Bien malin sera celui qui pourra transcender le cinéma d'action des années 2000, le genre étant passé entre toutes les formes possibles. Entre la brutalité crue et saignante des années 80 - faisant d'ailleurs un chouette retour en force depuis quelques temps - et le lyrisme aérien façon années 90, l'impression d'avoir visité le genre de A à Z sans le moindre intermédiaire dans ce supposé petit guide de l'
actioner parfait persiste aujourd'hui lourdement. Pour se démarquer, les réalisateurs de
Hyper Tension ont emprunté un chemin plus vicelard en maquillant en faux produit hollywoodien un champignon hallucinogène sur pellicule se permettant de franchir à chaque seconde un échelon d'improbabilité supplémentaire. Plus courageux encore, ce qui ne devrait être qu'une sorte de règle établie pour ce type de film, à savoir le rythme, l'accélération, la précipitation et les surenchères en tout genres, n'est rien d'autre que l'intrigue principale elle-même.
Hyper Tension (
CRANK)
Un film de Mark Neveldine et Brian Taylor
Avec Jason Statham, Amy Smart, Jose Pablo Cantillo, Efren Ramirez
Durée : 1h28
Sortie le 14 mars 2007Chev Chelios est une bombe à retardement ! Drogué avec un poison le condamnant dans les prochaines minutes après son réveil, il se rendra vite compte que seule sa propre adrénaline peut ralentir ce vaccin fatal. Sans la moindre alternative, la solution est simple : y aller vite, fort, franchement, avec rage, et s'exciter par tous les moyens jusqu'à mettre la main sur l'antidote...Gare à ne pas se fier à un pitch post-
Speed, qui sur le papier et le bureau d'une major calibrerait un
Marche ou crève simili haletant reposant sur l'intelligentsia patriotique, puisque
Hyper Tension choisit le chemin opposé en prônant l'instinct de survie sous forme de dégénérescence extrême. Pas question de se bourrer le mou inutilement pour entrer de plein pied dans cette folie presque intégralement en grand angle, Jason Statham encore énergisé par ses missions de
Transporteur (qu'on défend toujours autant, et oui) étant utilisé ici comme détonateur d'une baraque ne s'encombrant même plus de prétexte pour tout faire péter. Sans cesse illustré par des allusions aussi tordues les unes que les autres – son propre cœur comparé à un moteur de caisse fumante – et dopé par des excès de sécrétions surrénales elles-mêmes autorisées par un peu tout et n'importe quoi (on bande comme un barreau de chaise, on bouscule les vieux en pleine rééducation, on coupe des mains, on explose les perruches de mémé…), tout est mis en œuvre pour dévoiler la face la plus bourrine du bonhomme. Et le voir assis à l'arrière d'un taxi pour mettre des coups de boule dans le fauteuil du chauffeur n'est que le début d'une autodérision lourdement engagée.

Si l'on excepte la monumentale séquence de Chinatown dont on vous épargnera ici les tenants et aboutissants (ça se découvre et ça se savoure) mais qui restera sans nulle doute dans les anales des bizarreries vues sur un écran, sans mauvais jeu de mot,
Hyper Tension se retiendra essentiellement pour sa dédramatisation presque militante de la façon dont le cinéma de divertissement est traité aujourd'hui. Comme crachant sur chacun de ses plans un "
Mais merde, apprenez à vous amuser !" aux visages de machines trop bien huilées pour être honnêtes. Et puisqu'elles sont huilées,
Hyper Tension y pénètre sans difficulté pour bousculer à sa façon certaines règles établies, avec plus ou moins de finesse, mais revendiquant de toute façon sa volonté de sortir des carcans. Parce qu'il fait justement rouler son acteur-star le cul (et le reste) à l'air sur une moto lancée à pleine allure, et parce que ce dernier en profite même pour se faire dégorger le poireau au volant lors d'une poursuite en voiture, il élève ici le Z au rang de folie totalement bordélique, mais prestigieuse. Comme si l'on avait mis
Cours Lola cours,
Arizona Dream,
Grand Theft Auto (le jeu) et une bonne dose de LSD dans le mixer de Terry Gilliam acheté d'occase en oubliant de refermer le couvercle… On savoure !
Arnaud Mangin