainsbourg sera sa muse avant de devenir son doppelganger, l'aidant aussi bien à acquérir de la confiance en soi qu'à fumer quelques heures après son infarctus, premier d'une série qui finira par l'emporter dans la tombe. C'est certainement là que le premier film de Joann Sfar marquera les esprits. Sa liberté de ton et sa manière de mélanger les genres donnent à l'histoire une direction étonnante, surtout dans un cinéma français habituellement frileux.

Geoffrey CRETE
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