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J'ai vu tuer Ben Barka

La critique d'Excessif

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benbarkacinefr L'HISTOIRE : Pétain sur la collaboration, Au revoir les enfants sur la Shoah, Diên Biên Phu et Indochine sur la guerre d¹Indochine, Les Patriotes sur le Mossad et les relations avec Israël, Nuit Noire (à la base un téléfilm) sur la répression sanglante du 17 octobre 1961, Le promeneur du Champ de Mars sur François MitterrandŠ voilà pour les grandes lignes. Il est triste de constater le peu de films engagés que la France, au contraire des Etats-Unis, a consacrés aux heures récentes de son Histoire. C¹est donc avec bienveillance et intérêt que l'on se rend à la projection de J'ai vu tuer Ben Barka, qui revient sur une des affaires les plus sombres de la France gaulliste des années 60 au jour de ses relations avec le Maroc de Hassan II. Une affaire aux ramifications si complexes qu'elle ira même jusqu¹à impliquer le monde du cinéma, en la personne de Georges Franju et de marguerite Duras. Ici, la réalité dépasse la fiction.
Serge Le péron traite ici l'affaire Ben Barka. Un film d'utilité publique ?

J'AI VU TUER BEN BARKA
De Serge Le Péron (en collaboration avec Saïd Smihi), avec Charles Berling, Simon Abkarian, Josiane Balasko, Jean-Pierre LéaudŠ
Durée: 1h41
Sortie le 02 novembre 2005

Pétain sur la collaboration, Au revoir les enfants sur la Shoah, Diên Biên Phu et Indochine sur la guerre d¹Indochine, Les Patriotes sur le Mossad et les relations avec Israël, Nuit Noire (à la base un téléfilm) sur la répression sanglante du 17 octobre 1961, Le promeneur du Champ de Mars sur François MitterrandŠ voilà pour les grandes lignes. Il est triste de constater le peu de films engagés que la France, au contraire des Etats-Unis, a consacrés aux heures récentes de son Histoire. C¹est donc avec bienveillance et intérêt que l'on se rend à la projection de J'ai vu tuer Ben Barka, qui revient sur une des affaires les plus sombres de la France gaulliste des années 60 au jour de ses relations avec le Maroc de Hassan II. Une affaire aux ramifications si complexes qu'elle ira même jusqu¹à impliquer le monde du cinéma, en la personne de Georges Franju et de marguerite Duras. Ici, la réalité dépasse la fiction.



Mehdi Ben Barka, en cette année 1963, est l'ennemi numéro 1 du gouvernement d'Hassan II. Fondateur et principal dirigeant de l'Union Nationale des Forces Populaires du Maroc, un parti de gauche opposé au régime, il se voit condamné à mort par contumace pour avoir pris parti en faveur de l'Algérie. Il fuit en France avec sa famille, et devient en deux ans le principal opposant à Hassan II, ainsi que le porte-parole de la "Tricontinentale", une organisation regroupant les mouvements révolutionnaires du Tiers-monde. La Tricontinentale doit d'ailleurs se réunir à Cuba, en janvier 1966. Pour le régime marocain, c'en est trop : il doit disparaître. Et pour endormir sa méfiance, les agents des services secrets marocains ­encadrés par la CIA- vont utiliser le biais le plus insoupçonnable : le cinéma. Pour se faire, ils passent par l'intermédiaire de Georges Figon, un petit malfrat reconverti dans le roman photo et la production qui a ses entrées auprès de l'intelligentsia parisienne. On lui demande de lancer la fabrication d'un documentaire sur la décolonisation, pour lequel Ben Barka serait consultant. En élève appliqué et motivé, Figon va faire les choses en grand, et proposer le film à deux de ses contacts sur d¹autres projets de fiction : Franju à la réalisation donc (Les yeux sans visage, c¹est lui) ; et Duras à l'écriture des commentaires. Les cinéastes ne se doutent bien évidemment de rien, George Franju s'avérant même assez motivé par le projet. Ben Barka est approché, et donne son accord pour devenir consultant. Le 29 octobre 1965, il est censé rencontrer Franju, Figon et un ami journaliste dans une brasserie parisienne pour discuter du projet. Il n'arrivera jamais au rendez-vous : il sera intercepté en pleine rue par deux policiers français, qui le feront monter dans une voiture à destination de la propriété de banlieue de Georges Boucheseiche (ça ne s¹invente pas), truand notoire et chef de l'opération du côté des français. Quelques heures après, Mohamed Oufkir, général et ministre de l'intérieur marocain au moment des faits, arrive à la propriété. On ne reverra jamais Mehdi Ben Barka. Son corps ne sera pas retrouvé non plus. Nul ne sait vraiment, à ce jour, ce qui s'est passé dans cette maison.



Pour rocambolesque qu'elle soit, l'histoire ne s'arrête pas là : quelques mois plus tard, pris de remord ou attiré par l'appât du gain (le film laisse entendre que la vérité se situe entre les deux), Georges Figon accorde un témoignage exclusif au journal l¹Express, où il fait le récit des évènements dont il aurait été le témoin chez Boucheseiche ce jour-là. Un récit des dernières heures de Mehdi Ben Barka. D'où le titre de l'article, qui est aussi celui du film : "J¹ai vu tuer Ben Barka". Un titre sibyllin et peu engageant, il faut le reconnaître. Il a néanmoins le mérite de fixer l'orientation du métrage, qui n'aura de cesse durant une heure quarante de coller aux basques de Figon, des prémices de l'affaire où notre homme ­encore insouciant- "courtise" Marguerite Duras dans le but de lui vendre une idée de film basé sur ses expériences de truand ; jusqu'à bien après le noeud de l'affaire, soit quelques années APRES la mort de Georges Figon.


En effet -et le film nous le dévoile dès la séquence d'ouverture-, cette affaire connut comme point d'orgue la découverte du corps de Figon dans sa chambre d'hôtel, soi-disant "suicidé", une semaine après l'interview accordée à l'Express. Une porte de plus qui se referme sur la résolution d'une énigme déjà bien épaisse. A partir de ce point, et à intervalle régulier dans l'histoire, c'est la voix off d¹un Figon d'outre-tombe qui nous guidera au travers de l'intrigue.


Ben Barka... le vrai


Ce n'est pas la moindre des audaces de la réalisation atypique de Serge Le Péron, bien que l'on puisse dire objectivement que l'idée est plus séduisante sur le papier qu'elle ne l'est à l'écran. La voix sentencieuse de Charles Berling ­globalement convaincant en Figon lors des flashbacks- se contente de nous décrire les tenants et aboutissants de l'affaire, entre deux tirades qui se voudraient bien senties sur la Vie, "sa" mort, etc... Pas bien grave, certes. Le problème, c'est que tout le film est à l'avenant. Le Péron semble hésiter constamment entre un traitement objectif et rigoureux, quasi documentaire, et une ambiance de film noir suranné qu'il imagine ­sans doute à raison- convenir à son sujet. Nous en voulons pour preuve la musique Jazz utilisée à tout bout de champ, à l'effet désastreux sur les images car semblant sortir tout droit d'un épisode de Maigret, et sensée de toute évidence donner un cachet "fictionnel" au métrage. Pourquoi pas ; sauf que le réalisateur semble ne pas savoir sur quel pied danser, et alterne ces séquences de politique-fiction ­réalisées comme telles- avec d¹autres passages purement documentaires et à but explicatifs ­utilisant abondamment les images d¹archives-. Il en résulte un mélange peu heureux qui, en tentant de ménager la chèvre et le chou, finit par parasiter une histoire qui pourtant aurait pu très bien s¹accommoder de l'un ou l'autre de ces traitements sans que son intérêt n'en pâtisse. Un exemple édifiant de cette dualité de point de vue est le moment où le personnage de marguerite Duras (joué par Josiane Balasko), jusque là un protagoniste filmé de l'extérieur parmi tant d'autres, se met à s'adresser à la caméra et à nous expliquer à nous, spectateurs, ce qui est en train de se passer à l'image et en quoi la situation est grave.



Non seulement la séquence est inutile, soulignant à gros traits ce que l'on avait déjà très bien compris par nous-mêmes, mais de plus elle stigmatise le problème de cette démarche qui se voudrait originale mais qui souffre de ne pas être menée à son terme. On pense aussi à cette séquence ­furtive- où un personnage lit un journal sur lequel figure une photo pleine page du vrai Ben Barka. A priori rien à redire, sauf que dans le film, car n'oublions pas qu'il s'agit d'un film, Ben Barka est incarné par Simon Abkarian. De fort belle manière d'ailleurs. Pourquoi ne pas avoir joué à fond la carte de la fiction et avoir reproduit la photo avec ce même acteur ? Un parti pris d'autant plus incompréhensible que au début du film, une bande d'actualité figurant Ben Barka a, elle ; bel et bien été reconstituée avec Abkarian.



Serge le Péron a-t-il donc à ce point peu confiance en sa mise en scène, et en l'intelligence des spectateurs, qu'il s'oblige à opérer de fréquents allez et retours vers une réalité documentaire alors que tout dans son film suggère une fiction ? Des écueils rageants, et un manque de limpidité et de fluidité dans la narration, c'est indéniable. Ceci ne saurait pourtant masquer l'intérêt de cette histoire, qui reste passionnante et édifiante de bout en bout, et permet au métrage de rejoindre le rang très fermé des films "nécessaires" ; du genre de ceux que l'on voudrait montrer dans les écoles et qui jettent un éclairage nouveau (et peu glorieux) sur les Années de Plomb. Le fait que des personnalités influentes du monde du cinéma aient été ­à leur insu- étroitement impliquées dans cette affaire n'est certes pas étranger à l'intérêt que l'on est en droit de porter au récit. Un intérêt qui a certainement orienté Serge Le Péron dans ses choix, même si ceux-ci sont parfois discutables et auraient gagné à être plus tranchés. En l'état, ne boudons pas notre plaisir : J'ai vu tuer Ben Barka se suit avec intérêt, et son existence même est à saluer dans un pays où l'autocritique est loin d'être entrée dans les moeurs.
Allez ; reste maintenant à faire un vrai grand film sur la guerre d'Algérie, et le cinéma "engagé" français pourra enfin entrer dans la cour des grands.

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    Réalisation
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    Musique

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