L'HISTOIRE : Hubert Minel n'aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l'obsède de plus en plus, Hubert vogue dans les arcanes d'une adolescence à la fois marginale et typique : découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme.
Une mise en scène, d’une lourdeur incroyable, bourrée de maladresses et se voulant esthétisante.
Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents compréhensifs... Et à l’adolescence, lorsque l’on se révolte à la moindre reqûete du type « range ta chambre », les parents semblent être nos pires ennemis sur Terre. Le jeune cinéaste québécois de vingt ans, Xavier Dolan, nous raconte ici sa relation houleuse avec sa mère et l’incompatibilité de ces deux êtres... sans le moindre recul.

A peine sorti de l’âge qu’il dépeint, Xavier Dolan tente très maladroitement de nous plonger au coeur de ce conflit de générations sans grande épaisseur. Lui passe son temps à monter sur ses grands chevaux pour d’obscures raisons et la pauvre mère, finalement victime des assauts répétés d’un fils arrogant et terriblement irritant, tente tant bien que mal de gérer la situation... Certes responsable en partie du mal-être de son fils, on a vu bien pire figure maternelle au cinéma et même dans la vie. Alors de là à vouloir la tuer... En 2004 sortait le film Tarnation de Jonathan Caouette, une oeuvre introspective qui s’adressait directement au spectateur, un documentaire filmé sur une vingtaine d’années qui traçait un portrait de famille avec la plus grande honnêteté mais également énormément d’émotions et de distance à certains moments... Developpant des thèmes similaires comme les difficultés des relations parents-enfants, l’éclatement de l’homosexualité au grand jour, le film de Caouette était pétri d’une vraie générosité, d’une profonde et authentique tristesse mais également de trouvailles visuelles passionnantes.
Privilégiant la fiction, le film de Xavier Dolan se fourvoie complètement dans ses ambitions et à force de vouloir nous faire prendre parti pour cet adolescent horripilant, ne parvient pas une seule seconde à nous faire « apprécier » son malaise. Dès les premiers instants, le jeune Hubert s’énerve, puis un peu plus tard encore une fois et encore un peu quelques minutes après... Et c’est ça tous les quarts d’heure. Comme un adolescent hyper dopé, bien décidé à ne jamais ètre d’accord et faisant un micro-effort pour satisfaire sa mère tous les 36 du mois, Hubert (ou Xavier) passe bien plus pour une diva capricieuse que pour un adolescent incompris. D’autant que son arrogance et sa prétention suintent littéralement de la mise en scène, d’une lourdeur incroyable et bourrée de maladresses, se voulant esthétisante mais ressemblant finalement à une médiocre copie des maîtres auxquels le jeune Dolan fait du pied. Entre ses ralentis mélodieux à la Wong Kar-Wai et ses cadres décadrés à la Truffaut ou Gus Van Sant révélant des artifices de mise en scène inutiles, Xavier Dolan sombre dans le ridicule et atteint le summum dans une scène pseudo-érotique avec roulage dans la peinture d’un goût assez douteux.

Si l’on peut mettre cette maladresse sur le compte de son jeune âge, Xavier Dolan ne fait néanmoins pas une seule fois preuve de maturité, ne prenant jamais la moindre distance avec son propos... Ainsi lorsqu’il nous présente la « cool mum’ » de son petit ami dans de courtes séquences sensées résumer la relation idyllique que la mère et son fils entretiennent, on comprend vite le manque cruel de profondeur chez le jeune auteur. Les schémas ne sont jamais transcendés, les personnages sont des caricatures et même cette manie de trouver des circonstances atténuantes à sa mère pour sa mauvaise éducation témoigne d’une absence totale de remise en question. D’autant que ses commentaires face caméra, in black and white je vous prie, ne viennent que titiller encore plus notre colère contre cet enfant qui devrait aller voir ailleurs ce qui peut bien se passer... Son jeu outrancier, à la limite du tolérable à certains moments, ne nous donne aucune clé pour nous glisser dans sa peau, dans sa tête et dépasser la surface agaçante du personnage. On aimerait le comprendre, l’aider dans sa quête d’amour, mais cette propension à systématiquement se poser en victime (il va jusqu’à se faire passer à tabac par d’illustres inconnus et garder le silence pour capter encore plus de sympathie) dessert intégralement le métrage.