Projet international réunissant des producteurs de Grande-Bretagne, d'Afrique du Sud, d'Allemagne, de Belgique et du Luxembourg,
Goodbye Bafana revient sur un sombre chapitre de l'Histoire, l'Apartheid, pour conter l'histoire d'amitié entre un militaire blanc et un détenu noir. Incarné par l'excellent Dennis Haysbert, ce dernier n'est autre que Nelson Mandela.
GOODBYE BAFANAUn film de Bille August
Avec Joseph Fiennes, Dennis Haysbert, Diane Kruger
Durée : 1h58
Sortie le 11 avril 2007Militaire sud-africain blanc, James Gregory se voit confier la mission de devenir le geôlier de Nelson Mandela à la prison de Robben Island où ce dernier est incarcéré pour ses idées politiques. Pour avoir grandi aux côtés d'une famille noire, Gregory maîtrise le Xhosa, la langue parlée par Mandela et ses co-détenus, ce qui en fait la personne idéale pour assurer la fonction de Censeur de la prison. Chargé de surveiller et d'espionner personnellement Mandela, Gregory va toutefois voir ses convictions bouleversées au contact de son prisonnier. Au fil des vingt-cinq années qu'il va passer auprès de lui, il deviendra son ami et son confident privilégié. Outre la difficulté d'aborder un sujet aussi sensible que l'Apartheid, encore très proche dans le temps,
Goodbye Bafana relève un défi de taille : dresser le portrait crédible de la figure la plus emblématique de la résistance anti-Apartheid et certainement l'une des plus marquantes du 20e siècle, Nelson Mandela, Prix Nobel de la Paix en 1993. Aux commandes de ce projet ambitieux, on retrouve le réalisateur danois Bille August, lauréat de deux Palmes d'Or pour
Pelle le Conquérant et
Les Meilleures Intentions. Plutôt que d'opter pour le format devenu conventionnel de la biopic, comme l'aurait exigé la tendance si le film avait été produit à Hollywood, Bille August et son co-scénariste Greg Latter choisissent de raconter l'histoire de Mandela à travers un point de vue extérieur, celui de James Gregory qui fut le gardien de prison de Mandela pendant vingt-cinq ans. Si l'on gardera à l'esprit que l'authenticité du récit conté dans
Le Regard de l'Antilope, recueil d'entretiens avec Gregory dont s'inspire le film, n'a jamais été totalement confirmée et que l'amitié entre les deux hommes y est très certainement romancée, force est d'admettre que
Goodbye Bafana lève avec franchise le voile sur les pratiques odieuses perpétuées sous l'Apartheid et vaut pour son discours pacifiste empreint d'espoir.
A l'instar de la plupart des Blancs d'Afrique du Sud à cette époque, James Gregory part avec l'esprit intoxiqué par les théories racistes qui ont engendré l'Apartheid. Sa fonction incarne à elle seule la domination des Blancs sur les Noirs instaurée par un système abject qui a perduré jusqu'à 1991. A travers l'histoire de James Gregory,
Goodbye Bafana décrit non seulement l'oppression des Noirs mais aussi les persécutions subies par les Blancs soupçonnés d'enfreindre les règles imposées par la Ségrégation. Si le film ne manque pas de faire constamment référence aux changements politiques du pays, Bille August ne s'égare pas et centre son film sur l'amitié entre Gregory et Mandela, hautement symbolique en ce qu'elle personnifie l'espoir d'un monde meilleur.
Goodbye Bafana souffre certes d'un rythme un tantinet monotone que l'on doit à une narration trop linéaire et académique. Toutefois, on appréciera la sobriété de la réalisation, qui laisse tout le loisir aux comédiens de s'approprier leurs personnages respectifs. La mise en valeur de la confrontation entre les deux protagonistes principaux doit aussi énormément à la qualité des prestations d'acteurs. De par sa stature impressionnante, sa voix profonde et la force tranquille qu'il dégage, Dennis Haybert (
Loin du Paradis,
24 Heures Chrono) s'avère un excellent choix pour le rôle de Nelson Mandela. Dès ses premières apparitions, son charisme et l'intensité de son regard transpercent l'écran. Face à lui, Joseph Fiennes (
Shakespeare in Love,
Man to Man) impose sa présence discrète et trouve toujours le ton juste pour transmettre les doutes et les bouleversements intérieurs de James Gregory.
L'importance accordée au personnage de Gloria Gregory (Diane Kruger, formidable), épouse tiraillée entre la confiance qu'elle voue à son mari et son désir légitime d'une vie plus sereine pour sa famille, vient appuyer le propos du film qui est de juger un système et non les personnes qui y participent. On pourra certes objecter que l'existence d'un tel système ne peut s'opérer que par la présence de profiteurs cyniques et que Bille August se dérobe quelque peu en ne désignant jamais aucun coupable. Cependant, ce parti pris trouve sa source dans l'approche sciemment choisie par le réalisateur, qui consiste à transmettre une philosophie fidèle aux théories pacifistes prônées par Mandela et fondées sur la perspective de réconciliation entre les peuples.
On pourra préférer la brutale prise de conscience qu'engendrait dix-huit ans auparavant une œuvre telle que
Une Saison Blanche et Sèche (Euzhan Palcy, d'après l'œuvre de André Brink). Mais cela n'empêchera pas
Goodbye Bafana de séduire par l'espoir que véhicule le parcours de Gregory, celui que les préjugés peuvent succomber devant le désir de paix et d'amitié. Bille August signe une oeuvre courageuse, engagée et émouvante.