L'HISTOIRE : Une longue journée à la fin de l'été, quatre membres d'une famille paysanne du sud du Chili ont du mal à s'adapter au monde toujours changeant qui les entoure. Un monde où un jeu vidéo ou une nouvelle robe peuvent être aussi précieux qu'un litre de lait ou un verre de vin. Un monde nouveau, globalisé où les frontières entre tradition et modernité s‟effacent et où les valeurs se transforment rapidement. Une distance documentaire qui sied à merveille à la description détaillée de ce quotidien paysan
Présenté en sélection officielle à la Semaine de la Critique, Huacho, en tant que premier film, concourt également pour la Caméra d'Or. Il est l'oeuvre d'un cinéaste chilien qui après trois courts-métrages, franchit le pas du grand écran. Selon ses traductions, Huacho signifie sillon du labour, orphelin ou guerrier. Trois termes aussi disparates que symboliques qui façonnent l'aura d'un long-métrage plein de pudeur et débordant d'humanité, mais dont la sécheresse formelle laissera beaucoup de spectateurs sur le bord de cette destinée quotidienne. Dommage, les intentions sont là.
Dès les premiers surcadrages baignant dans une lumière naturaliste, on sent Alejandro Fernández Almendras très à l'aise avec son sujet, imposant au regard une distance documentaire qui sied à merveille à la description détaillée de ce quotidien paysan. Pourtant maîtrisée de bout en bout, l'aridité du point de vue adopté par le cinéaste empêchera nombre de spectateurs d'éprouver une empathie soutenue pour ces quatre protagonistes qui semblent jouer leurs propres rôles. Le cinéaste délivre son propos avec une austérité accomplie, suivant ces héros du quotidien avec un objectif témoin tremblant à chaque gros plan. L'émotion est absente même si l'ennui ne gagne jamais.
Pourtant, Alejandro Fernández Almendras se garde bien de tout pathos, se voyant plus comme le gardien d'une immédiateté ultra-réaliste à saisir que le garant de bons sentiments à fleur de peau. On ne peut pas lui reprocher mais Huacho a bien du mal à creuser au-delà de son symbolisme intimiste lié à une dimension universelle ou de ses conflits générationnels. Plutôt que d'être les témoins de cette vie rurale vouée à disparaître, sinon à s'aplanir, on aurait préféré la ressentir, quitte à se sentir mal à l'aise.