L'arrivée d'un nouveau super-héros au cinéma ne constitue plus aujourd'hui un évènement mais continue forcément à attirer l'attention. Surtout lorsqu'il s'agit d'un anti-héros tel que le
Ghost Rider, une icône aussi anticonformiste que quasi-inconnue en France. Mark Steven Johnson revient ainsi au scénario et à la réalisation, armé des flammes de l'enfer, après la semi-déconfiture de son
Daredevil.
GHOST RIDER
Un film de Mark Steven Johnson
Avec Nicolas Cage, Eva Mendes, Wes Bentley, Sam Eliott, Peter Fonda
Durée : 1h50
Sortie : 21 Février 2007Johnny Blaze, cascadeur à moto, pactise avec Mephistopheles afin de sauver son père. Il doit ainsi quitter l'amour de sa vie, Roxanne Simpson, pour vivre une vie d'errance. Des années plus tard, son engagement prend forme et il devient le Ghost Rider. Il a pour mission de tuer Blackheart, le fils du diable qui veut prendre la place de son père.Grand admirateur du comics et vraisemblablement averse au risque, Mark Steven Johnson réemprunte la trame déjà usitée dans le premier
Spider-Man et dans son
Daredevil : l'enfance du héros, traumatisé par la mort d'un de ses parents (ici son père) qui découvre par la suite ses pouvoirs et qui se retrouve partagé entre ses nouvelles "grandes responsabilités" et sa vie sentimentale.
La genèse du héros, figure maintenant imposée par le genre, confond raccourcis et clichés. Chaque étape de la mutation psychologique et physique de notre "rider" se traduit à l'écran par des images d'Épinal sans originalité. La rencontre du jeune Johnny Blaze avec Mephisto ou encore l'amour fou de celui-ci pour Roxanne Simpson se traduisent par des séquences mièvres à souhait : une goutte de sang sur un parchemin et un petit cœur gravé sur un arbre centenaire. Mais, tout comme dans
Daredevil Mark Steven Johnson est victime de sa générosité débordante et veut trop en dire en un seul film en expédiant les séquences d'exposition au profit des séquences d'action.
Et de l'action,
Ghost Rider en déborde : dès que Blaze devient le Ghost Rider, les motos hurlent et les morts s'accumulent. Le tout dans une violence contenue afin de s'assurer un salvateur PG-13 : des morts, oui et par dizaines mais surtout pas de sang. Une fois de plus le coté comics geek de Mark Steven Johnson a repris le dessus et le réalisateur applique à la lettre les règles établies par Stan Lee. Il faut dire qu'avec cinq ennemis mortels dès le premier épisode, le crâne enflammé a du pain sur la planche. Mais son invulnérabilité (il se prend dans les dents des camions lancés à pleine vitesse sans la moindre petite fracture) et sa facilité à dompter ses nouveaux pouvoirs enlèvent une bonne partie de l'intérêt de ses affrontements. Il faut toutefois reconnaître que leur mise en image est souvent originale et que les situations pittoresques dans lesquelles notre motard fait des étincelles tiennent souvent la route.

Les effets spéciaux sont également en demi-teintes : sublimes lorsqu'ils occupent intégralement l'écran (la chevauché du rider dans la nuit qui laisse derrière lui une empreinte de feu, le crane en feu …), ils le sont nettement moins lorsqu'ils sont mélangés à des prises de vues réelles. Ainsi Nicolas Cage en train de fumer des yeux, ou Peter Fonda et son sourire cadavérique nous laissent perplexe.

Le réalisateur n'a pas réitéré son erreur Daredevilienne et a soigné cette fois-ci son casting. Exit donc Ben Affleck dans le rôle du vengeur nocturne et bienvenue à Nicolas Cage en âme déchue voulant une seconde chance ! L'acteur, habitué aux rôles bordeline, incarne un Johnny Blaze/Ghost Rider en roue libre intégrale et surjoue avec conviction les errances qui déchirent le motard enflammé. Prenant vraisemblablement son rôle au sérieux (l'acteur, également fan inconsidéré du comics, a écrit quelques bouts de script et a dû maquiller faire son tatouage de tête de mort enflammée durant le tournage), Nicolas Cage se perd de temps à autres dans un premier degré pesant et sombre de l'autre coté du ridicule. Il nous ressort à l'occasion sa position made in
Sailor & Lula à base de regard caméra et de doigt pointé vers l'écran de façon gentiment abusive.
Il se retrouve confronté à une jolie brochette de vilains menée d'un coté par Peter Fonda dans le rôle de Mephistopheles et de l'autre par Wes Bentley qui incarne Blackheart, le fils ingrat qui veut détrôner son père. Si Peter Fonda s'en sort plutôt bien en minimisant son jeu à l'extrême et en prenant la pose, Wes Bentley (le filmeur de sac poubelle dans
American Beauty) sombre fréquemment dans le grotesque à base de regards écarquillés et de grimaces en tous genres. Ce dernier est secondé par trois sbires déchus incarnant trois éléments à même de vaincre le feu : la terre, l'eau et le vent. De quoi donner un peu de fil à retordre au flamboyant biker.
La partie sentimentale de l'œuvre est assurée par Eva Mendes qui ne s'en sort pas trop mal au milieu de tous ces morts-vivants. Au-delà de sa love-story légèrement nécrophile, elle sert principalement de tension dramatique ultime en incarnant la seule faiblesse du "rider".
Alors
Ghost Rider est-il mieux que
Daredevil ? Difficile de répondre car les deux films possèdent quelques qualités et de nombreux défauts. Le premier s'appuyait sur le comics de Frank Miller pour composer ses séquences et le second possède une tête d'affiche enflammée plus convaincante…
Spider-Man 3 devrait mettre tout le monde d'accord !
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