Natalie Portman est à l'affiche aux côtés de Zach Braff, ici cinéaste touche-à-tout. Avec
Garden State, il signe un premier long-métrage épatant qui cause grosso modo de la difficulté de communiquer, de vivre et d’aimer. En plongeant tout d’abord dans le cerveau triste de son protagoniste, puis en montrant que l’amour peut parfois recoller les brèches,
Garden State s’impose comme une comédie joliment triste, certes sans surprise, mais grandement stimulante. Sans atteindre le niveau des dernières productions Indie US (
Le secrétaire,
Requiem for a dream,
Donnie Darko), une bonne surprise en forme d’autofiction sur fond de crise existentielle qui possède l’immense mérite de réconcilier avec la vie. Ce qui n’est pas rien.
GARDEN STATE
Un film de Zach Braff
Avec Zach Braff, Natalie Portman, Ian Holm, Peter Sarsgaard, Method Man
Durée : 1h42
Sortie : 20 Avril 2005
Natalie Portman et Zach Braff dans GARDEN STATE de Zach Braff Acteur de télévision, Andrew " Large " Largeman est obligé de retourner dans son New Jersey natal pour l'enterrement de sa mère. Soudain, il se retrouve sans les antidépresseurs et les 3000 kilomètres qui le protégeaient de son histoire... Après neuf ans d'absence, Large revoit son père, un vieil homme dominateur, mais aussi tous ceux avec qui il a grandi. Ils sont aujourd'hui fossoyeur, employé de fast-food ou magouilleur professionnel... Sa rencontre avec la jolie Sam va le bouleverser encore un peu plus. Elle est son exacte contraire, vivante et audacieuse. Entre passé et futur, entre douleur et joie, Large va découvrir qu'il est peut-être temps de commencer à vivre...Avec
Garden State, Zach Braff démontre qu’il est avant tout un jeune homme polyvalent puisqu’il occupe ici quasiment tous les postes : réalisateur, scénariste, acteur. Inutile de dire de fait que son premier long-métrage d’autofiction est extrêmement personnel, marqué par une gravité latente, comme planté dans une atmosphère déprimante et hypnotique. La première surprise du film vient du fait que Braff sait raconter une histoire avec un sens assuré de l’absurde et de la dérision en jouant constamment sur le décalage entre son personnage et le monde qui fluctue, bouge, évolue autour de lui. Point de gravité d'un monde aérien.
Natalie Portman dans GARDEN STATE de Zach BraffCe personnage principal qu’il prend plaisir à incarner est comme par hasard un acteur de sitcom (Zach joue dans la série
Scrubs), englué dans la morosité depuis qu’il a perdu sa mère, qui ne communique pas avec son père et peu avec les autres. A force de ne pas vivre sur la même longueur d’onde, il finit par avoir des visions drôlement étranges que le film prend parti de retranscrire (la chemise synchrone avec le papier peint restera sans doute dans les annales). Notre acteur en question revient quelques années plus tard dans son bled paumé d’Amérique rurale (la vraie ville natale du réalisateur-acteur-scénariste) et retrouve quelques anciens camarades qui ne sont plus ce qu’ils étaient.
La scène de l’enterrement où la tristesse absolue se conjugue au fou rire nerveux résume quelque part l’acrobatie émotionnelle qu’opère le film, entre le gag et la déprime. Toute la première partie, hantée par le travail du deuil, traduit une mélancolie diffuse, laisse planer une atmosphère mortifère presque cotonneuse et se focalise sur le simple portrait de son héros adulescent. A bien des égards, le récit donne la délicieuse impression de lorgner ouvertement vers les univers pas si lointains de Richard Kelly, Sofia Coppola et Terry Zwigoff, également marqués par l'incapacité de faire corps avec le monde. La suite, plus décevante parce que plus convenue, tombe dans l’ornière de la comédie romantique mais approfondit la texture du récit et éclaire quelques zones d’ombre (fiston qui fuit toute relation paternelle, difficulté d’exprimer ses sentiments, incapacité de nouer une relation sérieuse...). Mais, par le miracle de l’amour et le hasard des coïncidences, le personnage découvre qu’il est possible de réapprendre à vivre. Ce n’est pas nouveau mais c’est toujours beau à voir.
Zach Braff et Peter Sarsgaard dans GARDEN STATE de Zach BraffBraff n’est pas un poseur taraudé par la forme et privilégie le fond en entremêlant les fils de la comédie lymphatique et de l’amertume plus amère que douce. Il a beau raconter son récit à la première personne du très singulier, il n’étouffe guère les personnages secondaires qu’il s’agisse de l’intrigante demoiselle qui n’aime rien tant qu’affabuler (craquante Natalie Portman) ou encore du pote accro aux douilles de beuh (prometteur Peter Sarsgaard). Même si leur utilisation peut paraître un peu affectée ; même si tout ce petit monde gentiment barge reste finalement un peu trop sage. On est malgré tout conquis par l’élégance de ce film tristement gai et jovialement mélancolique qui raconte une tonne de choses importantes tout en arborant une apparente désinvolture.
Peter Sarsgaard, Natalie Portman et Zach Braff dans GARDEN STATE de Zach BraffSi, certes, le film pêche par intermittences en voulant à tout prix être générationnel (ce qui souligne deux fois plutôt qu’une le caractère un peu vain de l’entreprise), si certains passages sont plus réussis que d’autres et même si, pour finir, la musique est trop présente – là où de simples silences auraient été bienvenus –, le résultat séduit sans peine tant le film ne manque point de charme ni de personnalité. Quelque part entre
Ghost World et
Lost in translation, en moins bien mais avec un cri de douleur encore plus sourd et tout aussi déchirant.