La critique d'Excessif

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Affiche du film Go Go Tales L'HISTOIRE : Le Paradise est un cabaret chic de gogo danseuses situé dans le sud de Manhattan. Une usine à rêves dirigée par Ray Ruby, impresario éminemment charismatique, assisté par ses vieux compères et une bande de personnages pittoresques. Malheureusement, tout ne va pas pour le mieux au Paradise : les danseuses menacent Ray d'une grève, qui doit également affronter la colère de la propriétaire des lieux bien décidée à les expulser. Ray tente sa chance à la loterie...
Foutraque et gratuit, mais amusant.

Ce film d'Abel Ferrara, qui sort avec beaucoup de retard (cinq ans après sa présentation hors-compétition au Festival de Cannes), dévoile l'envers du décor dans un club de strip-tease décadent, ironiquement baptisé «Paradise» et filme l'acharnement maladif et illusoire de tous les personnages à poursuivre le spectacle. A priori, il s'agit d'un sujet typiquement calibré pour Darren Aronofsky (le diptyque The Wrestler/Black Swan) et on peut s'amuser à comparer les corps féminins ici vigoureux avec ceux, alanguis, dans L'Apollonide, souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello. Pourtant, le résultat ne ressemble qu'à du Abel Ferrara, que l'on sait fasciné par le monde du cabaret. Le ton est moins cynique que caustique (l'humour, éternel politesse du désespoir) et derrière la description se cache une mise en abyme sur l'industrie cinématographique où Ferrara s'identifie au patron endetté (Willem Dafoe, encore une fois génial). Autrement, les effeuilleuses d'origines différentes fantasment encore le rêve américain.

 

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Loin de constituer des défauts, les débordements, les improvisations et les performances en roue libre donnent un cachet d'authenticité à ce film de pagaille. Certes, on est loin de l'époque dorée de L'ange de la vengeance, Bad Lieutenant, King of New York ou Nos funérailles : l'enjeu dramatique reste flou, l'enchaînement des séquences aléatoire et l'hystérie en bobine a ses limites. D'autant que la structure lâche ouvre la porte aux longueurs. Mais Abel Ferrara et sa troupe de comédiens se sont manifestement beaucoup amusés à bricoler cette comédie kitsch et potache quelque part entre du Altman sous coke et du Frank Henenlotter d'aujourd'hui (un autre chantre du cinéma underground new-yorkais des années 80). Complice de longue date, Asia Argento prodigue un numéro mémorable avec un rottweiler. Mais vu les critiques blessantes que sa prestation a suscité à l'étranger, ce n'est pas demain la veille qu'on la reverra dans une composition aussi volcanique.

Romain LE VERN

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