Voici donc le tant attendu film
JCVD ; film à l'aura de mystère qui se révèle enfin à nous et nous propose un étrange voyage entre fiction pure et autobiographie du mythe Van Damme. Entre les deux, il y a un film de braquage aux doux parfum de burlesque belge et une évidente sincérité dans la démarche de Mabrouk El Mechri.
L'efficace divertissement s'enrichit d'une troublante mise en abîme de l'homme se cachant derrière JCVD, ce qui n'est pas la moindre de ses qualités.

On apprend qu'il sera en partie question dans ce film d'un tournage, un film d'action dans le film et auquel prendra bien évidemment part Jean-Claude (oui, je me permets de l'appeler par son prénom), ce qui expliquerait pour beaucoup les trognes sérieuses, lumières tamisées et flingues aperçus sur les photos. Pour beaucoup, mais pas complètement. Une chose est sûre : ce JCVD s'annonce comme une vraie curiosité qui nous démange de plus en plus de voir !
Pour ceux qui ne comprendraient pas les tenants et aboutissants d'un tel projet, qui se lit sur différentr niveaux de réel, JCVD raconte comment - entre ses problèmes fiscaux, la bataille juridique qui l'oppose à sa femme pour l'obtention de la garde de son fils, les périodes de vaches maigres du cinéma d'action qui voient même Steven Seagal lui souffler un rôle - Jean-Claude Van Damme va aller chercher dans son pays d'enfance le calme et le repos qu'il ne trouve plus aux Etats-Unis.

Avec un mystère longuement entretenu, rappelons que le film
JCVD a pris le temps de se laisser désirer. Farce ou film noir, le suspense restait encore tout entier dans les derniers teasers vus du film. En fait, la dernière réalisation de Mabrouk El Mechri est aux confins de plusieurs genres dont le dénominateur commun est la personnalité fascinante de Jean-Claude Van Damme. De ses origines modestes dans une petite ville belge jusqu'à l'irrésistible success-story à Hollywood, l'acteur a connu grandeur et déchéance, avant de revenir progressivement sur le devant de la scène par l'intermédiaire de petites productions très intéressantes. Avec JCVD, le temps est enfin venu pour l'acteur de ré-apparaître dans une sortie cinéma au plus grand monde (ses derniers films étant toujours inédits en France ou sortis directement en vidéo).

Et dès le premier plan du film, nous suivons l'acteur « aware » en pleine forme, zigouillant avec classe des dizaines et des dizaines de bad guys au cours d'un flamboyant plan-séquence. Ces plans sont l'occasion de rendre un hommage vibrant à tout un pan de la filmographie des 80's où l'acteur belge d'autres gros bras étaient les rois du divertissement d'action.
Hommage sincère à l'acteur Van Damme mais aussi à l'homme blessé par son divorce et la séparation de ses enfants, le film possède une étonnante construction cinématographique. Fragmenté sur trois parties introduites par autant de remarques de l'auteur, il nous présente plusieurs points de vue d'un casse commis par l'ami Jean-Claude, le fils du pays belge. A la suite d'un divorce compliqué en cours, il agit sous la pression pour financer son avocat. Autour de cet évènement majeur, le métrage juxtapose plusieurs séquences de justice sur le divorce douloureux de l'acteur.
L'une des forces du film est ici de nager sans cesse entre le burlesque des plus désopilants avec cette cruelle piqûre de rappel qu'est parfois la réalité.
Que cela soit lors du casse et la violente prise d'otages qui en résulte ou bien dans la vision d'un homme esseulé et désorienté, la vie personnelle de Van Damme semble toujours se confondre à la fiction de El Mechri.
Le comédien a bien entendu quelques séquences de combat à l'écran, même si elles apparaissent très réduites. De même on appréciera les tonalités jazzy d'une bande-son s'accordant admirablement à la nonchalance de l'acteur.
Loin de se réduire à une mise en abîme étonnante d'un acteur, le film joue aussi malicieusement avec codes du film de truands et de l'héroïsme latent du sauveur (à l'image de deux séquences répétées l'une après l'autre avec des conséquences différentes). Le film touche parfois au sublime et réussit avec brio sa délicate entreprise : être fun sans sombrer dans la facilité. Il faut dire que nous n'en n'attendions pas moins du réalisateur du poignant
Virgil.
Rien que pour la sympathie que nous avons pour JCVD, l'homme, l'oeuvre se montre touchante, drôle et pas conne, à l'image d'un acteur qu'on rêverait de voir maintenant vivre encore de nombreux autres films. Avec un tel retour en fanfare, on guettera impatiemment la nouvelle apparition de Jean Claude Van Damme au cinéma.