L'HISTOIRE : Après une trêve antique existant entre l'humanité et le monde invisible, l'enfer sur Terre approche. Un chef terrifiant régnant sur le monde souterrain lève une armée de créatures invincibles. Maintenant, il appartient au héros le plus dur et le plus grossier de la planète de lutter contre ce dictateur impitoyable et ses maraudeurs. Il est peut-être rouge. Il est peut-être cornu. Il est peut-être mal compris. Mais quand vous en avez besoin , vous pouvez toujours appeler Hellboy ! Avec son équipe du Bureau pour la Recherche et le développement Paranormal - sa petite amie pyrokinesiste Liz, Abe l'amphibien et un nouveau venu nommé Johann (ayant une bulle de verre remplie de gaz au sommet de son crâne)- Hellboy livrera une nouvelle bataille sans merci entre les deux mondes ...
Rien de parcimonieux dans Hellboy 2 les légions d'or maudites (mais pourquoi diable avoir rajouté ce « maudites » ?). Del Toro l’avait promis : cet opus sera infiniment plus généreux que son prédécesseur et, malgré ses contraintes budgétaires, il s’y est tenu. Le mexicain n’est pas du genre à vous accueillir avec un sandwich au jambon-beurre, et dès sa séquence de pré-générique, c’est la table des grandes noces qui vous est dressée : une armée de marionnettes recrée sous nos yeux la légende des Légions d’or, tandis qu’un Hellboy pré-pubère (incarné par Montse Ribe, la maquilleuse en chef du studio DDT et créatrice de fées pour Del Toro) s’abreuve de la magie de ce récit et de son lien filial avec le Pr Broom. On serait déjà tenté de voir là une sorte de version upgradée de l’ouverture du Dracula de Coppola (qui, elle aussi, utilisait des armées de marionnettes d’ailleurs). D’emblée, le désir de raconter, le désir de spectacle du cinéaste, interpelle le spectateur étourdi qui serait venu voir un film de super-héros avec 1h15 de dialogues filmés au filtre bleu. Car ici, aucune des séquences dialoguées (absolument aucune) ne se repose avec flemme sur les seules paroles des comédiens. Del Toro y injecte systématiquement un élément scénique (un objet que l’on s’échange, une chorégraphie particulière) qui devient le moteur de la scène et son sens plein.
Considérant que les personnages ont déjà été présentés, Del Toro nous plonge au cœur de leur quotidien, dans les locaux du BPRD, avec une emphase comique qui risque de surprendre ceux qui connaissent mal le comic-book de Mike Mignola. Avec ses sous-sols bondiens, ses agents en costards cravates qui tentent de maîtriser des monstres hyperactifs en arrière-plan, ces scènes du BPRD ne manqueront pas d’évoquer les Men in Black (qui, rappelons-le, nous viennent aussi d’un comic-book), ce qui est en partie assumé puisque Del Toro porte depuis longtemps un projet dans cette mouvance. Mais à y regarder de plus près, le style chorégraphique qui préside à ces scènes de comédie a bien plus à voir avec celui de Monkey Punch, créateur japonais de la série des Edgar de la cambriole (Lupin III). C’est d’ailleurs loin d’être la seule évocation d’extrême orient qui parcourt ce film sous influence. Car le McGuffin de l’histoire (une couronne mythique divisée en trois morceaux) évoquera forcément à certains la triforce de La Légende de Zelda. D’autres reconnaîtront dans les gigantesques galeries qui mènent aux légions d’or des visions dignes d’un Final Fantasy. La séquence qui conclue le combat époustouflant contre le gigantesque Elemental (une divinité sylvestre) semble tout droit sortie du climax de Princesse Mononoke. Et bien sûr, la grâce martiale du « méchant » de l’histoire, le Prince des elfes Nuada, et la beauté fulgurante de ses deux combats à l’épée contre Hellboy, nous renvoient illico aux plus belles heures du Cinéma de Hong Kong, à l’époque où Wong Fei Hung ou le Iron Monkey étaient encore filmés par des metteurs en scène soucieux de chorégraphie et de lisibilité.
Contentons-nous de souligner que ce foisonnement d’érudition, d’imaginaire, de soin chorégraphique (désolé, on se répète, mais les chorégraphies de ce film sont vraiment stupéfiantes, dans les scènes d’action comme dans les scènes intimistes !) bref tout ce qui constitue la magnificence visuelle et thématique du film, est entièrement dirigée vers un point focal, qui est celui des « freaks » qui composent l’unité d’élite du BPRD. L’histoire du Prince Nuada et de la trêve brisée entre les elfes, les trolls et les humains contente, certes, notre goût fantasticophile ; mais elle demeure un écrin de l’histoire que Del Toro charpente dans cette saga. Et le cinéaste, qui est aussi le scénariste, n’hésite pas à reléguer les légions d’or au second plan, quitte à déséquilibrer sa structure, pour prendre le temps d’entrer dans le cœur de son histoire, c’est-à-dire dans le cœur de ses héros (Hellboy, Liz, Abe et le nouveau venu Johann Krauss). C’est dans leurs moments de « pause » que le spectacle intensément foisonnant devient une œuvre vibrante. Au détour d’une magnifique scène de beuverie entre Abe et Hellboy, à l’occasion d’une baston hilarante entre Johann et Hellboy, toute la thématique féerique du film se recompose autour de l’humanité, complexe, dérisoire et attachante, qu’incarnent ces mutants rejetés par notre monde (thématique qui d’ailleurs se dédouble dans les multiples extraits des classiques noir et blanc d’Universal qui passent en arrière-plan).
Sans ces scènes intimistes, Hellboy 2 les légions d’or maudites ne serait « qu’un » film spectaculaire et visuellement splendide. Mais ces séquences lui permettent alors d’intégrer le club de plus en plus fermé des films qui proposent au fond l’idée la plus complète du Cinéma, à dix mille lieues de l’étroitesse d’esprit, de forme et d’ambition qui gangrène un pan gigantesque du cinéma populaire contemporain. Ainsi, pour conclure sur la triste note qui ouvrait cet avis à chaud, nous dirons sans hésitation que Hellboy 2 les légions d'or maudites est le SEUL blockbuster estival de cette année (avec Wall-E) qui mérite impérativement d’être vu sur écran géant. 








































































Guillermo Del Toro fait les films qu'il veut. Cette déclaration peut paraître absurde, au pays du " film d'auteur " tout puissant. Et pourtant...