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Here

La critique d'Excessif

3/5
here135 L'HISTOIRE : Here suit le parcours de He Zhiyuan, un homme d'âge mûr qui se bat pour donner un sens à ce qu'il vit. Choqué par la mort brutale de sa femme, il perd la parole et est interné à Island Hospital. Alors qu'il tente de s'y adapter, il est sélectionné pour un traitement expérimental qui l'oblige à affronter la vérité dévastatrice qui sous-tend son passé, son présent et son avenir.
Pendant ce temps, un cinéaste se rend à Island Hospital pour réaliser un documentaire sur la vie des patients et de l'équipe soignante.
HERE est une très belle surprise

La quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes constitue une sélection parallèle toujours très riche et qui a le mérite de se renouveler chaque année. Pour le cru 2009, on découvre la première réalisation du jeune Singapourien Ho Tzu Nyen. D'une maîtrise technique et formelle remarquable, HERE s'impose comme une œuvre cinématographique riche et profonde qui pourrait bien décrocher un prix cette année. Jouant sur de nombreuses strates qui constituent le tissu filmique, HERE devient un matériau protéiforme et abyssal, prenant comme décor un asile psychiatrique. Ce lieu hautement symbolique va devenir le théâtre d'expérimentations thérapeutiques utilisant l'intervention de la vidéo comme procédé curatif face aux maux de l'esprit. Un scénario alléchant qui propose une expérience inhabituelle sur l'internement et sur le rôle de l'art comme catalyseur à la déviance de l'esprit humain.



 

A contrario d'une majorité de longs-métrages qui s'ingénient à forcer les traits des protagonistes censés être "dérangés", le réalisateur Ho Tzu Nyen les filme comme des individus quelconques. Cette forme d'humanisation suit pourtant un rythme bien différent de celui qui régit la vie en dehors des murs de l'hôpital. Atone, la représentation des "fous" est cadencée avec lenteur, comme si le temps à l'intérieur de l'enceinte psychiatrique était conditionné par l'imaginaire des patients et plus particulièrement de la perception du personnage principal He Zhiyuan. La structure du film elle-même est particulière, déclinant de nombreuses séquences qui semblent en apparence se répéter, mais qui sont sensiblement différentes les unes des autres. Cette répétition des différences symbolise autant d'espaces physiques renvoyant au travail de remémoration de He Zhiyuan. Il cherche à comprendre les raisons de son internement qui sont enfouies au plus profond de sa mémoire. À chaque réminiscence, les souvenirs refont surface, mais jamais à l'identique, à l'image de la mort brutale de sa femme qu'il semble avoir étranglée sans raison apparente.

Le réalisateur Ho Tzu Nyen travaille la forme du film, jouant sur la construction et la déconstruction des séquences de remémoration, auquel s'ajoute une mise en scène de l'espace sonore surprenante. Comme He Zhiyuan a perdu l'usage de la parole, il ne s'exprime plus qu'en rédigeant ses phrases sur un carnet qu'il ne quitte jamais. L'univers sonore va donc prendre une place prépondérante dans le film, traduisant la manière singulière dont He Zhiyuan perçoit le monde. Littéralement, le son va prendre vie et s'affranchir de l'image et des événements qui s'y déroulent, le réalisateur jouant sur les hautes et basses fréquences. Ainsi d'une simple fissure qui lézarde un mur naissent des sonorités graves et assourdissantes, faisant penser à la construction de l'espace sonore des films de Lynch. Une étrangeté soudaine s'empare alors de l'ouïe du spectateur comme si la présence du son était palpable, presque organique.

 

Ho Tzu Nyen multiplie les points de vue et les formats d'image en faisant intervenir la présence d'un cinéaste qui réalise un documentaire sur l'hôpital. Même si elle est loin d'être nouvelle, l'idée d'un film dans le film va contribuer à la notion de "vidéo cure" comme moyen pour les patients de comprendre des événements en les revivant puis en les regardant. Une mise en abyme subtile qui permet d'enrichir la grammaire visuelle grâce à l'intervention de différents formats et textures d'image, renvoyant aux précédentes oeuvres expérimentales du réalisateur Ho Tzu Nyen. In fine, HERE est une très belle surprise s'inscrivant dans la catégorie des films recélant de nombreux éléments qui prennent un nouveau sens bien après le générique de fin.

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Les notes des internautes

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