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Il va pleuvoir sur Conakry

La critique d'Excessif

3/5
ilvapleuvoirsurconakry_cine L'HISTOIRE : Bangali alias BB est un journaliste caricaturiste moderne et progressiste. Son père Karamo ainsi que son frère aîné Amine sont plutôt rompus à la pratique religieuse et au respect des traditions ancestrales. BB est amoureux de Kesso, mais ne peut la présenter à son père, parce que celle-ci est une informaticienne née d'une famille de classe moyenne, et ne correspond pas au genre de femme qu'il est supposé lui souhaiter comme épouse.
Depuis plusieurs semaines, la sécheresse sévit à Conakry, capitale de la République de Guinée. Dans ce contexte, le pouvoir politique tient secret un bulletin météo favorable et profite de la situation pour renforcer, par un malin subterfuge, ses relations avec les dignitaires religieux. En effet, pour accentuer l'influence des membres du clergé sur la population afin d'en profiter pendant les futures élections, le ministre des cultes leur offre une enveloppe et leur demande de prier la divine providence pour faire tomber la pluie.
BB comprend la supercherie et dénonce, contre l'avis de son patron, les faits dans le journal L'Horizon pour lequel il travaille. Un conflit ouvert naît alors quand Karamo apprend par ce journal que c'est son propre fils BB qui est à l'origine de cette critique mal venue et de mauvais goût.
Par ailleurs, la grossesse annoncée de Kesso à ce moment vient exacerber cette situation déjà tendue, car pour Karamo, un enfant né hors mariage est un bâtard qui salirait la lignée familiale. Sur fond de conflit de génération, d'opposition de points de vue et de fragile équilibre familial, un drame est donc inévitable.
Un film ancré dans la réalité la plus palpable et dérangeante.
Faisant partie du cycle Africamania à la Cinémathèque française, Il Va Pleuvoir Sur Conakry avait beaucoup impressionné, mais jusqu'alors aucune date n'avait encore été annoncée pour une sortie dans l'hexagone. Et c'est un gage de reconnaissance que le distributeur Altantis prenne l'initiative de sortir en salles ce film guinéen. Même si le cinéma africain n'a jamais autant été en crise que depuis les années 2000, il n'a de cesse de délivrer au compte-gouttes des précieuses pépites cinématographiques. Malgré leurs maigres budgets et des conditions de tournages parfois précaires, ces films africains n'ont pas à rougir en comparaison des productions françaises fades et sans âme, mettant en scène pour 90% d’entre elles des fictions ampoulées et bourgeoises.


Auréolé de nombreuses récompenses internationales, Il Va Pleuvoir Sur Conakry nous invite à suivre le quotidien de Bangali, fils de Karamo, l'imam de la mosquée de Conakry. Bangali s'oppose aux pratiques religieuses de son père, et va jusqu'à remettre en cause les traditions ancestrales guinéennes. Ce dessinateur et caricaturiste va mener un combat périlleux contre toutes formes de soumission imposées par les pratiques religieuses et traditionnelles. De par son métier ouvertement provocateur et son amour pour la belle Kesso (la superbe actrice béninoise Tella Kpomahoun), il coule dans ses veines un puissant esprit contestataire. Avec Il Va Pleuvoir Sur Conakry, c'est toute une société qui sera clouée au pilori au travers du témoignage bouleversant du personnage de Bangali. Il souligne avec une grande finesse les déviances des pratiques religieuses et traditionnelles guinéennes qui sont à l'opposé des valeurs qu'elles prônent.

Cheick Fantamady Camara, le réalisateur d'Il Va Pleuvoir sur Cornakry, stigmatise l'écart générationnel entre Bangali qui incarne à merveille la jeunesse guinéenne en quête d'émancipation et de liberté, et son père l'Imam Karamo qui appartient à la génération de ses aînés qui restent endoctrinés dans le traditionalisme religieux, poussant trop souvent à l'absurde et à des drames familiaux. Offrant un panel d'images parfois crues et inhabituelles pour un film africain, auquel s'ajoutent des propos tout aussi durs qui mettent véritablement à nu ses acteurs et la société dans laquelle ils gravitent. À ce titre, on peut évoquer l'introduction du film qui est ni plus ni moins une séquence où Kesso et Bangali font l'amour sans la moindre retenue. Les corps d'ébène s'enlacent lascivement au gré des soupirs de jouissance. Une séquence d'une grande beauté dressée comme une forme de provocation face au public musulman guinéen.


Le ton général n'est pourtant pas celui du drame social pur et dur. Cheick Fantamady Camara a su insuffler des accents de comédie satirique à son film, allégeant le pathos imposé par le scénario. L'instrumentalisation du pouvoir religieux est omniprésente, mais la manière dont elle est mise en scène souligne les situations souvent ridicules qui en découlent. Une grande force qui nous prend à témoin et qui dénonce de manière frontale les hauts responsables de l'État guinéen, asservis par les instigations religieuses. Incriminant directement le père du héros, l'imam de la mosquée de Conakry, le réalisateur risque de s'attirer les foudres des instances religieuses de son pays. Un mal pour un bien, et ce n'est pas l'infanticide perpétré dans un pur esprit traditionnel qui va prouver le contraire. L'horreur de la mise à mort de l'enfant, à laquelle on assiste impuissant dans une séquence de nuit, renforce encore plus l'apologie des traditions poussée dans ses ultimes retranchements.

Un terrible message délivré par un réalisateur qui cherche à faire réagir les consciences de son pays, mais aussi en dehors des frontières de celui-ci. Il Va Pleuvoir Sur Conakry se montre tour à tour ironique, satyrique, bouleversant et profondément humain. Un film ancré dans la réalité la plus palpable et dérangeante. Le happy end de cette grossesse désirée par un couple heureux est un joli pied de nez qui conclue le film et incarne cette nouvelle génération qui aspire à s'émanciper clairement du poids des traditions religieuses.

Le verdict des internautes

Total des votes : 9

Les notes des internautes

  •  
    Scénario
  •  
    Réalisation
  •  
    Acteurs
  •  
    Musique

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