Inspiré d’un célèbre jeu vidéo,
Hitman représente le premier film hollywoodien de Xavier Gens en attendant la sortie de son survival
Frontières. Les différentes attentes étaient donc légitimes : découvrir le long-métrage d’un jeune réalisateur français très intéressant aux commandes d’une adaptation vidéoludique dans un contexte bienveillant où la production audiovisuelle semble enfin prendre plus en considération les œuvres ludiques (comme l'atteste l’exemple de
Silent Hill). L’autre pari est aussi du côté de
EuropaCorp, le studio est en effet en co-production avec
20th Century Fox pour un budget assez important (on parle de 20 millions de dollars) avec en filigrane l’envie de proposer une création franco-américaine ambitieuse et efficace.
Qu’en est-il finalement ? Le pari convainc sur certains points et le film s’avère plaisant à regarder mais il faudra vraisemblablement un autre métrage pour se faire une idée du talent certain du réalisateur.
HITMANUn film de Xavier Gens
Avec Timothy Olyphant, Dougray Scott, Olga Kurylenko, Robert Knepper...
Durée : 1h32
Date de sortie : 26 Décembre 2007Il est le plus insaisissable et le plus mystérieux des tueurs professionnels. Connu sous le nom d’Agent 47, son identité se résume à un code-barres tatoué sur sa nuque. Méthodique et perfectionniste, l’Agent 47 ne laisse rien au hasard et ne rate jamais sa cible. Après chacun de ses contrats, il disparaît comme un fantôme jusqu’à sa prochaine mission. L’Agent 47 n’avait jamais été en danger, jusqu’à ce que Belicoff, le candidat aux élections russes, lui tende ce piège machiavélique. l’Agent 47 n’avait jamais rien éprouvé, jusqu’à sa rencontre avec la sublime Nika. Cette fois, c’est lui qui est visé. Entre Interpol, les services secrets russes et les tueurs de sa propre agence lancés à sa poursuite, l’Agent 47 va devoir se battre comme jamais, pour percer le secret de son passé et survivre…Chronologiquement
Hitman est le second long-métrage de Xavier Gens mais les hasards de la distribution font que son premier long, Frontières, ne sortira qu’en janvier 2008.
Hitman est donc la dernière adaptation en date sur grand écran d’un jeu vidéo à succès. L’exercice se révèle étrangement souvent périlleux, en témoigne les exemples de
Resident Evil ou
House of the Dead, étrangement car en définitive il suffirait de récupérer l’essence même d’une œuvre vidéoludique, de savoir en trahir suffisamment la matière pour lui donner une amplitude nouvelle purement cinématographique (à l'instar de l'adaptation de
Blade Runner). L’Agent 47 (Timothy Olyphant) est un homme dépourvu de sentiments, un tueur rigoureux et insaisissable, l’arme ultime, ne posant pas de questions, exécutant chacun de ses contrats sans barrière morale, jusqu’au jour où, trahi par les siens, il croise le chemin de Nika (Olga Kurylenko) qui va bouleverser son destin et réveiller des zones en lui-même qui lui étaient inconnues comme la compassion et l’attachement à l’autre.

Si la base scénaristique pourra faire penser à certains d’entre vous à la saga des Jason Bourne, c’est plutôt vers le film de série B US que le métrage s’oriente. Il en respecte ainsi ses codes qui sont la violence sanglante, la sensualité féminine trouble (incarnée à merveille par la sublime Olga Kurylenko) et des personnages masculins relativement manichéens. La force principale du métrage réside justement dans cette volonté de ne pas prétendre à plus qu’un divertissement jouissif à voir entre potes. Chaque séquence d’action semble avoir été pensée dans l’optique d’un jeu avec chacune des possibilités mises-à-disposition au réalisateur, la visite chez le marchand d’armes est parfaitement révélatrice de toute la puissance ludique proposée par le film mais aussi de ses limites.
Timothy Olyphant incarne un Agent 47 bien pensé ; l’acteur est ainsi apte à passer d’un visage fermé exécutant toutes les basses besognes avec l’efficacité qui le caractérise, à un visage naïf et désemparé dès lors qu’il se retrouve au contact d’une créature du sexe opposé. Sa rencontre avec la splendide Nika est une invention judicieuse du film. Parce que le sex-appeal de Olga Kurylenko (déjà fascinante dans L’Annulaire) se montrera ravageur chez tout spectateur mâle de la salle obscure, mais aussi pour l’insolite duo qu’elle formera de force avec Mr Hitman. Si 47 prend la vie en parfait émissaire de Thanatos, Nika équilibre le couple de fortune par sa rayonnante envie de vivre. Sacrifiée par le candidat à la présidence russe, Belicoff, bad guy notoire qui n’hésite pas à s’octroyer toutes les jolies filles de l’Est pour son bon plaisir, elle va partager le même ennemi que 47 et réveiller l’humanité enfouie de notre discret agent. L’humanisation de cet être froid au contact d’une créature blessée donne lieu à quelques-unes des belles séquences du film.

Du jeu vidéo le film récupère aussi certains plans comme cette vue à la 3ème personne de dos en légère plongée appartenant directement au jeu initial. On retrouve aussi plusieurs postures iconiques fortes issues de l’œuvre originale, sans oublier le goût pour la furtivité et le déguisement. Ceci dit, le film n’hésite pas très souvent à recourir à la manière forte avec moultes explosions et combats violents à mains nues. Dans l’ensemble, le film d’action se révèle assez efficace grâce à une utilisation ingénieuse de son budget, mais des limites se font sentir et c’est bien dommage. Le métrage n’atteint ainsi pas l’apogée dantesque que nous aurions souhaité dans les confrontations armées, peut-être en raison des limites budgétaires ? On regrette particulièrement que le climax dans une église soit autant dépourvu de plans larges par exemple. En outre, l’histoire apparaît un peu embrouillée malgré un synopsis pourtant simple et concis. Mais ce que nous allons regretter par-dessus tout, malgré les acteurs à gueule présents (de Dougray Scott à Robert Knepper), c’est l’absence d’un caractère suffisamment fort face à l’Agent 47. Que l’on prenne
Blade 2 ou le récent
Chrysalis, il y a toujours une némésis pouvant contre-balancer à tout moment la volonté du héros, ce qui donne tout le sel à l’œuvre de série B actuelle. On n’a jamais spécialement peur pour 47 suffisamment fort pour se sortir de chaque situation imprévisible à laquelle il est confronté. On pourrait comparer le voyage à un jeu en mode "god" (invincibilité) ce qui a un peu tendance à nous éloigner affectivement du personnage principal là où on aurait tant aimé le voir douter.
En définitive, quoiqu’en diront les mauvaises langues, il n’y a pas ratage intégral dans l’entreprise
Hitman qui fait preuve d’une jolie composition de cadres accompagnée d’une réelle envie de partager une aventure explosive et sensuelle avec les spectateurs. On en regrette d’autant plus plusieurs errances scénaristiques et des séquences d’action parfois un peu trop minimalistes vu l’ambition du projet. Du point de vue de l’adaptation vidéoludique, on se place dans la bonne moyenne actuelle avec une œuvre frontale, directe qui a l’intelligence et l’honnêteté de proposer un spectacle masculin fun et pas prise de tête doté d’une esthétique prometteuse. Pour une deuxième œuvre, il y a déjà beaucoup de qualités et nous espérons maintenant l’éclosion d’un authentique projet de Xavier Gens, libéré des contraintes de l’œuvre de commande afin de voir la chrysalide devenir un papillon.
Hitman ne révolutionne aucunement notre vision du cinéma d’action mais propose un film simplement jouissif pour tout amateur bienveillant de cinéma bis et de jeu vidéo.
NOTE DU REDACTEUR (VINCENT MARTINI):
6/10MOYENNE DE LA REDACTION:
1/10