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Glory to the Filmmaker!

La critique d'Excessif

3/5
glory_filmmaker_tmpok11 L'HISTOIRE :

Glory to the filmmaker!, de Takeshi Kitano, doit se voir comme une nouvelle "expérience de destruction" après le déroutant Takeshi's. Le second volet d’une trilogie où le cinéaste revisite pour de rire son cinéma et celui des autres. En résulte une œuvre à la fois bordélique, parodique et originale qui plonge le spectateur dans les affres de la création, charrie différentes émotions et drague autant le film d’horreur que la science-fiction pour rendre in fine un hommage au cinéma nippon dans toute sa diversité. Sa sortie française reste indéterminée.
Takeshi Kitano joue son propre rôle et revisite son cinéma dans cet exercice d'introspection et d'autodérision. Il explore avec beaucoup d'humour différents genres, du film d'horreur au récit historique en passant par la science-fiction ...

Présenté à la dernière Mostra de Venise, Glory to the filmmaker!, de Takeshi Kitano, doit se voir comme une nouvelle "expérience de destruction" après le déroutant Takeshi's qui s'est déjà chargé de faire le tri entre les réceptifs et les réfractaires. Le second volet d’une trilogie où le cinéaste revisite pour de rire son cinéma. En résulte une œuvre à la fois kaléidoscopique et parodique qui plonge le spectateur dans les affres de la création et charrie autant le film d’horreur que la science-fiction pour rendre in fine un hommage au cinéma nippon dans toute sa diversité.

GLORY TO THE FILMMAKER!
Un film de Takeshi Kitano
Avec Keiko Matsuzaka, Toru Emori, Kazuko Yoshiyuki, Akira Takarada
Durée : 1h48
Date de sortie : 16 Juillet 2008


Première scène : un double de Takeshi passe au scanner sous l’œil inquiet des docteurs bien nommés (Ozu et Mizogushi). Il révèle des symptômes inquiétants : Kitano serait en panne de lui-même. En réalité, sa maladie représente une petite caméra qui finira par exploser dans son cerveau. Compilation de projections cinématographiques qui pourraient donner lieu au film idéal pour remonter la pente, Glory to the filmmaker! (Kantoku Banzai!) a tous les atours d’un objet expérimental qui prend la forme d’une blague interminable dont on attend avec délectation une chute forcément décevante. Avant de se rendre compte que la manière de la raconter est ce qu’il y a de plus excitant. Beaucoup risquent de réduire cet exercice de style existentiel à une facétie réflexive déjà amorcée avec Takeshi's. D’autres oseront aller plus loin dans l’analyse. En réalité, cette structure narrative décousue qui privilégie le décalage et les débordements évoque Getting Any?, qui ressemblait déjà à une succession de saynètes disparates assaisonnées de blagues idiosyncrasiques et scatologiques. A bien regarder sa filmographie, ce goût de l’éclectisme ne date pas d’hier : il suffit de voir le récent écart entre la version modernisée de Zatoichi et la dérive sentimentale de Dolls qui en apparence ne portent pas l'empreinte du même artiste. Un leurre, bien entendu.


On l’a connu clown triste, narcissique, nerveux, violent, pathétique, mélancolique. L’artiste polyvalent est aujourd’hui paumé. Paumé dans un univers proche de Fellini, placé sous les signes du double (acteur/réalisateur, amuseur Beat Takeshi/auteur Takeshi Kitano, homme/marionnette) et de la multiplicité schizophrène : qui est-il réellement ? Comment évolue-t-il ? Où va-t-il ? Impossible de donner de réponses claires. Kitano a juré qu’on ne le reprendrait plus à filmer des yakuzas qui ont du vague à l’âme. Chez lui, destruction rime avec autodérision : sa préoccupation consiste à démolir ce qui il y a encore trois ans était considéré comme extrêmement sérieux à travers des mises en abyme où il se met lui-même en scène. Son cinéma simule la crise artistique pour explorer – sans boussole – de nouveaux modes d’expressions narratifs et visuels et donner un relief plus complexe à sa filmographie morcelée. Maintenant, tout dépend si on a envie de partager le délire. Ce nouveau long métrage – peut-être le plus singulier qu’il ait jamais réalisé – ressemble à une peinture abstraite. Selon ses propres mots, lors d’une conférence de presse à la Mostra de Venise, il a puisé son inspiration dans le cubisme dont l’influence se révèle manifeste à l’écran. Il aurait cependant dû conserver en tête cette phrase de Cézanne : "l'artiste doit redouter l'esprit littérateur, qui fait si souvent le peintre s'écarter de sa vraie voie — l'étude concrète de la nature — pour se perdre trop longtemps dans des spéculations intangibles".




En total repli sur lui-même, son univers ressemble désormais moins à celui d'un Nanni Moretti, le nez fourré dans ses journaux intimes, qu’à celui de Orson Welles dernière période. Le Orson qui n’avait pas peur de concocter des farces bien grasses où les angoisses du réel cherchaient des noises aux contingences fictionnelles (F. For Fake). En fragmentant son intrigue en longs plans équivoques et en conservant ce sens de l’humour tordu qui le caractérise trop bien, Takeshi essaye de donner de la consistance à un écheveau d’images oniriques qu’il a préalablement peintes, reprenant ainsi une démarche déjà adoptée sur Hana-Bi, feux d’artifices. A l’heure où des remakes souvent fadasses font leur apparition, Kitano propose un film-somme où plusieurs relectures s’entrechoquent en un seul bloc inclassable et passent à la moulinette ironique. L’élastique s’étend des soap télé japonais au film d’horreur en passant par les chambaras et le cinéma contemplatif du maître Ozu avec une tendance à se moquer gentiment des confrères qui réussissent à rebondir de projets en projets sans jamais se remettre en question. Peu importe si on ne pige plus grand-chose au bout d’une heure. Il faut se faire une raison (il n’y a pas d’histoire) et prendre cette invitation au degré au-dessus. En l’acceptant comme une célébration ambiguë du cinéma et en savourant les thématiques sociales et culturelles qui découlent d’une telle profusion de pistes (la perversion des relations entre les hommes et les femmes, la violence domestique, l’importance du théâtre Nô).


Glory to the filmmaker! ressemble à une déclaration d’amour angoissée qui questionne l’état du septième art aujourd’hui : ce qu’il restera de son passé glorieux, ce qu’il représente aux yeux des spectateurs actuels et ce qu’il pourrait devenir demain si on le considère comme un art inoffensif prompt à la consommation immédiate. C’est la part sombre de ce délire nonsensique qui risque de prendre au dépourvu ceux qui ont commencé à comprendre que Kitano était grand seulement à partir de L’été de Kikujiro, en levant le petit doigt à chaque prononciation de son patronyme. En revanche, les autres, les fans de vrai qui suivent le réalisateur depuis ses débuts – même en tant qu’acteur –, ne pourront qu’apprécier ces ruptures de ton jubilatoires, ces glissements imperceptibles vers l’étrange et surtout cette propension très courageuse à se mettre en danger par amour de son art. En d’autres termes, on trouve ici la marque incisive d’un artiste d’exception qui lutte contre les étiquettes, les modes, les tombereaux de dithyrambes obligatoires. C'est un beau combat contre les autres. Mais avant tout un combat contre soi-même et l’image que l’on renvoie. Entre celui qu’on a été, qu’on est actuellement et qu’on aimerait être.

Romain Le Vern



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  • itokab
    Le coin du cinéphile
    Takeshi Kitano Ou Le Rubicube A Multi-facettes11 juillet 2008 - 5 commentaires

    Difficile de cerner le personnage de Takeshi Kitano tant ses activités et ses talents sont multiples. Homme de scène avant tout avec son numéro de manzaï accompagné de son compère pour le duo les « ...

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