Rassurons les plus inquiets :
Hard Candy n’est pas une énième bête de festival qui se révèle au bout du compte avare en surprises et aussi explosive qu'un pétard mouillé. Effroyablement malin, ce film fait simplement froid dans le dos en prenant le contre-pied des attentes du spectateur. Ça commence comme une histoire à l’eau de rose ; ça se termine en carnage d’une violence froide. Un huis clos tendu et angoissant qui demande impérativement à ce que l’on ait le cœur bien accroché.
HARD CANDYUn film de David Slade
Avec Patrick Wilson, Ellen Page, Sandra Oh
Durée : 1h43
Date de sortie : 26 Septembre 2006
Hayley et Jeff se sont connus sur internet. Elle est une très belle adolescente de 14 ans, et lui un séduisant photographe trentenaire. C'est elle qui a suggéré d'aller chez lui pour être plus tranquille, elle qui a voulu qu'il prenne quelques photos, elle qui leur a servi à boire et a commencé à retirer ses vêtements. Lorsqu'il se réveille, Jeff est ligoté et Hayley retourne tout chez lui. What the fuck ?
L’idéal serait de découvrir ce film (stupéfiant) sans savoir de quoi il en retourne mais autant prévenir ceux qui oseraient s’y aventurer : âmes sensibles, fuir. Ce premier long-métrage de David Slade repose sur un sujet alléchant qui consiste à montrer ce qui se cache derrière les trompeuses apparences. Pour cela, il confronte deux personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer : une adolescente de 14 ans et un photographe de 32 ans. Contrairement aux produits horrifiques actuels qui misent sur l’efficacité immédiate et ne lésinent pas sur la surenchère,
Hard Candy emprunte un sentier plus courageux et moins fréquenté en prenant sciemment le temps d’installer le contexte, de saisir les personnalités respectives, de laisser ces jeunes gens tomber dans le piège qu’ils sont en train de tisser discrètement. Puis, sans s’en rendre compte, c’est le retournement de situation : le dominant devient le dominé et ce qui s’annonçait comme une histoire d’amour impossible sirupeuse se mue en une intrigante affaire de vengeance au fer rouge.

La suite du récit – qu’il serait criminel de dévoiler – emprunte la forme d’un huis clos et en épouse toutes les ambiguïtés. Au fil de la conversation musclée, on se rend compte que les perso possèdent des secrets et des faiblesses mais ils ne les révèlent que progressivement. Une bonne partie de l’action se déroule dans un appartement afin de renforcer cette sensation d’oppression. Comme rien n’est parfait, le film possède quelques stigmates communes aux premiers longs-métrages de jeunes réalisateurs issus du monde de la pub et du clip: des glissades formelles inopportunes (ralentis et accélérés inutiles qui desservent le propos) ou des références cinéphiles inutilement insistantes. David Slade va jusqu’à faire des tentatives métafilmiques (la fille imagine quelle actrice pourrait incarner son personnage si cette histoire servait un jour à la réalisation d’un film).
A un moment donné, un des deux personnages cite Polanski en prétextant qu’il a beau avoir été inculpé dans une affaire de pédophilie, cela ne l’a pas empêché de remporter un oscar. C’est certainement une référence au huis clos qu’il a réalisé (
La jeune fille et la mort) où les abominations passaient là aussi par le discours et non l’illustration factuelle. Pourtant, ce qui réunit les deux protagonistes de
Hard Candy se révèle mystérieux et, surtout, tordu. Le secret est habilement préservé pour n’être révélé qu’à la toute fin même s’il demeure quelques frustrations qui obligent le spectateur à proposer sa propre interprétation des événements. Passé quelques tics énervants, le film dévoile sa troublante nudité en se focalisant sans trop d'afféteries sur deux névrosés pas conformes à l’image qu’ils tentent de véhiculer (douce et rassurante). Ils sont interprétés par deux acteurs formidables: Patrick Wilson qui exprime bien la douleur et la détresse psy et surtout Ellen Page qui révèle une maturité exceptionnelle pour son âge dans des situations dures qu'elle assume sans rechigner.

de Takashi Miike que ce soit dans l’inversion des rôles des prédateurs (celui qui est menacé n’est pas celui qu’on pense) ou la scène de torture (qui dure ici une bonne dizaine de minutes). Les deux films reposent par ailleurs sur les mêmes effets de gradation efficace et de poison doucereux : en simulant la neutralité pendant une longue exposition ; en se contentant d’enregistrer des faux sourires ou des regards concupiscents lourds de sens, le film entre progressivement dans le vif du sujet avant de faire très mal. La gente masculine sera certainement plus sensible aux scènes violentes parce qu’elle est la première concernée. Ça risque surtout de faire grincer des dents. Pendant tout ce temps, l’empathie du spectateur vacille : on ne sait pas très bien de quel côté se situer, ni même qui a raison ou a tort. Ce que l’on voit avant tout, ce sont des images douloureuses, des réparties cruelles et des souvenirs assassins qui anesthésient le cerveau ou remontent dangereusement à la surface. En filigrane, cette parabole sur les dangers des rencontres via Internet balance deux trois vérités qui font mal sur la solitude urbaine, le manque de communication, les ravages de l'imagination, la réalité derrière les fantasmes et la misère sexuelle.