Ce nouvel épisode de la saga
Hannibal Lecter va en dérouter plus d’un et c’est en soi une bonne nouvelle…
HANNIBAL LECTER : LES ORIGINES DU MALUn film de Peter Webber
Avec Gaspard Ulliel, Gong Li, Rhys Ifans
Durée : 1h55
Date de sortie : 07 février 2007Soyons francs, à l’annonce de ce nouvel opus, on redoutait une déclinaison paresseuse d’un mythe devenu argument marketing. Si le fait que Thomas Harris reprenne la plume pour signer le scénario du film n’en rassurait que quelques-uns, le choix de Peter Webber pour réalisateur avait de quoi largement éveiller notre curiosité. A juste titre : en apportant nuance, délicatesse et esthétisme là où l’on craignait gore et grand guignol, le réalisateur révélé avec
La jeune fille à la perle met subtilement l’accent sur le destin retors qui fit des jeunes années d’Hannibal un apprentissage de la violence, de la haine et du sadisme.
C’est bien d’apprentissage qu’il faut parler, le film s’attardant longuement sur le traumatisme initial qui « justifie » qu’un enfant chétif se transforme en psychopathe de luxe. D’où une longue séquence introductive, plus proche du film historique que du thriller horrifique, dans laquelle on vérifie ce que Stéphane Bourgoin (spécialiste français des serial killers) n’a jamais cessé d’écrire : les racines du mal sont souvent aussi cruelles que ceux qui en deviennent les vecteurs malades. Pour autant, il faudra attendre la dernière scène du film – qui est aussi la plus barbare – pour prendre la mesure de ce fatal trauma.

Le cœur du film, pourtant centré sur la rencontre d’Hannibal avec celle qui fera sa culture et son éducation, est plus inégal. La sous-intrigue policière est franchement inutile, tandis que le personnage interprété par Gong Li - toujours sublime, et quelle présence ! - manque de substance. Du coup, on peine à vraiment s’attacher à la relation ambiguë qui la lie à Lecter. C’est pourtant dans l’héritage de cette petite fille de samouraï qu’il trouvera les premières armes de sa folie vengeresse, posant par la même la question troublante de la transmission.
En revanche, la lenteur étudiée du rythme, de même que l’apparente banalité du quotidien d’Hannibal, exacerbent le contraste savamment travaillé entre scènes de « paix » et séquences ultra violentes. Fidèle à l’adage qui veut que l’on se méfie de l’eau qui dort, la relative tranquillité du jeune homme laisse brutalement place à des accès de rage qui n’en sont que plus choquants. Le spectateur, pris à son propre piège, en vient à guetter ces explosions de pur sadisme, trouvant un plaisir malsain à l’accomplissement de la vengeance d’Hannibal. C’est franchement jouissif, même si certains regretteront les quelques creux de ce montage contrasté.

Dans le même temps, Gaspard Ulliel gagne en conviction. Alors qu’on peinait un peu à le trouver crédible dans la première partie du film - le temps de s’habituer à l’accent peut-être, et d’oublier Anthony Hopkins ? - son regard se fait de plus en plus malade au fur et à mesure que le mal grandit en lui, jusqu’au basculement final, qui le voit s’enfoncer avec rage dans la barbarie la plus sommaire.
Avoir choisi ce visage d’ange balafré pour accueillir l’âme tordue de Lecter contribue au décalage voulu par Webber. Et même si ce dernier ne réussit pas vraiment à se départir de tout manichéisme, il a le mérite d’intriguer, et de nous faire attendre avec une belle impatience son prochain film, lui qui semble prendre un malin plaisir à n’être jamais là où on l’attend…
Mathilde LoritRetrouvez pages suivantes notre galerie photos…