L'HISTOIRE : Harry Potter et le prince de Sang-Mêlé débute là où L'Ordre du Phénix se terminait. A présent que le retour de Voldemort est officiellement révélé au monde de la Magie, les sbires du Seigneur des Ténèbres agissent sans plus se cacher. Dumbledore tente de protéger son école et ses élèves des forces du Mal et demande l'aide de Harry dans son ultime combat contre Voldemort. Le jeune sorcier aura de nouveau un rôle crucial, notamment auprès du professeur Slughorn, vieil enseignant qui a réintégré l'équipe de Poudlard...
Le spectateur reste frustré de ne recenser que bien peu d’actions dans ce tourbillon de magie
Nouvelle cuvée Harry Potter avec ce Prince de Sang-Mêlé et David Yates à la barre, réalisateur assez prometteur de L’Ordre du Phénix. Deux ans d’attente et une semi-déception. Ce sixième film a beau confirmer bien des qualités du réalisateur, le spectateur risque de rester sur sa faim. D’autant qu’il s’agit de l’adaptation d’un tome vraiment sombre et riche en découvertes et péripéties cruciales.
Rappelons que l’ouvrage de J.K. Rowling s’étend sur plus de 700 pages et que David Yates, avec l’aide de Steve Kloves, a tenté d’adapter l’histoire sur 2h30. La durée d’un film par rapport à la densité diégétique des livres est le principal casse-tête de cette saga. Et autant dire que le Prince de Sang-Mêlé n’y échappe pas.
Entre les découvertes sur Voldemort, le lien entre Harry et Dumbledore, la mystérieuse mission de Drago Malfoy, l’engagement de Rogue, l’identité du Prince de Sang-Mêlé et les intrigues amoureuses, le scénariste a dû jongler. C’est ici que le bât blesse puisqu’aucun de ces fils conducteurs n’aboutit pleinement et on peut être frustré de voir des partitions de très bons acteurs considérablement réduites.

Le scénario tend louablement à privilégier l’humanité des personnages, leurs amours, faiblesses ou hypocrisie, tendance que la mise en scène ne flatte pas toujours. Ce peut être par des difficultés à raconter l’adolescence (filmer des personnes riant n’a jamais été très bon signe) ou par de simples lourdeurs musicales récurrentes. Au-delà de cette attention aux personnages, il est sans doute regrettable d’avoir si peu développé le mystère de Voldemort, par le biais de ses souvenirs. C’est un des aspects essentiels des livres qui permet à la figure du méchant de prendre de la profondeur, aspect amorcé ici mais inabouti.
Ainsi, après 2h30 passées dans le monde de la sorcellerie et alors qu’on s’apprête à aborder l’adaptation du septième et ultime tome, le spectateur sera un peu frustré de ne recenser que bien peu d’actions dans ce tourbillon de magie.

Si l’on s’attarde sur cette petite déception, il faut absolument reconnaître les qualités du film, esthétiques mais aussi scénaristiques. C’est une excellente incursion dans le monde non magique des « Moldus » qui montre la puissance sidérante de Voldemort (sans que celui-ci soit une seule fois à l’écran). Ce sont ces quelques scènes inventées par Kloves et Yates qui s’imbriquent parfaitement dans le reste des scènes offertes par Rowling et qui seront autant de bonnes surprises pour les lecteurs ; signe d’une aisance créatrice dépassant l’adaptation illustratrice (dont Chris Colombus nous donna un triste exemple). Nous avons également droit à quelques effets spéciaux bien spectaculaires à défaut de grand combat et le spectateur devrait savourer le retour du Quidditch, avec des matchs soignés.
Le réalisateur confirme son habileté à construire le monde de Harry Potter, notamment en collaboration avec le chef décorateur Stuart Craig. On savoure particulièrement le passage dans la boutique de Farces pour Sorciers Facétieux et le superbe capharnaüm de la Salle sur Demande. Yates nous fait retrouver l’ambiance toute « Potterienne » qu’il mettait déjà en place dans le cinquième film. Il parvient à capter l’esprit de cet univers dans lequel la magie est avant tout une force difficile à gérer pour chacun, un monde où l’humour est très présent, où les héros n’ont pas qu’une seule facette et se définissent par leurs choix. L’ensemble est parfaitement soutenu par de jeunes acteurs qui s’améliorent toujours, et d’excellents anciens de Sir Michael Gambon à Helena Bonham Carter en passant par Jim Broadbent.

Malgré ses qualités de mise en scène et de casting, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé n’est pas épargné par les difficultés d’adaptation liées à des tomes de 700 pages. La saga cinématographique ne parvient toujours pas à faire oublier qu’elle est tirée de livres. On retrouve tout de même ces personnages et le monde de la magie avec grand plaisir, grâce au talent de David Yates et de son équipe.
A l'occasion de la sortie de Harry Potter et les reliques de la mort - Partie 1, il est temps de retourner en arrière, pour examiner ce qui a fait le succès de cette saga cinématographique, qui aura ensorcelé beaucoup de monde, petits et grands.