Grand vainqueur des derniers Razzie Awards, qui « récompensent » les soi-disant plus mauvais films de l'année aux USA,
I know who killed me traîne depuis sa sortie une réputation de navet ultime, de série Z honteuse. La sortie du film sur le territoire américain a coïncidé avec la multiplication des frasques de Lindsay Lohan, l'actrice principale. Crise d'anorexie, cures de désintoxication en plein tournage du film, passages répétés devant les tribunaux... La vie mouvementée de la jeune star a fini par prendre le pas sur le long-métrage lui-même, qui n'a bien sûr rien à voir avec la purge annoncée.
I know who killed me est-il pour autant un bon thriller ?
Pas question ici de prétendre que
I know who killed me en remontre aux grands classiques du thriller pervers, à la Silence des agneaux ou
Seven. Bien qu'il ne manque pas d'ambitions, le long-métrage de Chris Siverston (collaborateur de longue date de Lucky McKee, réalisateur de
May et
The Woods) est tout de même loin d'être un chef d'oeuvre, la faute à un script trop démonstratif et oscillant sans cesse entre poésie psychanalytique et ridicule achevé. A vrai dire, on ne sait trop sur quel pied danser (sans mauvais jeu de mots) durant la projection, tant le film brasse des thèmes intéressants en même temps qu'il appelle à la moquerie.

Car, même en étant très disposé, il est difficile de croire sérieusement à cette sombre histoire de gémellité / schizophrénie, dont le suspense ne se situe pas tant dans l'identité du tueur psychopathe (qui reste cantonné à un rôle de croque-mitaine fétichiste tout juste déprimant), que dans l'histoire personnelle de notre héroïne amputée. Des coïncidences imbuvables, des secrets révélés sans autre forme d'explication plausible, un manque de rythme criant, des amputations grand-guignolesques, le scénario écrit par Jeffrey Hammond n'est pas un modèle d'efficacité, loin s'en faut. Le spectateur n'aura pas plus d'originalité à se mettre sous la dent dans cette enquête policière, que dans n'importe quel téléfilm américain lambda.
La vision métaphorique de la jeune adolescente américaine est en revanche plus percutante. L'opposition entre les deux personnalités interprétées par Lindsey Lohan, l'une prude et bien installée, l'autre solitaire et extravertie, illustre à merveille le tiraillement des jeunes américaines entre les préceptes d'une culture conservatrice, et les pulsions libertaires qu'elles ne voudraient pas réfréner. La partition par moments envoûtante de Joel McNeely associée aux jeux de couleurs très marqués (certains diront « flashy ») parvient ainsi à faire évoluer
I know who killed me dans une réalité fantasmée, cotonneuse, qui à elle seule distingue le film du tout-venant de la production. Le cinéaste avoue d'ailleurs payer avec ce métrage son tribut aux films de Dario Argento. Un héritage qui se voit notamment dans cette tendance aux sévices perpétrés uniquement sur des personnages féminins, et dans ce symbolisme virginal (lourdement appuyé, soit) à base de sang abondamment versé et de chutes d'eau filmées au ralenti.
Autre raison de se réjouir, le script n'hésite pas à verser dans le second degré lorsque « Dakota » s'installe dans une maison qu'elle jure ne pas être la sienne, avec ses deux membres en moins. Chose impensable en temps normal, ces horribles handicaps deviennent un vecteur de gags à base de « jambe à charger » et de « main robotique », que n'aurait pas renié l'intrépide Luke Skywalker. Derrière la sympathique idiotie de son histoire, Chris Siverston s'avère conscient des enjeux et des limites de son oeuvre, ce qui est répétons-le, tout à son honneur.
Quant aux critiques qui n'ont pas manqué d'éreinter outre-Atlantique, dans des termes souvent très durs, la prestation de Lindsey Lohan, on évitera de se joindre au lynchage général. Pour se contenter de dire, que non, la star des journaux people n'est pas, et ne sera jamais la nouvelle Meryl Streep, la faute à un jeu plutôt limité. Mais elle parvient sans peine à créer deux personnages distincts (chose qu'elle avait déjà réussi dans la comédie
Freaky Friday), en trouvant certaines nuances d'attitude à explorer d'une scène à l'autre. A tel point, qu'à l'heure du dénouement aussi bucolique qu'attendu, on se surprend à être ému par le destin sanglant de ses infortunées héroïnes.