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Ils mourront tous sauf moi

La critique d'Excessif

3/5
ilsmourronttousok L'HISTOIRE : A quoi rêvent les jeunes filles ?
Vika, Katia et Janna, 16 ans, lycéennes de la banlieue de Moscou attendent tout de leur soirée de fin d’année.
De quoi parlent les jeunes filles russes et que font-elles quand elles rêvent de leur première sortie?
Dans l’enthousiasme des préparatifs, les désirs surgissent, les garçons convoitent et les jalousies apparaissent... Cette première nuit de découverte et ces premiers pas dans l’univers l’inconnu des plaisirs adolescents sera le déclencheur du passage à l’âge adulte.
Ce premier long-métrage est une révélation.
Dans une banlieue de Moscou, trois adolescentes mimi-cracra (Katia, Vika et Zhanna) traînent leur ennui, la mine désolée. La première s’ouvre les veines après avoir volé les poissons rouges de la famille pour faire une offrande à son chat défunt; la seconde se rebelle contre un papa et une maman qui lui filent des beignes lorsqu’elle se maquille comme une traînée; la troisième fantasme secrètement sur un playboy des banlieues. Sinon, leurs profs sont de vieilles carcasses aigries, et leurs parents, de sales cons rigoristes. Mais la vie ne leur fait pas peur. Tatouée de cicatrices, Valeria Gaï Guermanika (seulement 23 ans), ayant débuté sa carrière par quelques documentaires, donne son point de vue hyperréaliste sur l’adolescence telle qu’elle l’a vécue et telle que tout le monde l’a vécue. Elle tourne vite, bien. Son premier long-métrage, Ils mourront tous sauf moi est une révélation.


 

 

Mention spéciale à la caméra d’or au dernier festival de Cannes, Ils mourront tous sauf moi, titre évocateur et nihiliste, raconte l’amitié de trois adolescentes comme les autres qui préféraient mourir plutôt que de se séparer, qui tirent leur langue comme des escargots baveux, qui sont conscientes de ne pas être suffisamment sexy pour taper dans l’œil des mecs canons du lycée et qui sont toujours en guerre contre quelque chose. Tels des béliers, elles foncent sur tout ce qui bouge, le regard agressif, la lèvre anxieuse, la peur au ventre. Ce film, qui passe en revue toutes les conventions de la chronique ado, montre le leurre d'une amitié indestructible en captant comme pas grand-monde la découverte de sentiments tellement violents (désir, jalousie, haine) qu’ils ne peuvent être contenus dans des petits corps ni même racontés dans un journal intime rose bonbon.

 

 

 

 

Sur presque une heure vingt, la jeune Valeria Gaï Guermanika dévoile l’envers d’un décor lycéen avec son cortège de dépressions identitaires et d’affects torturés. La mise en scène armée d'une caméra à l’épaule (plans en mouvement, décadrages intempestifs) évoque l'énergie cruelle du jeune cinéma tchèque des années 60 (pas étonnant qu'on pense aux premiers Milos Forman). Le climax du récit, c’est la «soirée du lycée», enjeu sans enjeux, promesse d’ivresse et de transgression pour les trois princesses qui rêvent de trouver chaussure à leur pied et donc la main réconfortante du prince charmant. Il marque l’explosion du cocon amical si rassurant. Les trois chenilles deviennent des papillons de citrouille avant de s’envoler. Cette chrysalide trop attendue tourne à la catastrophe avant les douze coups de minuit, entre les cuites comateuses et les premières fois ratées. L’heure est à la peine furieuse, aux angoisses fébriles et à la confrontation de nerfs aiguisés comme des lames. A la fin, la leçon est retenue, apprise par coeur.

 

 

 

Ils mourront tous sauf moi est un film à fleur de peau sur la fin d’un monde sans fin du monde, où les larmes de crocodiles peuvent se noyer dans un océan de chagrin sans que personne n’entende les sanglots. Juste un instantané de déceptions, le regard et les poings fermés. Les trois adolescentes n’ont même pas le temps d’avoir la grâce évanescente et les songes morbides des Virgin Suicides qu’elles sont déjà fanées. Il n’y a plus de rêve, que du réel impossible à transcender. La mélancolie, c’est pour les nazes. Le passage à l’âge adulte, c’est du bullshit. La mort, c’est pour elles, et maintenant. Ce que l’on conserve de l’âge ingrat, semble nous dire Gaï Guermanika, ce sont des blessures assassines, des parents que l’on n’a pas choisi, de la solitude à repeindre sa chambre. Et une tristesse qui restera pour toujours.

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Les notes des internautes

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    Acteurs
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