Les palaces de la côte d’Azur inspirent le cinéma français cette année.
Quatre étoiles de Christian Vincent s’était révélé agréable,
Hors de prix est extraordinaire. Depuis
Cible émouvante, en passant par
Les Apprentis, Pierre Salvadori avait déjà démontré son indéniable talent de metteur de scène de comédie. Avec Hors de prix, il atteint une nouvelle maturité et s’impose désormais comme l’un des grands cinéastes français de ces dernières années. Il mérite d’autant plus cette appellation de cinéaste qu’il utilise avec brio des techniques cinématographiques rarement présentes dans la comédie française, plus habituée à arborer des airs de téléfilm.
HORS DE PRIXUn film de Pierre Salvadori
Avec Gad Elmaleh, Audrey Tautou, Marie-Christine Adam, Vernon Dobtcheff, Jacques Spiesser, Annelise Hesme
Sortie le 13 décembre 2006
Jean (Gad Elmaleh), serveur timide d’un grand hôtel, passe pour un milliardaire aux yeux d’Irène(Audrey Tautou), une aventurière intéressée. Quand elle découvre qui il est réellement, elle part aussitôt à la recherche d’un autre homme capable de subvenir à ses besoins. Jean se lance à sa poursuite, prêt à tout lui offrir malgré son modeste compte bancaire.
Un parfum de comédie américaine à l’ancienne plane sur ce film. Pas étonnant donc, que son réalisateur ne cesse de citer Lubitsch ou Hawks. La comparaison n’a pas à intimider Pierre Salvadori qui nous livre une excellente comédie portée par un couple Elmaleh-Tautou lumineux. Le rythme est parfait, l’humour subtile et efficace. On est bien loin des comédies habituelles souvent synonymes de lourdeur et facilité. Ici, tout semble parfaitement maîtrisé. La mécanique scénaristique est redoutable. Sans laisser la place à la moindre longueur, elle sait néanmoins distiller une belle émotion aux moments appropriés. Comédie romantique oblige, certains pouvaient craindre des instants de sentimentalisme pesant. Heureusement,
Hors de prix ne tombe jamais dans ce piège, développant même un cruauté peu commune au genre mais tellement réjouissante. Même la scène où Irène se jette enfin par amour dans les bras de Jean part d’un sentiment de jalousie, peu mis en avant comme pulsion positive dans la comédie romantique classique. Des rebondissements aussi inattendus que jouissifs viennent pimenter une narration jamais paresseuse. Quant à la réalisation, elle est tout simplement brillante tout en restant assez discrète pour se mettre totalement au service de l’histoire. Le tout est élégamment éclairé par Gilles Henry, directeur de la photo fidèle à Salvadori depuis ses premiers court-métrages.

Mais là où on reconnaît tout le génie de Salvadori, c’est dans l’utilisation des ellipses sur lesquelles reposent la plupart des rires du spectateur. Il les revendique et sait parfaitement où les placer pour obtenir des effets comiques extrêmement fin et précis. Cette dynamique permet au film de ne jamais souffrir d’un quelconque manque de rythme. L’effet comique apparaissant en début de séquence oblige immédiatement le spectateur, par le rire, à s’investir dans la narration.
On comprend que Audrey Tautou ait tant insisté pour obtenir le rôle. Après une prestation correcte dans le Da Vinci code, elle nous offre enfin une nouvelle démonstration de son talent de comédienne. Au départ, on pouvait craindre que le rôle de Gad Elmaleh ne soit trop similaire à celui de Pignon, qu’il tenait dans
La Doublure. Heureusement, Salvadori et son brillant co-scénariste Benoît Graffin ont su faire évoluer le personnage, évoluant du (trop) gentil serveur à l’homme de compagnie apprenant les ficelles du « métier ». Et pour jouer ce personnage capable d’alterner timidité, fausse-aisance et séduction, le choix de Gad Elmaleh s’est révélé extrêmement judicieux vu son aisance à arborer d’innombrables expressions rappelant quelques grands acteurs du muet.
Bien-sûr il est juste de saluer les performances de Gad Elmaleh et d’Audrey Tautou mais il ne faut surtout pas oublier les formidables seconds-rôles. Marie-Christine Adam, dans le rôle de la femme fortunée qui s’achète la compagnie de Jean, est franchement incroyable. Elle parvient subtilement à nous faire ressentir toute la tristesse et la solitude qui habite cette femme.
Hors de prix sort le 13 décembre. Il aura donc fallu attendre le dernier de mois de l’année pour voir surgir ce petit bijou de comédie. Saluons la performance de Pierre Salvadori qui a su imposer son regard de metteur et de scénariste sur ce film alternant avec un dosage rarement égalé entre émotion et burlesque. Un grande leçon de scénario et de cinéma.