La critique d'Excessif

0/5
harold_kumar_cinefr L'HISTOIRE : Après une première quête qui leur a valu une célébrité planétaire, Harold et Kumar se préparent à vivre la plus grande aventure de leur vie : ils vont aller à Amsterdam pour qu’Harold puisse conquérir l’élue de son cœur, Maria.
Hélas, comme souvent avec ces deux-là, les choses vont vite déraper et par un enchaînement de catastrophes dont ils ont le secret, ils vont se retrouver accusés de terrorisme et envoyés au camp de Guantanamo.
Ils n’auront de cesse de prouver leur innocence mais pour cela, il faudra s’évader. Ce ne sera pas la partie la plus compliquée étant donné la folle course-poursuite qui les attend ensuite. L’innocence a un prix et avec eux, ça va coûter cher en dégâts ...
Concevoir la suite d’un bon film schtarmbouze n’est définitivement pas chose aisée. A l’occasion de la sortie en DVD de Harold et Kumar chassent le burger, nous vous expliquions de façon tordue en quoi la comédie du réalisateur Danny Leiner pouvait être vue comme un film d’auteur (voir cet article). L’absence de Leiner sur cette suite suffirait donc à expliquer en quoi Harold et Kumar s’évadent de Guantanamo participe d’un tout autre projet. Et pour cause, les réalisateurs de cette séquelle ne sont rien moins que les scénaristes du film original, catapultés ici sur leur première expérience de direction.

HAROLD ET KUMAR S’EVADENT DE GUANTANAMO
Harold & Kumar Escape from Guantanamo Bay
Un film de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg
Avec Kal Penn, John Cho, Rob Corddry, Neil Patrick Harris
Durée : 1h40
Date de sortie : 16 juillet 2008

Dans l’avion qui doit les mener à Amsterdam, capitale mondiale de la weed, Harold et Kumar sont pris, respectivement, pour un terroriste nord-coréen et un taliban poseur de bombe. Aussitôt rapatriés et arrêtés par le FBI, ils sont envoyés au camp de détention de Guantanamo.

Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg s’étaient fait connaître dans le petit milieu de L.A. en intervenant en dernière minute sur la production du très bordélique Scary Movie 3. Mais leur apport au petit monde de la comédie filmique reposait en quelque sorte sur un accident de parcours. En effet, Hurwitz s’était au départ lancé dans une carrière de banquier, et Schlossberg dans une carrière d’avocat. Ces anciens potes du lycée Randolph High, « stoners » accomplis, étaient en fait la future incarnation des personnages de Goldstein et de Rosenberg (référence abusive aux Rosencrantz et Guildenstern de Shakespeare) que l’on trouve en seconds rôles dans les aventures d’Harold et Kumar. Hurwitz et Schlossberg s’étaient taillé une petite réputation auprès de leurs camarades lycéens, en tant qu’auteurs récurrents de questions socratiques manifestement enfumées telles que « Préfèrerais-tu être violé par un androïde ou par un Muppet ? ». Arrivés dans la vie active, ils tombèrent par hasard sur un livre intitulé « Préfèreriez-vous », et qui utilisait leur propre concept à coups de « Préfèreriez-vous avoir des queues de billard à la place des seins ou perdre vos droits d’électeur ? ». Ce fut pour eux une sorte de révélation, découvrant là que leurs trips d’attardés mentaux de fins de soirée à la weed pouvaient se transformer en matière exploitable dans le petit monde du show business. C’est ainsi que leur premier script, Filthy (dont deux des personnages secondaires étaient un coréen et un indien) fut vendu mais jamais tourné, lançant néanmoins leur carrière vers le petit monde d’Harold et Kumar.

A quelques très rares exceptions près (Beavis et Butthead se font l’Amérique, Half Baked), le genre ultra-spécifique de la « stoner road trip comedy » se contente de livrer des films totalement pas drôles aux yeux du spectateur non-stone. Et avec ses 18 pauvres millions de dollars récoltés en salle, Harold et Kumar chassent le burger fit les frais de cette mauvaise réputation du genre. Il lui fallut du temps pour que stoners et amateurs de schtarmbouzerie viennent à le découvrir et pour que le film engrange quelques 60 millions de pépètes dans les video-clubs (et trois ans avant qu’il ne débarque en France). Reste à savoir ce qui a réellement assuré au film son petit statut culte inattendu : le charisme drolatique de ses interprètes Kal Penn et John Cho ? L’univers particulier du réalisateur Danny Leiner ? L’humour de stoner des scénaristes ? Ou bien encore la façon qu’avait le film de taper avec une égale vigueur sur tous les stéréotypes ethniques ?


Comme on l’a vu plus haut, Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg n’ont jamais été vraiment convaincus par l’universalisme de leur humour de stoner lycéen. Et c’est donc la dernière proposition, celle du jeu autour du stéréotype ethnique, qui à leurs yeux pouvait expliquer le succès du premier film. Du coup, Harold et Kumar s’évadent de Guantanamo se fait un devoir d’appuyer avec systématisme sur ce bouton, grandement aidé par l’atmosphère de déliquescence intra-communautaire qui s’est emparée des USA ces sept dernières années.

On savait que le film serait d’emblée perçu comme politique étant donné son sujet, révèlent les auteurs-réalisateurs, alors on a tenté de le rendre aussi apolitique que possible, avec des gags à base de crotte et de torchage de cul avec la Constitution. Car si le film était perçu comme une satire politique, les fans nous auraient haï pour ça.” Une déclaration pleine de bon sens, mais qui ne reconnaît pas que le film, en l’état, pêche régulièrement par un trop plein tout de même « politisé ». Certes, Harold et Kumar s’évadent de Guantanamo n’est pas un tract démocrate, mais il tente régulièrement de démonter les stéréotypes là où le premier film se jetait dedans à pieds joints jusqu’à les faire imploser. S’ensuit inévitablement une impression de suite donneuse de leçons, qui cadre mal avec la saine débilité revendiquée. A ce titre, le personnage d’agent du gouvernement ultra-raciste interprété par Rob Corddry (excellent acteur au demeurant) devient assez lourd dans la pesante démonstration de sa bêtise. Idem pour la scène avec George Bush, dont le portrait n’est pas forcément éloigné de la réalité, mais qui ne fonctionne pas des masses tant elle essaie de ménager le choux et la chèvre alors qu’on aurait espéré de l’agressivité, de la mauvaise foi, bref de la déconnade franche du collier. Ainsi, l’aspect « communauté » est probablement ce qui fonctionne le moins dans cet opus. A quoi il faut rajouter quelques tentatives maladroites de raccrocher les wagons avec le premier film. Ainsi, le paquet de weed géant, héros de la meilleure scène du premier film, fait ici son retour pour… la pire scène de cette suite !


Le constat pourrait s’avérer amer, mais bienheureusement Harold et Kumar s’évadent de Guantanamo se rattrape in-extremis par un recours systématique à la blague de cul interdite aux plus de douze ans. Dès qu’il s’agit d’évoquer les « sandwichs à la bite », de mettre en scène une « bottomless party », de se foutre de la tronche des nerds ou des emos, le film retrouve la candeur de son modèle. Et c’est avec les interventions de l’impayable Neil Patrick Harris, à mi-chemin entre un Bukowski réchappé d’un cauchemar de Rob Zombie et un Kerouac adepte du champignon, que le film trouve ses meilleurs instants.

Quoi qu’il en soit, tout amateur de schtarmbouzerie se dirigera naturellement vers ce film, en ayant peu de considération pour les avis critiques, qui s’accommodent mal le plus souvent de ce genre d’oeuvres. En vérité, le seul but de cet article était avant tout d’accoler le titre « Harold et Kumar » aux noms de Shakespeare, Socrate, Bukowski et Kerouac, histoire d’affoler les moteurs de recherche et d’amener sur cette page des gens qui n’ont rien à y faire.

Rafik Djoumi







Mag : plus d'actu sur Harold et Kumar s'évadent de Guantanamo

  • harold_kumar_2_haut
    Général news
    Harold Et Kumar 2 : Le Teaser !18 août 2007 - 9 commentaires

    Ils sont de retouuur ! Après avoir pourchassé le burger dans Harold et Kumar goes to White Castle (Harold et Kumar chassent le burger en français), le duo se reforme pour se rendre à Amsterdam. Le ...

Le verdict des internautes

Total des votes : 7

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

Les meilleures critiques

logAudience