Ca faisait longtemps qu’on n’avait pas vu une vraie comédie débile avec Ashton Kutcher (
Eh mec ! Elle est ou ma caisse ?) et pour tout dire, cela commençait à manquer aux très nombreux fans de That 70's show que nous sommes. En effet, depuis le trop gentil
Black/White en 2005 où l’acteur tentait par tous les moyens de se faire accepter par un futur beau père noir (Bernie Mac), le trublion avait surtout passé son temps à produire un grand nombre de reality shows à la qualité relative (du très moyen, voire mauvais,
Punk’ed à l’agréable
Beauty & the Geek). C’est d’ailleurs un peu la même chose pour Cameron Diaz qui, après avoir baladé son joli minois dans
The Mask et
L’Ultime souper, n’a pas touché le genre de la franche rigolade depuis
Charlie et ses Droles de Dames, préférant opter pour la romance gentillette (
The Holiday) ou la fable féministe (
In Her Shoes). Autant dire que pour l’amateur de vannes idiotes, l’affiche de
Jackpot avait tout d’un retour aux sources potentiellement jouissif.
Le film débute plutôt bien malgré un rythme relativement lent avec la déchéance des deux personnages principaux tandis que Joy (Cameron Diaz), une courtière en bourse maniaque se fait larguer en beauté et que Jack (Ashton Kutcher), un menuisier flemmard, est viré pour la énième fois par son patron de père. La double virée à Vegas prend même des allures de fête sur-vitaminée jouissive, servie par un montage sévèrement épileptique et diablement efficace. Malheureusement, le rythme ralentit énormément par la suite, et nous livre une dose homéopathique de blagues certes souvent drôles, mais totalement convenues et surtout éventées pour qui aura un minimum de culture comique. Et tandis que Rob Corddry reprend le personnage de débile décervelé qu’il incarnait déjà si bien dans le Daily Show de Jon Stewart et autres films avec Will Ferrell (comme
Retour à la fac,
Les rois du patin), le métrage nie totalement les fantastiques possibilités (quasi illimitées) de son pitch tandis que les deux acteurs principaux se contentent de prendre la pause et de cabotiner en illustrant des gags vieillots et des situations surannées.
Côté romance, on touche ici à une structure grossièrement classique, le couple qui fait tout pour se détester allant évidemment apprendre à s’apprécier et étant amené à réaliser que la situation n’est pas aussi noire qu’elle semble l’être. Au crédit de la scénariste Dana Fox, on appréciera d’ailleurs que les nombreux quiproquos gonflants habituels sont ici évacués au profit d’une ambiance légère et bon enfant, faisant du film une comédie sucrée sans acidité. Cependant, alors que le final fera pleurer les ménagères grâce à un happy end lourdement prévisible, l’amateur de délires comiques sevré et comblé par les récents
Harold et Kumar chassent le Burger et autres
Ricky Bobby : roi du circuit ne pourra que s’endormir devant une telle métronomie comique et un tel manque d’innovation et de sorties de route. La cohabitation supposément subversive prend ainsi des allures de face à face gentillet où chacun nargue timidement son adversaire au lieu de partir dans le franc délire qu’on était en droit d’attendre. Un affrontement qui s’achève au bout d’une poignée de séquences à peine, aussi rapidement expédiées que timidement mises en scène. On a alors droit aux violons d’usage, des violons que même les années 80 avaient commencé à éviter.
Au final,
Jackpot est une comédie éminemment classique (et de ce fait syndicalement efficace) qui n’apporte cependant absolument rien de nouveau au genre et qui, malgré l’agréable participation de têtes connues (Lake Bell, Dennis Farina) et de quelques guests bien sentis (Zach Galifianakis, une Queen Latifa en retrait ou encore Jason Sudeikis), sombre dans la mièvrerie et la guimauve sirupeuse à souhait. A moins de n’être pas regardant et d’y aller simplement afin de passer un bon moment devant une œuvre vite vue, vite oubliée, on préfèrera réserver son précieux temps à des long-métrages plus déjantés et surtout plus inventifs.