L'HISTOIRE : Dans Up in the air, George Clooney joue un cadre des ressources humaines dont la seule et unique joie dans la vie est son travail. Ce "licencieur" professionnel accomplit son devoir avec ardeur, le reste de sa vie tombant en morceau à cause de ses déplacements permanents. Un jour il croisera le chemin d'une jeune femme ravissante qui mène le même genre de vie que lui : réunions, travail, déplacement. Arrive le jour où sa société veut déplacer son siège au Nebraska, coupant ainsi la possibilité de revoir cette femme de qui il est tombé amoureux... le dernier film de Jason Reitman séduit indubitablement et prend à bras le corps l’horreur de notre présent.
Après Juno et Thank you for smoking, Jason Reitman nous revient, accompagné du divin George, pour l'adaptation d'Up in the air<, un best-seller étonnamment sardonique et révélateur des maux de notre temps. Ainsi, force est de constater qu'à l'instar d'un certain cinéma américain, notre homme réussit une nouvelle fois à nous surprendre, en traitant, à sa manière, de la crise financière et de nos vicissitudes actuelles, entre comédie cynique, tentation documentaire et satire légère.
Ainsi, décidé à examiner au plus près les errements de notre époque, notre cinéaste s'est offert un projet aussi compliqué qu'enthousiasmant avec In the Air, celui de raconter, sans fausse pudeur, l'histoire ô combien particulière de Ryan Bingham, un professionnel du licenciement dont le morne quotidien n'est fait que de vies gâchées et d'aéroports, de carrières écourtées, de fauteuils club et de programmes de fidélité. En effet, cet homme, dont la solitude assumée reste l'unique horizon, ne cesse de voyager pour exercer sa sinistre fonction. Au mépris de toute sociabilité certes, mais surtout avec cette surprenante obsession que seule sa pénible activité lui permet d'envisager : atteindre au gré de ses continuels déplacements, la mythique barre des dix millions de miles, seuil que n'ont passé avant lui que six autres personnes ! Or, bien vite, les avantages et les manies d'une vie dépourvue de tout engagement, seront sensiblement remis en question sous l'effet des deux jeunes femmes qui vont investir sa vie , chacune à leur tour : Alex, une belle trentenaire dont il va s'éprendre et Natalie, sa nouvelle et brillante collègue, qui ne pense qu'à une chose, tout révolutionner via les nouvelles technologies, au point par exemple de remettre en cause la raison d'être de ses déplacements !
Jouant ainsi sur les possibilités offertes par son personnage central, In the Air s'astreint dans un premier temps à nous expliquer le travail de notre cher Ryan par le biais de séquences enchaînées de licenciements au rendu étrangement documentaire. Se dévoile alors l'univers de notre fossoyeur de carrières et plus encore les valeurs autour desquelles son employeur et lui s'organisent : le cynisme, l'évitement, l'impassibilité et la manipulation, le tout dans un contexte de crise économique appuyée et rendue avec précision comme étant l'occasion idéale de faire prospérer leur « société ».
De fait, de la métaphore visuelle consistant à proposer d'incessants panoramas en altitude pour situer l'action tout en n'offrant des autres et du monde qu'une image fugitive faite d'aéroports, de bureaux et de lieux standards et déshumanisés, Jason Reitman conduit son histoire en s'attachant à la dépouiller avec habileté, le tout sans s'épargner les échos matérialistes au Fight Club de David Fincher. L'ensemble dès lors renferme plusieurs visées : montrer en premier lieu le systématique d'une vie qui souhaite échapper à tout enracinement et la mise en image d'un monde où l'attachement et l'implication, qu'elle soit familiale ou professionnelle, sont sèchement et profondément relativisés. Au regard du contexte actuel, la comédie s'annonce alors plus pesante et âpre dans ses implications que foncièrement dérangeante par ses situations mêmes, situations allant du cocasse au pathétique. On sait donc que l'on ne fera que sourire et que l'amer qui en sourd sera cependant compensé par ce qui suivra : l'explosion d'un quotidien sous l'effet de l'imprévu féminin et d'une redécouverte du monde. Au risque du meilleur et de ses tragiques apparences - des situations plus normatives et typiques des comédies romantiques - comme du pire - le risque de l'échec et la confrontation avec l'impitoyable du monde.
Ainsi, George Clooney, parfait dans son rôle d'atrabilaire excentrique, s'offre dans In the ai une prestation remarquable et tout en décalage, quelque part entre ses compositions dans Burn after reading, Michael Clayton et Ocean's Eleven. Admirablement accompagné qu'il est par la vénéneuse Véra Farmiga (Les Infiltrés) et l'implacable mais trop rigide Anna Kendrick (Twilight - chapitre 1), nous propose-t-il sous la férule du réalisateur de Juno, une incarnation assez déconcertante. En effet, loin de la franche comédie, l'oscillation de son personnage du fait de son écriture, de sa composition et des situations qu'il traverse, amène le métrage dans un entre-deux aussi intéressant que perturbant. Volontiers séduisant, très bien mené malgré une longueur peut-être excessive, In the Air, emmené par notre sémillant acteur, se dévoile alors tel qu'il est, désireux de critiquer et de dépasser allègrement ce qu'il dit, sans toutefois pouvoir l'assumer pleinement. Ainsi, consensuel en apparence, étonnamment radical par instants mais tout aussi faussement accusateur, il s'affiche comme une comédie politique et dramatique où les tentations hollywoodiennes habituelles sont désamorcées sans toutefois pouvoir être dynamitées. In fine, comme écartelé entre l'envie documentaire, Mr Smith au Sénat, Nous nous sommes tant aimés et d'autres produits plus consensuels, formatés ou faussement impactant, In the Air creuse un singulier entre-deux où la veine sociale et politique qu'il cultive sous les dessous de la comédie, se heurte à une réalité documentaire que son scénario et son traitement ne souhaitent ni ne parviennent à dépasser.
En cela, plus velléitaire et subtil que radical, le dernier film de Jason Reitman séduit indubitablement et prend à bras le corps l'horreur de notre présent, sans toutefois afficher trop de mordant. Restant comme Erreur de la banque en votre faveur à la surface d'une réalité qu'il documente et croque habilement mais qu'il dénonce de manière sous-jacente -format oblige-, In the Air ne cesse avec une audace réelle et de louables intentions, de nous amener comme d'autres avant lui, à rire du temps présent tout en montrant, entre frontalité et évitement, l'espoir et l'exaspérant d'une modernité aliénante.
Jean-Baptiste Guégan
Parcours d'un artiste complet, un acteur à la carrière couronnée de tous les succès, un cinéaste talentueux et un homme engagé. Voici tous les visages de George Clooney.