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Jarhead, la fin de l'innocence

La critique d'Excessif

3/5
jarhed_cinefr L'HISTOIRE : Contrairement à la guerre du Vietnam, qui a déjà coûté la vie à des milliers de bobines, la guerre du Golfe n'a jamais vraiment trouvé audience auprès des scénaristes, réalisateurs et producteurs américains. Le parallélisme évident avec l'opération en cours ne rend que les choses encore plus politiques, et donc sensiblement interprétatives pour cette guerre qui tend à disparaître des mémoires. C'est peut-être son manque de souffrance, sa victoire éclair trop facile après que l'Occident ait surévalué la menace et le manque concret d'informations dont nous disposons aujourd'hui qui fait de ce conflit un mauvais terreau scénaristique, et un enjeu filmique encore négligeable. Néanmoins des voix s'élèvent pour témoigner de la réalité des combats, à l'époque surmédiatisés mais finalement oubliés, et c'est notamment le cas d'Anthony Swofford, ancien marine qui publia ses mémoires au sortir du conflit.
Jarhead a tout pour plaire : un sujet sulfureux sur la première guerre du Golfe, alors que la seconde peine à se finir, la présence d'acteurs talentueux (Jake Gyllenhaal, Jamie Foxx) et surtout le retour de Sam Mendes derrière la caméra, qu'on sait à l'aise avec le politiquement incorrect depuis American Beauty. Un projet alléchant sur le papier. Si seulement…

Jarhead
Un film de Sam Mendes.
Avec Jake Gyllenhaal, Jamie Foxx, Chris Cooper, Peter Sarsgaard.
Durée : 2h03
Sortie le 11 Janvier 2006


Contrairement à la guerre du Vietnam, qui a déjà coûté la vie à des milliers de bobines, la guerre du Golfe n'a jamais vraiment trouvé audience auprès des scénaristes, réalisateurs et producteurs américains. Le parallélisme évident avec l'opération en cours ne rend que les choses encore plus politiques, et donc sensiblement interprétatives pour cette guerre qui tend à disparaître des mémoires. C'est peut-être son manque de souffrance, sa victoire éclair trop facile après que l'Occident ait surévalué la menace et le manque concret d'informations dont nous disposons aujourd'hui qui fait de ce conflit un mauvais terreau scénaristique, et un enjeu filmique encore négligeable. Néanmoins des voix s'élèvent pour témoigner de la réalité des combats, à l'époque surmédiatisés mais finalement oubliés, et c'est notamment le cas d'Anthony Swofford, ancien marine qui publia ses mémoires au sortir du conflit.


Jarhead en est l'adaptation directe, décrivant le quotidien des soldats dont la mission se situait en périphérie de Desert Storm, et qui ne fut qu'une séance trop longue de camping dans le désert irakien. Jarhead est tout le contraire de ce que l'on attend de lui. La bande-annonce à grand renfort d'explosions et de mitrailles est trompeuse, et à juste titre : il ne s'agit pas là d'un film de guerre. Tout, sauf un film de guerre, car l'histoire est narrée par des personnages qui ne combattent pas, mais qui attendent. Jarhead est une introspection psychologique dans la frustration et l'ennui. En cela le film présente une originalité intéressante, à la différence d'un Platoon, il ne montre pas la lassitude d'un corps d'armée aux prises avec des combats ingagnables, mais l'anémie de jeunes soldats auxquels on avait promis un massacre et qui tuent finalement le temps en jouant des mois durant au football. Un contre-pied cynique, qui présente ces nouveaux engagés non pas comme les victimes d'un système militariste (le thème classique), mais comme des volontaires assoiffés de sang, frustrés de ne pouvoir enfoncer leurs baïonnettes dans le ventre de l'ennemi. Chaque personnage est risible par sa bêtise guerrière, Sam Mendes se moque gentiment, et semble tout le long du film prendre un malin plaisir à les laisser stationner sous un soleil de plomb en pratiquant des activités hautement intellectuelles, comme la masturbation pluriquotidienne et l'alcoolisme de masse. Jarhead dénonce l'établissement d'un système séculaire, celui de l'enrégimentement forcené qui consiste à surmotiver les troupes en remplaçant le questionnement personnel par les certitudes collectives du patriotisme, pour ensuite les lâcher sur l'ennemi.
Jarhead, c'est l'histoire de jeunes tueurs entraînés à tout, sauf à attendre.


Où est la guerre qu'on nous a promise ?

Le film esquisse les prémices d'une œuvre engagée autour du thème du mensonge et de la désinformation. On nous avait dépeint sur CNN une victoire glorieuse, voila désormais le témoignage peu reluisant de ces jeunes marines qui à leur grand dam ont gagné les hostilités sans tirer une seule balle, sans voir un ennemi.
L'interrogation soulevée par le film est éloquente et pose le problème de l'attente, part non négligeable de la fonction de soldat mais trop souvent éclipsée dans les films au profit de l'unique action guerrière. D'un point de vue cinématographique Jarhead se pose comme un défi de mise en scène : filmer l'ennui, filmer la lassitude, mettre en scène la décomposition progressive de la motivation. Regarder du rien durant deux heures. Un challenge que Sam Mendes se fixe lui-même et qu'il n'est malheureusement pas en mesure de relever.


C'est bien tout le problème, à vouloir trop parler d'immobilisme on finit par soi même gripper la machine de son propre film, et se prendre les pieds dans les questions qu'on a soi même posées. Jarhead souffre d'un manque de rythme et surtout d'un manque d'action, qui rend le déroulement de l'histoire lassant, alors que le film démarre sur des accents réjouissants (la scène du camp d'entraînement est classique mais efficace). Passée la première demi-heure, il ne se passe plus rien qui fera avancer la narration, les protagonistes s'ennuient et continueront à s'ennuyer jusqu'à en devenir fou. Voila résumés les enjeux du film, plutôt faibles pour deux heures de pellicule. C'est l'immobilisme dialectique du film, établi comme une volonté de mise en scène, celle de nous faire partager minute après minute la lassitude du bataillon qui finit par faire imploser la mécanique. Au fur et à mesure, on se détache de l'enjeu, on révoque les personnages pour finalement se contenter des images, sans jamais revenir dans l'histoire. Sam Mendes semble lui aussi tourner en rond, souffrant d'un manque d'innovation scénaristique chronique. Au-delà de la première heure, le réalisateur des Sentiers de la perdition ne sait plus où planter sa caméra : devant un autre match de foot, une nouvelle beuverie, ou une énième histoire de copine infidèle ?


On arrive vite au triste constat que l'histoire manque tout simplement d'amplitude pour un long métrage. Malgré quelques bonnes scènes inspirées et originales comme celle du tir fratricide venant de deux A-10 (la scène fonctionne d'autant mieux dans sa dénonciation que les échanges de salves sont rares durant le film) ou celle des snipers (nous n'en diront pas plus...), le film ne décolle jamais plus de cinq minutes et échoue à vraiment capter notre attention. S'affaissant sous le poids de son manque d'originalité, comme durant la sempiternelle séquence du sergent instructeur beuglant sur les recrues, jamais réinventée depuis Full Metal Jacket, et que Jarhead propose comme un passage obligé du genre. Un film qui ne veut pas bousculer les codes et qui paisiblement s'en accommode, dur constat quand on aspire au politiquement incorrect.


D'un point de vue technique, le film reprend les standards du genre : lissé, propre, chatoyant mais sans génie. Un formatage visuel, appuyé par une photographie techniquement très au point mais qui se contente d'appliquer à la lettre le manuel du film de désert : saturation des blancs, obturation importante, délavage partiel des couleurs à l'étalonnage. Une image sans grande caractère mais proprement filmée qui fait de suite penser à La Chute du faucon noir. On était en droit d'attendre plus de cachet de la part de Sam Mendes. On retiendra néanmoins la scène sous la pluie de pétrole d'une beauté plastique qui éveille nos yeux hagards durant quelques minutes.



Alors évidemment Jarhead n'est pas un mauvais film, et il peut se rattraper par la qualité de ses acteurs notamment Jake Gyllenhaal parfaitement à l'aise dans un rôle désabusé et nonchalant ou l'apparition appréciable de Dennis Haysbert qui passe du Président Palmer (le rôle qui lui colle à la peau) au commandant vicieux. Mais le manque constant de singularité qui se retrouve jusqu'à ce final peu inspiré et finalement calibré, qui se contentant comme tous les autres d'imager la phrase de Prévert « quelle connerie la guerre » ampute le film de toutes ses ambitions de non-conformisme. L'ennui qu'on partage (trop souvent) avec ces marines qui ont vu la porte de l'Histoire leur claquer au nez, finit par plomber notre plaisir et notre permissivité aux thèmes du film. Ni jubilatoire comme les Rois du désert, mais nettement moins nul qu'A L'Epreuve du feu, Jarhead s'inscrit dans la bonne moyenne et ne rafle pas le titre du meilleur film sur la guerre du Golfe qu'il espérait briguer.

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    Dossier Interview
    Retour Sur Jarhead : Interviews & Portraits11 janvier 2006 - 2 commentaires

    Comment filmer la guerre ? Bon nombre de cinéastes ont réfléchi à cette turlupinante question. Souvent, les illustrations diffèrent. Pour prendre un exemple, Voyage au bout de l'enfer de Michael ...

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