Pour son premier film comme réalisatrice et après quelques courts-métrages, Anne Fassio a réuni un casting éclectique allant d’Elodie Bouchez à Valérie Benguigui. Tous ont uni leurs efforts pour livrer une comédie estivale qui aborde, non sans humour, le thème de l’éducation des enfants et ses conséquences lors des vacances. C’est aux « Rencontres du Cinéma de Gérardmer » que nous avons retrouvé la réalisatrice et le comédien Lionel Abelanski pour en savoir davantage sur ce film dans lequel petits et grands retrouveront une part de leurs souvenirs.
Ca n’a pas été trop dur pour un premier long d’avoir à gérer autant d’enfants ? Anne Fassio : Non, pas du tout. Justement, quand j’ai parlé de ce sujet à des amis réalisateurs ou comédiens, ils m’ont tous dit que j’étais folle et que ça allait être compliqué pour un premier film d’avoir plein d’enfants à diriger. Au final, ça s’est incroyablement bien passé car j’ai eu des enfants acteurs exceptionnels. On a fait un très long casting et ils ont été géniaux sur le plateau et en dehors, et très professionnels.
Lionel Abelanski : Aussi, comme la plupart des enfants étaient des parisiens et que le tournage était hors de Paris, leurs vrais parents n’étaient pas là, du moins pas tous, et on avait donc un vrai rapport avec eux, ce qui n’est pas toujours le cas quand on tourne avec des enfants car souvent, les parents sont extrêmement présents, un peu trop même.
AF : Par exemple, la petite qui joue Colombe est vraiment très attachante. C’est une petite surdouée qui comprend les choses au quart de tour, d’une vivacité incroyable et qui a dans la vie ce côté affranchi, un peu délurée. Il y avait quand même toute une bande d’enfants à gérer et j’étais un peu inquiète de savoir comment ils allaient s’entendre pour qu’ils arrivent sur le plateau de bonne humeur, car c’était primordial. Mais ils se sont très bien entendus.
Sinon, vous pouvez le dire : le film est basé sur des expériences vécues.AF : Non, pas du tout. Je ne vois pas de quoi vous parlez (
rires).
LA : On nous a seulement raconté (
rires).
AF : Voilà, on nous a raconté. J’ai des enfants exceptionnels et ceux de mes amis aussi, évidemment, donc dans le film, je ne sais absolument pas de quoi je parle (
rires). Non, sincèrement, c’est un peu le fruit de ce que j’ai pu voir en passant des vacances avec des amis ayant aussi des enfants, mais aussi ce que j’ai pu entendre et qui m’a fait marrer pendant les premiers dîners de septembre, au retour des vacances. Chacun se raconte ses vacances, car c’est désormais un mode de vacances très répandu que de partager une maison avec des amis proches. C’est donc toujours source de problèmes et de désaccords : des couples d’amis se séparent, des enfants ne veulent plus en revoir d’autres ou au contraire, deviennent amis. J’adore ce mois de septembre, c’est mon mois préféré de l’année (
rires).
LA : Et même sans partir en cohabitation avec des amis, on a tous ressenti ça un jour en prenant le train et en entendant un gamin un peu too much avec ses parents.
AF : Ce qui m’amusait était aussi de revenir sur ces gens qui parlent toujours des enfants mais ne s’en occupent pas. Ils passent leur temps à parler d’éducation au lieu de prendre ce temps pour faire quelque chose. La seule qui fasse réellement quelque chose dans cette histoire, c’est le personnage d’Elodie Bouchez, mais elle se prend un retour de manivelle.
Le film est en quelque sorte sur la démission des parents et arrive peu de temps après un autre film qui traite aussi d’une certaine manière ce sujet, Demandez la permission aux enfants.AF : Oui, j’ai vu ce film mais il n’a rien en commun avec le mien, si ce n’est qu’il y a à un moment un litige entre des parents et leurs enfants.
Demandez la permission… s’adresse aux enfants mais les parents peuvent aussi aller le voir, tandis que le mien est plus pour les parents mais les enfants peuvent aussi aller le voir. J’ai l’impression que le mien évoque davantage une déception amicale. Après évidemment, c’est un moment de vie sous forme de chronique, comme c’est aussi le cas dans
Nos jours heureux, donc il y a une sorte de tronc commun. Mais c’est comme pour une histoire d’amour, il y a des milliers de façons de la raconter.
Vos enfants ont-ils vu le film ?AF : Oui, et ils ont bien rigolé. En plus, ça leur a rappelé des souvenirs d’injustice et d’abandon, ces sentiments enfantins pendant lesquels on se sent viscéralement malheureux et où l’adulte intervient de manière un peu lâche.
Et vos amis ont vu le film ?AF : Je n’ai plus d’amis depuis (
rires).
Justement, comme le sujet concerne tout le monde, avez-vous beaucoup échangé d’expériences vécues ?AF : Oui, comme les acteurs ont aussi des enfants et sont eux-mêmes partis en vacances, chacun me disait ce qu’il aurait fait et c’était intéressant de confronter des idées précises de l’éducation, différentes des miennes parfois. On parlait donc aussi bien de détails que de choses de fond et les acteurs ont amené leur monde. Je pense que s’ils ont accepté, c’était aussi pour faire un film sur quelque chose qu’ils connaissaient.
Le titre vous est venu de suite ?AF : Oui, je me suis dit ça assez souvent dans ma vie, c’est vrai, et je voulais en faire quelque chose. En même temps, on ne déteste jamais les enfants mais les adultes car ce n’est jamais le problème des enfants. C’est l’aboutissement de l’éducation qui pose problème.
Vous avez, avant ce film, réalisé deux courts métrages.AF : Oui, le premier s’appelait
Mes Copines et c’était réellement avec mes vraies copines, sur une bande de femmes de 35 ans qui tentent d’organiser l’anniversaire de l’une d’entre elles. Elles ont toutes joué le jeu. Le deuxième s’appelait
Mes Parents et c’était avec… mes parents (
rires). C’est donc la première fois que je travaille avec de vrais acteurs.
Et quelle a été la différence majeure ?AF : La différence, c’est qu’avec mes copines, même si je disais n’importe quoi, elles avaient l’impression que je disais des choses d’une intelligence incroyable alors que de vrais acteurs ont une autre exigence.
LA : Néanmoins, on a eu la chance que l’équipe se soit bien trouvée humainement et professionnellement. On allait dans le même sens.
AF : Les acteurs réussissent ici le tour de force d’être toujours drôles et sur le fil du rasoir. Tout ce qu’ils proposent tire le film vers le haut. Le personnage de Lionel est notamment le plus difficile…
LA : De toute l’histoire du cinéma français (
rires).
AF : Non, mais c’est vrai que tu arrives à avoir la finesse et la justesse de ne jamais être caricatural.
Et vous, Lionel, qu’est-ce qui vous a motivé à participer au projet ?LA : Tout d’abord, il y avait beaucoup de choses que j’avais déjà ressenti dans cette histoire. Et puis, il y avait la distribution : je connais Axelle Laffont depuis longtemps, j’estime beaucoup le travail d’Elodie Bouchez que je ne connaissais pas mais avec qui je voulais tourner et pour Valérie Benguigui, c’est ma meilleure amie. On a même hésité à montrer le film à nos enfants car comme on joue un couple, il y a une scène d’amour torride entre nous (
rires). Quant à Anne, on se connaissait un peu car on a quasiment débuté en même temps. Mon premier rôle était dans un moyen métrage de Diane Bertrand et Anne était ma partenaire. On se recroisait parfois et j’ai aimé la façon dont elle m’a raconté cette histoire. Comme je suis arrivé sur le tard sur le film, j’ai même annulé mes vacances et j’ai perdu les arrhes de la maison (
rires).
AF : Oui, tu m’as dit ça ce matin mais bon, toi tu as gardé tes amis, contrairement à moi (
rires).
Propos recueillis par Christophe « Trent » BertheminJE DETESTE LES ENFANTS DES AUTRESUn film d'Anne Fassio
Avec Elodie Bouchez, Valérie Benguigui, Lionel Abelanski
Date de sortie : 04 juillet 2007 S'il est un triste constat à faire dans le panorama hexagonal, c'est que « la comédie française avec des enfants qui sort au début des vacances d'été et qui se déroule justement l'été, ça tombe bien », est devenue un genre à part entière, un rite annuel telle la Lambada et ses ersatz estivaux. Cette stratégie semble être la seule que les producteurs français aient trouvé pour rivaliser face aux blockbusters américains : du soleil, des paysages bien de chez nous, des enfants et des adultes qui ne l'assument jamais vraiment. Telle est la recette. Mais si
Nos jours heureux, sorti l'an dernier dans la même période, possédait de réels atouts pour séduire le public, ici, la sauce ne prend pas et on reste sur notre faim.
Pourtant, le casting tient parfaitement la route : que ce soit Elodie Bouchez, qu'on est ravi de croiser dans ce registre, ou encore Valérie Benguigui qui s'en sort comme toujours avec les honneurs, tout le monde est à sa place. Bref, rien à redire sur la distribution, mais si le film pêche, c'est davantage du côté du scénario qui enchaîne sans trop de conviction les situations clichées. Le but ? Tenter désespérément de mettre le titre du film en pratique pendant quatre vingt dix minutes de pellicule. Pourtant, on ne demandait pas grand-chose : juste un peu plus d'inventivité.

Bien évidemment, une bonne partie du public se retrouvera dans l'un ou l'autre des personnages et se laissera convaincre par les thématiques du film sans être déçu car au final, le film respecte son idée première : faire tenir son pitch dans le titre. Les autres finiront la séance avec un arrière goût de déjà-vu, de déjà entendu mais en beaucoup mieux. Néanmoins, on imagine facilement que ces mêmes vacances d'été seront l'occasion à un(e) autre cinéaste pour démarrer le tournage d'une nouvelle « comédie française avec des enfants qui sort…etc.etc. » qui, elle, sortira en salles pour juillet 2008. La boucle sera-t-elle ainsi bouclée ? Bien sûr que non. En gros, sous les tongs, rien de nouveau.
Christophe « Trent » Berthemin