La critique d'Excessif

2/5
girlfriendexp135final L'HISTOIRE : Manhattan. Cinq jours dans la vie de Chelsea, un call-girl de luxe qui tente de prendre le contrôle de son avenir. Entre son petit ami qui a accepté son quotidien et les problèmes existentiels de ses clients, elle va s'apercevoir que ses rencontres et l'argent ne sont qu'une façade qui l'empêche d'être heureuse.
Un patchwork bordélique et élitiste.

Après Moon, un petit tour du côté du marché du film a permis de découvrir le prochain métrage de Steven Soderbergh, Girlfriend Experience. Annoncé pour le 15 juillet en France, cette comédie dramatique est l'oeuvre d'un cinéaste habitué du festival dans lequel il a déjà remporté la Palme d'or en 1989 pour Sexe, mensonges et vidéo. Il était également présent l'année dernière avec son diptyque sur le Che. Comme à son habitude, le réalisateur continue de brouiller les pistes et offre une virée intimiste quasi expérimentale après avoir offert une grande fresque cinématographique de quatre heures. Tout ceci commence un peu à lasser...

 

 


Steven Soderbergh enchaîne les films avec délectation, se moquant bien des conventions commerciales (en 2005, Bubble est sorti le même jour au cinéma, sur Internet et à la télévision). Capable de briller aussi bien dans l'oeuvre populaire que le condensé expérimental, le cinéaste joue même parfois sur les deux tableaux en même temps (rappelons les mises en abîme vertigineuses de Ocean's Twelve avec toutes ces stars qui s'autoparodient). Premier coup d'éclat (le seul en fait), avoir choisi une actrice porno pour incarner la call-girl Chelsea. Cela aurait pu être une fausse bonne idée. C'est une petite révélation. Ceux qui parviendront à oublier les performances athlétiques des précédents métrages de la jeune femme, seront charmés par son côté mutin. Fragile et insoumise à la fois, peau diaphane, cheveux d'encre, Sasha Grey n'illumine pas la pellicule mais sa prestance suffit amplement à ce petit rôle coquet.

 

 

Le gros problème réside principalement dans le propos et son contexte. Steven Soderbergh choisit de parler de la crise économique et place son récit pendant les dernières élections présidentielles américaines. Pourquoi pas. Si son emprise formelle sur le film est presque totale (à l'exception de la scène leitmotiv dans le jet privé) et les choix musicaux intéressants (pop, rock alternatif, trip-hop), Girlfriend Experience ressemble à un patchwork bordélique et élitiste. On aurait préféré que le long-métrage s'attarde beaucoup plus sur son personnage principal, au lieu d'en faire un reflet bancal d'une société terrorisée par l'argent et manipulée par les costumes cravates. Chelsea monte sa petite entreprise, écarte les jambes pour pouvoir faire du shopping et rêve de partir pour de bon avec un client, histoire de vivre le grand amour. Il y a eu tellement de détours ennuyeux que lorsqu'elle trébuche lourdement sur la traitrise, la jalousie et la perversité humaine, la distance émotionnelle est bien trop grande pour que le spectateur pleure avec elle.

Un réalisateur qui tente de rester partiellement indépendant dans l'industrie hollywoodienne utilise ce vieil adage qui dit : "Un film pour eux. Un film pour moi". Quand il joue en dehors des balises, il serait appréciable que Steven Soderbergh en fasse un pour son public.

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Les notes des internautes

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