Le voilà, enfin… Indiana Jones 4. Difficile de juger le film à chaud, nous sortons à l’instant de la projection cannoise et les avis commencent déjà à diverger. Que faut-il penser de ce nouvel opus, tourné près de 20 ans après le dernier épisode. Le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Indy porte t-il toujours aussi bien le chapeau ? Shia Labeouf est il le nouveau Jones ? Spielberg a-t-il réussi son tour de force tant attendu ? Tant de questions auxquelles nous allons rapidement répondre en essayant de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

A première vue, Indy 4 est une petite déception… Rien de bien grave, il s’agit là d’un sentiment inévitable que tous les fans devraient certainement connaître à la sortie de la séance. Si le cinéaste américain parvient immédiatement à nous replonger dans un environnement cinématographique très 50’s aux allures de vrai film d’aventures d’antan, il tourne également son film avec la nostalgie des précédents épisodes. Baignant dans une lumière impeccable, issue du cinéma des années 80, cet Indiana Jones démarre comme un véritable hommage aux métrages d’origine. Nous sommes en terrain connu et malheureusement il n’y aura pas de grandes surprises par la suite. Spielberg prend un malin plaisir à retrouver tous ses personnages et à nous en faire découvrir de nouveaux à travers plusieurs séquences d’action à couper le souffle n’ayant rien à envier aux dernières grosses productions… On retiendra notamment une course poursuite dans la jungle proprement incroyable où le surréalisme de la situation parvient à exploser dans une multitude d’idées géniales et d’effets visuels pétaradants. Tout ce petit monde semble prendre un malin plaisir à se retrouver dans des situations de crise plus improbables les unes que les autres néanmoins boostées par un humour bien présent mais quelque peu en retrait en comparaison des trois premiers. Ford, toujours parfait garde son flegme légendaire et sa seconde rencontre avec Marion vaut tout l’or du monde… 5 secondes de pur bonheur.
Là où le bât blesse c’est lorsque Steven Spielberg se mélange les pinceaux dans un scénario trop expéditif qui prend toujours son temps à expliquer le pourquoi du comment mais perd parfois un peu de son souffle sur la route. Sans en dévoiler trop, sachez simplement que les thèmes chers au cinéaste (paternité, connaissance…) se retrouvent ici impliqués dans un imbroglio familial où les fausses révélations se font attendre (mais qui est donc Shia ?) au cœur d’une intrigue très (trop) fantastique propice à une rencontre entre E.T et Indy… Beaucoup d’éléments dévoilés sur la toile ces derniers mois s’avèrent donc réels et le script de David Koepp ne parvient pas toujours à nous surprendre. Dommage…

Cependant, difficile de bouder son plaisir et ce quatrième épisode reste un excellent film d’aventures, divertissant et retentissant. Spielberg multiplie les clins d’œil et se référencie à plusieurs reprises tout en faisant évoluer quelques une de ses préoccupations d’auteur et de cinéaste. Cet épisode d’Indy, assez pessimiste sur la nature humaine qui semble ne plus vouloir avoir accès à la connaissance et au savoir, distille quelques questionnements sur l’avenir de l’homme et son inconditionnelle quête d’autodestruction. Dans cet esprit-là, Spielberg en arrive également à détruire lui-même (lors de la séquence de la bombe nucléaire) l’environnement de la famille américaine moyenne, un microcosme qu’il avait lui-même analysé dans plusieurs de ses premiers métrages ! Sans tomber dans l’auto analyse de son œuvre, le réalisateur ajoute à son travail quelques interrogations sur la portée de son cinéma et rend cet Indy 4 plus intéressant qu’il n’y paraît. Mais ce blockbuster devrait certainement ravir les fans et correspondre aux attentes même si, il faut l’avouer, nous attendions un peu plus d’originalité et de génie dans ce film mineur de Spielberg. Une petite déception mais un vrai plaisir tout de même. On ne va pas le gâcher…
NOUVEL AVIS A CHAUD
On retrouve avec plaisir dans une première partie l’esprit bon enfant, l’humour du Professeur Jones, affublé de son célèbre chapeau qu’il porte toujours aussi bien après quelques liftings ou les secours d’un très bon maquilleur, son fouet qu’il manie avec toujours autant de dextérité, sa fougue, sa peur insurmontable des serpents s’ouvrant sur une scène assez sympathique, cette façon toujours aussi décontractée de se lancer dans des combats titanesques tournant parfois au ridicule lorsque Shia Labeouf prend la relève et s’élance de branches en blanches, car le problème c’est qu’il n’est pas Johnny Weissmuler, donc… C’est l’écueil principal de ce quatrième épisode, notre aventurier est pourvu d’un fils loin d’être à la hauteur de son père et de son grand-père, le comédien se révélant désespérant lisse et insipide. Les ennemis s’attaquant à Indy manquent également de piquant en dépit de la présence d’une Cate Blanchett campant une brune castratrice aussi électrique que détestable.

Si certains rebondissements du scénario surprennent, si le récit dans son ensemble reste assez faible par rapport aux précédents, s’apparentant plus à un mélange des passions de Spielberg, de références aux films qu’il aime, aux personnages qui l’ont marqué, on se laisse néanmoins emporter par certaines scènes, par l’ironie de quelques situations, par les retrouvailles d’Indy et Marion, par le sourire en coin de l’indétrônable Indiana auquel nous sommes tous attachés.
Sophie Wittmer