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Intraçable

La critique d'Excessif

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L'HISTOIRE : Au sein du F.B.I, une divsion est spécialisée dans l'investigation et l'arrestation des criminels du Web. Au sein de cette unité, l'agent Jennifer Marsh a tout vu... jusqu'à aujourd'hui. Un internaute extrèmement qualifié a monté un site afin de médiatiser ses crimes : en cliquant, les internautes décident de la mort des victimes. Quand Jennifer devient la cible de ce jeu malsain, les choses s'accélèrent...
Lassés des e-mails frauduleux, des virus malicieux et autres spams et pop-ups envahissants ? Ne craignez rien, le FBI s’occupe de vous et lutte sans relâche contre ces pollueurs du cyber espace. Nouvel eldorado ouvert à tout un chacun, le net est d’ailleurs une mine d’or pour tout scénariste tant les nouvelles possibilités qu’il laisse percevoir sont sans limites, tant au niveau des rapports humains que de l’analyse sociétale. C’est ce que va tenter d’exploiter ici le réalisateur Gregory Hoblit, à travers un thriller efficace, bien que finalement assez classique.


INTRACABLE
Une film de Gregory Hoblit
Avec Diane Lane, Billy Burke, Colin Hanks, Joseph Cross, Mary Beth Hurt…
Durée : 1h44
Sortie : le 5 Mars 2008

Cyber-détective d’une section du Fbi de Portland consacrée à la chasse aux internautes malicieux (pirates voleurs de cartes de crédits et usurpateurs d’identité en tous genres), Jennifer Marsh mène une vie bien réglée avec d’un coté son travail nocturne, et de l’autre sa vie familiale diurne entre sa fille et sa mère avec qui elle partage un pavillon de banlieue. Mais alors qu’au milieu de cette routine bien rodée, un site proposant l’agonie d’un chaton en direct attire son attention, Jennifer ne peut s’empêcher d’être perturbée par la démarche, d’autant que les méthodes utilisées par son auteur pour empêcher toute suppression et toute identification sont suspicieusement intelligentes. Mais alors que le service décide de s’intéresser à d’autres priorités que ce spectacle qui pourrait n’être qu’une mauvaise farce, les choses vont changer du tout au tout lorsque le chaton sera remplacé par un humain bien vivant, kidnappé quelques heures auparavant.


Coutumier des intrigues favorisant une tension de chaque instant, Gregory Hoblit, réalisateur de nombreux épisodes de NYPD Blues et de La loi de los Angeles, s’est toujours évertué à dépeindre des personnages au background fouillé perdus dans des intrigues d’un réalisme immersif qui, quelque soit le sujet, avait pour effet de donner à ses films un cachet bien particulier. Qu’il s’agisse de films fantastiques (Fréquence Interdite, Le Témoin du Mal) ou de thriller angoissants (Peur Primale, La Faille), le réalisateur, dont les œuvres sont pourtant à tord souvent catégorisées comme de simple (mais efficaces) séries B, a toujours réussi à fournir des films passionnants traités avec un académisme remarquable. Et Intraçable, sa nouvelle œuvre abordant cette fois certains aspects du cybercrime, n’échappe pas à la règle.
Mais malgré le soin apporté afin de donner de la véracité à l’entreprise (de nombreux experts ont ainsi servi sur le tournage à alimenter tout le coté technique du film, entre IP spoofs et autres trojans afin que les initiés de crient pas une fois de plus au scandale) le métrage va plus se focaliser sur l’aspect « accès à tous » du net plutôt que sur le coté cybertraque. On est donc bien loin d’un Hackers où une bande de jeunes étaient pourchassés à travers le réseau de serveurs et de relais numériques, cherchant à libérer le paradis virtuel des manigances d’un pirate mal intentionné. On est également à des kilomètres d’un Traque sur internet ou d’un Cybertraque ou les enjeux tournent autours d’un cassage de protection et de virements de fonds. Ce qui passionne ici le réalisateur et les scénaristes, tourne plutôt autour de l’instinct de curiosité malsaine qui sommeille en chacun de nous.


Ainsi, le coté chasse à l’IP est rapidement évacué (le criminel est indétectable avec les moyens du bord, point barre) pour permettre à l’intrigue de se concentrer sur les méfaits du bonhomme et surtout sur ses méthodes : Ainsi, chaque victime est, à l’image d’un Saw avec lequel le film possède quelques similitudes (les motivations criminelles, le coté gore de certaines mises à mort), soumise à une machination diabolique la destinant à rejoindre l’au delà, avec cependant une variante intéressante : la mise à mort est directement fonction du nombre d’internautes connectés au site. Plus grande est l’audience et plus la mise à mort sera rapide et sans appel. Le public ne pouvant s’empêcher, ne serait-ce que par simple curiosité (innocente ? malsaine ?) de se connecter, le manège va gagner en popularité et mettre le spectateur face à une composante inévitable du monde moderne : habitué à être noyé d’informations insidieuses, l’être humain a-t’il perdu son sens de la retenue ?


Ne s’éternisant pas sur une unique victime dont l’agonie s’étalera sur tout le film, le métrage propose ainsi un scénario bien cadencé, servi par un panel d’acteurs (peut-être trop) impeccables. Diane Lane (Infidèle, Meurtre à la maison Blanche) campe ici l’agent du FBI Jennifer Marsh avec ce qu’il faut de vigueur et de vulnérabilité. Elle est secondée par Billy Burke (Echelle 49), malheureusement aussi efficace que transparent en beau gosse générique tandis que Colin Hanks (Band of Brothers, King Kong) et Joseph Cross (Mémoires de nos pères) héritent de partitions singulièrement plus enlevées qu’ils jouent avec éclat. Mais bien que le film s’assume de bout en bout (le scénario est aussi efficace que carré, les thématiques étant assumées et traitées de bout en bout), on regrettera simplement que le film ne sorte pas des sentiers battus et propose ainsi un certain classicisme bien rodé mais presque sans surprises.


Ainsi, on ne décolle jamais de la simple traque FBI versus Sérial killer aux motivations personnelles béton, et le métrage passe (avec cependant un professionnalisme certains et un savoir faire remarquable) à travers une progression en fil rouge facilement identifiable qui noie presque les quelques piques d’inventivité et les quelques boutades que se permet le script (une réplique au choix amusante ou désolante sur le warning du FBI contre le piratage d’œuvres audiovisuelles, une menace avortée, …). On reste ainsi dans le schéma codé du tueur perdu dans sa démence (même si quelques répliques à propos relayant le message du film sortent du lot : « si personne ne vous regardait, vous ne seriez pas en danger »), au déroulement balisé : L’intrigue s’avère tout d’abord isolée, puis logique et motivée, avant de devenir personnelle à plus d’un titre, couronné par une fin un peu too much dont on vous laissera la surprise. Au final un bon film de genre, véritable produit calibré mais toutefois supérieur à la masse, appréciable et efficace, comme la majorité des films de l’auteur.

Note : 7/10

David Brami

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