La critique d'Excessif

3/5
Affiche du film Gainsbourg (Vie héroïque) L'HISTOIRE :

De Lucien à Serge Gainsbourg, de l'enfant anticonformiste à la figure mythique, une plongée dans la vie démesurée et hallucinée du chanteur français. Sa fascination pour les femmes, son enfance qui le poursuivra, son imagination sans limites, ses conquêtes inoubliables. Et ses penchants autodestructeurs, sa franchise déconcertante, sa passion pour le dessin, ses textes provocateurs et ses cigarettes. Une vie presque héroïque.

Une direction étonnante, surtout dans un cinéma français habituellement frileux

Gainsbourg (vie héroïque) fait partie de ces grands films, dont l'ambition hors-norme va de pair avec une certaine maladresse. Tout comme son héros, le film de Joann Sfar est envoûtant et mystérieux, enfumé et fragmenté.

 

Portrait fantasmé et imagerie décalée
En soi, l'idée de retranscrire la vie d'une figure aussi célèbre que le chanteur de La Javanaise n'a rien d'exceptionnel. Mais face au savoir-faire consensuel d'un Walk the line et d'un Ray, ce portrait de Gainsbourg - ironiquement qualifié d'héroïque - est construit sur un regard et un attachement que l'on ressent profondément personnels et qui impriment la pellicule pour en faire une expérience marquante. Joann Sfar est bercé depuis son enfance par les frasques et la voix mélancolique de celui qui est désormais son personnage principal, le même qui se cachait derrière le portrait dessiné du peintre Pascin. Pas étonnant, donc, que ses premiers pas derrière une caméra se fassent ici.
Et si le jeune réalisateur est bien à l'aise quelque part, c'est lorsqu'il ouvre une porte sur son imagination. Le générique servira d'annonce pour le spectateur, dès lors préparé à suivre d'un côté l'univers de la réalité et de l'autre, celui des fantaisies presque psychédéliques. La « gueule » de Gainsbourg sera sa muse avant de devenir son doppelganger, l'aidant aussi bien à acquérir de la confiance en soi qu'à fumer quelques heures après son infarctus, premier d'une série qui finira par l'emporter dans la tombe. C'est certainement là que le premier film de Joann Sfar marquera les esprits. Sa liberté de ton et sa manière de mélanger les genres donnent à l'histoire une direction étonnante, surtout dans un cinéma français habituellement frileux.

 

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Decrescendo émotionnel
Logique narrative oblige, le film s'ouvre sur l'enfance mais s'appuie déjà sur des moments bien particuliers pour construire le personnage. Portés par un Kacey Mottet Klein étonnamment à l'aise et expressif, les premiers instants mélangent petite et grande histoire avec fantaisie. Pourtant, impossible de ne pas être gêné par les faiblesses récurrentes qui essouffleront peu à peu le film. Les scènes se suivent et se ressemblent presque, entre défilé de stars et intentions scénaristiques floues ; à mi-parcours, les histoires de Gainsbourg perdent l'impulsion initiale. La « gueule » devient un élément répétitif, plus souvent utilisé comme raccourci scénaristique que comme élément lyrique, et les quelques échappatoires hallucinés manquent de fluidité. La dernière demi-heure utilise trop brièvement la rencontre avec Bambou.
La chance du film repose alors entre les mains des comédiens, dont les occasions de briller sont très inégales. En voulant se concentrer davantage sur le mythe que sur l'homme (« Ce ne sont pas les vérités de Gainsbourg qui m'intéressent, mais ses mensonges »), Joann Sfar a pris le risque de rendre ses personnages unidimensionnels. Du coup, Anna Mouglalis est bien mystérieuse, Sara Forestier joue la niaiserie à la perfection, Mylène Jampanoï irradie de beauté, mais leurs apparitions manquent parfois de profondeur. En revanche, les fantastiques Lucy Gordon et Laetitia Casta parviennent à apporter plus de matière à leurs personnages. La première avec une sensibilité à fleur de peau, qui prend une dimension supplémentaire lorsque l'on connaît son destin. La seconde, par son attitude sensuelle et sa présence lumineuse qui apportent une véritable bouffée d'air frais dans des scènes malheureusement réduites. Eric Emosnino souffre quant à lui de la comparaison inévitable avec le vrai Gainsbourg - beaucoup plus violemment que les seconds rôles - mais mène le film avec sobriété et énergie.
 
Un Gainsbourg insaisissable
Il serait injuste de nier la sincérité et l'implication qui font de cet outsider dans le paysage cinématographique français (16 millions de budget, premier film d'un dessinateur de bande-dessinée, carte blanche du producteur pour un genre rarissime en France) un film réellement surprenant. Dans la dernière partie, les résonances avec l'actualité deviennent vertigineuses avec l'arrivée de Jane Birkin et Charlotte Gainsbourg. Se souvenir que la fille du compositeur recevait il y a quelques mois un Prix d'interprétation à Cannes tandis que sa mère venait de tourner chez Rivette rend les jeux de miroir troublants. L'idée de faire endosser à Charlotte le rôle de son père, comme ce devait être le cas à un moment, deviendrait presque logique. Mais en essayant de tirer de tous les côtés (l'enfance, le traumatisme juif, la controverse, les stars, la mort), Joann Sfar manque de peu sa cible. Gainsbourg (vie héroïque) laissera un goût d'inachevé, comme une boucle sans fin d'où s'échappe le chanteur lui-même. L'envergure et l'originalité du projet, elles, laissent rêveur.
 


Geoffrey CRETE

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Le verdict des internautes

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Les notes des internautes

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    Scénario
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    Réalisation
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    Acteurs
  •  
    Musique

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deadrocknroll 25/01/2010 à 12h16
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