Quentin Tarantino Presents… Il va falloir se faire de plus en plus à ce type d'ouverture sur des films comme
Hostel et sa suite, qui témoignent d'un certain amour du cinéma populaire. Robert Rodriguez, c'était (et c'est toujours, d'ailleurs) le frère de péloche de Tarantino. Eli Roth s'impose incontestablement comme un filleul rebelle qui fait partie de ces rares jeunes réalisateurs à pouvoir faire de leurs œuvres des fourre-tout représentatifs de leurs propres goûts. Le premier
Hostel, sorti l'an passé, faisait maladroitement l'impasse sur ces incontestables bases en s'orientant vers un teen movie un peu graveleux et graphiquement provocateur dans sa dernière partie. Un divertissant film d'horreur reposant sur le voyeurisme.
Hostel 2, en reprenant quasiment la même trame que celle du premier épisode, s’impose comme le film qu'aurait fait tonton Quentin : ça furète de genres en genres. Résulte de cette mixture un film étrangement fascinant par ses partis pris aussi barrés qu'opposés, et un relief mille fois plus prononcé que le premier. Du coup, on préfère…
HOSTEL – PARTIE 2Un film de Eli Roth
Avec Lauren German, Roger Bart, Richard Burgi, Bijou Philipps, Heather Mattarazzo, Ruggero Deodato
Durée : 1h34
Date de sortie : 11 Juillet 2007Le road trip, c'est tendance chez les étudiantes américaines venues étudier l'art en Italie. En revanche, Beth, Whitney, et Lorna n'auraient jamais dû suivre aveuglément la gentille Axelle leur proposant une petite visite dans l'Auberge infernale. D'autant plus que de riches milliardaires s'affrontent déjà dans une vente aux enchères pour savoir lesquelles auront le droit de les égorger en toute impunité…Le pitch est certes le même que celui du film précédent, mais ce postulat ne nuit aucunement au récit, puisque l'intérêt d'
Hostel 2 repose sur une expérimentation cherchant à jouer avec les pions déjà mis en place par Roth et allant jusqu’à les parodier par moment. Un peu comme Raimi sur
Evil Dead et sa suite antipodique, il préfère s'appuyer sur l'univers fantasmagorique qu'il a déjà créé pour raconter les choses différemment : l'Europe est un vrai coupe-gorge, ses habitants des dangereux pouilleux, et les riches Golden Boy ne sont que des frustrés assoiffés de rage meurtrière. Pareil pour le clin d'œil légèrement poussif à
Pulp Fiction qui revient ici, comme les enfants sauvages qui jouent au football avec la première saloperie qui traîne – une scène hallucinante ! On s'y est fait : les bases sont donc les mêmes, aussi caricaturales soient-elles. Mais, là où
Hostel premier du nom ne se limitait qu'à un survivor sexy cherchant à émoustiller tout ce que le spectateur masculin peut assumer de primaire, cette
Part 2 s'essaye courageusement à la fois au prestige, à l'hommage, mais aussi au burlesque déconcertant. Trois mots qui ne sont donc pas sans nous rappeler la fameuse recette de qui vous savez.
En tout cas, il marche sur les plates-bandes de son pair, puisque si Quentin Tarantino pouvait avoir stocké quelque part dans les tréfonds de son commémoratif cerveau un retour au Giallo, il a de la concurrence. L'introduction, bien qu'inutile puisqu'elle est uniquement là pour faire le lien entre les deux épisodes, étant assez éloquente au même titre que ce plan (mais quel plan) où apparaît le premier chat noir du film.
Hostel 2 pioche certes un peu partout, et même dans les plus élémentaires règles des séries Z (dans une suite on en rajoute une couche et on annihile tout ce pour quoi le héros du premier a lutté), mais
Hostel 2 est essentiellement italien dans l'âme.
On pourrait simplifier cette orientation référentielle à la simple présence de Ruggero Deoato (Réalisateur de
Cannibal Holocaust), qui joue justement et furtivement ici un fin gourmet sur des jeunes proies encore agonisantes, mais Roth va bien plus loin que cela. Il abandonne d'une part tout ce que son film précédent avait d'américain, comme l'héroïsme inattendu et la violence primaire comme élément de terreur. Un film très masculin en soi, avec en plus des nanas à poil toutes les 5 minutes. Ici c'est tout le contraire, ne serait ce que son générique de début où l'on remplace des bruits d'instruments aiguisés dans le bonheur annonçant la douleur physique de
Hostel 1, par de silencieuses crémations d'éléments personnels (photos, porte clefs, passeports, bijoux) dans ce second opus. La vraie torture, sera plus psychologique et s'appuiera plus que jamais sur le mépris total de la personne en la réduisant au simple état de punching-ball, pour qui personne n'a la moindre pitié. Pire encore, derrière la mort de chaque victime et objet mis en vente, se cache carrément une industrie de métiers inattendue (rabatteuses, musiciens, hôtes, cuisiniers, maquilleuses, agents de sécurité) pérennisant à elle seule toute l'économie sociale de la région. La caricature moyenâgeuse européenne trouve alors un peu de sens, au-delà d'un certain folklore destiné à amuser.

Eli Roth laisse donc un peu tomber le film d'horreur de base pour s'essayer à quelque chose de plus tendancieux. Dans sa forme tout d'abord, qui rejoint effectivement le cinéma d'horreur italien dans ce qu'il avait de plus singulier et de courageux. Un film régulièrement théâtral, poussif, glacial (la punition avec le silencieux faisant froid dans le dos) et même ésotérique par moment comme cette séquence avec la lame de faux qui semble tout droit sortie d'un tableau gothique de la renaissance. En tout cas une entreprise admirablement féminine sans justement tomber dans le défilé de greluches maladroit que pouvait être l'opus précédent. La femme est ici mise en valeur sur différents degrés de charme et d'autorité. Et c'est sur ce même point que Roth arrive également à prolonger ses audaces dans ses idées. On nous fait clairement comprendre à plusieurs reprises que le film ne s'adresse pas aux quelques ados en rut que le premier épisode avait attirés. Les seules filles en tenue d'Eve déambuleront furtivement aux seconds plans et ce sont même carrément des nus frontaux masculins (parfois en gros plan, impensable dans une production américaine populaire) qui joncheront les moments clés de l'histoire. Car c'est également en ce point que le film adopte à nouveau un statut féminin. Et comme il est question de domination psychologique pour sa propre survie, Roth usera de son propos castrateur au-delà de ses limites. Celui qui gagne, n'est donc pas le plus courageux, le plus intelligent, ou le plus fort… mais le plus vicelard.

Deux personnages résumeront le film sur cette idée que la mort ne reste qu'un business de plus entre chiens hargneux – d'où le tatouage du Saint Hubert imposé aux membres du club. En ce qui concerne Eli Roth, qui signe avec son troisième film son meilleur exercice, c'est un marché conclu immédiatement.
Arnaud Mangin
EN PLUS... Ceux qui connaissent le cinéma de Todd Solondz seront ravis de retrouver Heather Matarazzo, l'ado bigleuse de
Bienvenue dans l'âge ingrat, à l'époque pas assez sexy pour figurer dans n'importe quel
teenage movie tendance. Inspiré, Eli Roth lui donne l'occasion de se venger dans
Hostel 2 où elle incarne l'une des demoiselles prise au piège de l'hôtel slovaque. L'actrice, seulement âgée d'une vingtaine d'années, s'illustre notamment dans l'une des scènes les plus ahurissantes (dont nous ne vous dévoilerons point le secret). Entre temps, ses fans ont pu la revoir dans
Saved, de Brian Dannelly et la série
L Word.
RLV
Atention, âmes sensibles s'abstenir !)
HOSTEL